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	<title>féminisme &#8211; Les Écrans d&#039;Élodie</title>
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	<description>Mes critiques cinéma &#38; séries TV</description>
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	<title>féminisme &#8211; Les Écrans d&#039;Élodie</title>
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		<title>Femmes et Blockbusters I : quarante ans après Ripley, où en est-on ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Oct 2020 19:23:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma US & UK]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers Ciné]]></category>
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					<description><![CDATA[Le machisme à Hollywood a de beaux jours devant lui ! En témoignent les personnages féminins dans les blockbusters, ces films à gros gros budget qui déferlent chaque année dans nos salles, et qui reposent sur une vision du monde ultra sexiste. J&#8217;ai d&#8217;abord publié cet article en 2013 sur le site StellarSisters et je&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le machisme à Hollywood a de beaux jours devant lui ! En témoignent les personnages féminins dans les blockbusters, ces films à gros gros budget qui déferlent chaque année dans nos salles, et qui reposent sur une vision du monde ultra sexiste.<br />
</strong></p>
<p>J&rsquo;ai d&rsquo;abord publié cet article en 2013 sur le site <strong>StellarSisters</strong> et je l&rsquo;ai transféré ici. Entre-temps, la situation des femmes dans les blockbusters américains a-t-elle évolué ? Pas vraiment&#8230; Du moins pas dans les films les plus chers ! Voici mon analyse réalisée en 2013 et qui reste encore d&rsquo;actualité.</p>
<p>Le ton est donné : selon <i>Variety</i>, Jennifer Lawrence, 23 ans, est l’actrice la plus bankable de 2013, soit celle qui a rapporté le meilleur retour sur investissement à Hollywood, un titre qu’elle doit surtout à son premier rôle dans le second opus de la franchise <strong>Hunger Games</strong>. Elle est talonnée par Sandra Bullock, actrice principale du film de science-fiction <strong>Gravity</strong>. Traditionnellement monopolisé par les stars masculines, le peloton de tête était déjà occupé en 2012 par Natalie Portman grâce à l’exploitation mondiale de <strong>Black Swan</strong>. Cette dernière était alors suivie de Kristen Stewart, la star de <strong>Twilight</strong>, qui arrivait quant à elle en tête en 2011. Autrement dit, la A-list d’Hollywood se féminise&#8230; Effet ponctuel ou évolution durable ? Les héros d’action de demain seront-ils des héroïnes ? Pas sûr.</p>
<p><strong>Le dossier « Femmes et Blockbusters » est en 2 parties.</strong></p>
<figure id="attachment_636" aria-describedby="caption-attachment-636" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-636 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01.jpg" alt="Hunger Games 2" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-636" class="wp-caption-text">Jennifer Lawrence</figcaption></figure>
<p>Dans la première partie de ce dossier consacré aux <strong>femmes dans les blockbusters</strong>, nous nous attarderons au préalable sur le contexte économique dans lequel évoluent ces productions, avant de dresser une typologie des figures féminines récurrentes, bien souvent conçues pour plaire à un public avant tout masculin. La seconde partie de ce dossier s&rsquo;intéressera aux éléments d&rsquo;explication du machisme qui sévit dans les blockbusters hollywoodiens et aux solutions qui s&rsquo;offrent à l&rsquo;heure actuelle pour y remédier.</p>
<p>À noter que si nous pointons le machisme de certains films et l’approche féministe d’autres films, il ne s’agit pas de juger automatiquement « mauvais » les premiers et « bons » les seconds, mais d’en décrypter les représentations afin de mettre en lumière les blocages et les symboles, et d’évaluer les pistes actuelles d’évolution.</p>
<h2>Un blockbuster, c&rsquo;est quoi ?</h2>
<p>Le terme, emprunté au jargon militaire, signifie littéralement « bombe à gros calibre ». D’abord utilisé dans le monde du théâtre américain, où il désignait les pièces remportant un grand succès, il est repris dans les années 1970 par le milieu du cinéma qui le fait évoluer. À présent, si l’on parle parfois de blockbuster pour désigner un film ayant engrangé des recettes importantes, il faut savoir qu&rsquo;un blockbuster se définit avant tout par des critères en amont : il s’agit d’une superproduction se distinguant par l’emploi d’effets spéciaux, d’une distribution et d’une campagne de publicité susceptibles d’attirer l’attention du public et des médias, et ce, quel que soit le succès du film à l’arrivée.</p>
<p>Le film considéré comme le premier blockbuster n&rsquo;est autre que <strong>Les Dents de la Mer</strong> (1975) de Steven Spielberg. Avec un budget de 8 millions de dollars, il en rapporte alors 260 millions rien qu’aux États-Unis (210 m$ dans le reste du monde). <strong>Les Dents de la Mer</strong> marque le début de « l’ère des blockbusters ». Parallèlement, une enquête menée en 1979 par la MPAA (Motion Picture Association of America) révèle que le public le plus consommateur de films serait principalement masculin et qu’il serait à 90 % âgé de 12 à 19 ans.</p>
<p>C’est ainsi que débarquent dans les salles des superproductions telles que <strong>La Guerre des Étoiles</strong> (1977) et <strong>Superman</strong> (1978), qui engendreront les franchises juteuses que l&rsquo;on connaît. Les choses s&rsquo;accélèrent dans les années 1980-90, avec une cascade de grosses productions : <strong>Les Aventuriers de l’Arche Perdue</strong> (1981), <strong>Terminator</strong> (1984), <strong>Retour vers le futur</strong> (1985), <strong>L&rsquo;Arme Fatale</strong> (1987), <strong>Jurassic Park</strong> (1993) et leurs suites respectives&#8230; Autant de cartons commerciaux qui favorisent le développement de multiplexes, aux États-Unis mais aussi en Europe.</p>
<figure id="attachment_645" aria-describedby="caption-attachment-645" style="width: 807px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-645 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01.jpg" alt="Titanic" width="807" height="1000" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01.jpg 807w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01-242x300.jpg 242w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01-768x952.jpg 768w" sizes="(max-width: 807px) 100vw, 807px" /><figcaption id="caption-attachment-645" class="wp-caption-text">Kate Winslet et Leonardo DiCaprio</figcaption></figure>
<p>Car si le marché hors-USA ne représente que 20% des recettes de ces blockbusters au début des années 1980, contre 80% pour le marché domestique, les rapports de force s&rsquo;inversent au cours des années 1990, cependant que les studios majors diversifient leur offre afin de toucher tous les publics. En 1997, <strong>Titanic</strong> déclenche un véritable phénomène international en donnant la part belle aux effets spéciaux digitaux mais aussi à la romance.</p>
<p>Avec son couple mythique formé par Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, le film catastrophe de James Cameron confirme le potentiel énorme de l&rsquo;exportation : le film engrange 1,8 milliards à l&rsquo;étranger, contre 600 m$ aux USA. À l&rsquo;époque, les budgets commencent déjà à flamber mais<strong> Titanic</strong> demeure le film le plus coûteux de l&rsquo;histoire du cinéma (200 m$), devant <strong>Waterworld</strong> (172 m$) et <strong>Wild Wild West</strong> (170 m$). Au début des années 2000, le blockbuster à plus de 100 m$ demeure tout de même exceptionnel &#8211; considéré comme une superproduction à sa sortie, un film comme <strong>Matrix</strong> (Andy et Lana Wachowski) n&rsquo;a coûté « que » 63 m$.</p>
<p>Or depuis l’explosion du numérique et plus récemment le développement de la 3D, nous assistons à une nouvelle inflation des coûts de ces superproductions. Cette inflation s’explique entre autres par l’ouverture de marchés à fort potentiel, tels que la Chine et la Russie, dont les spectateurs sont friands d’effets spéciaux tape-à-l’œil. Une fois encore, James Cameron est précurseur : lors de sa sortie en 2009, <strong>Avatar </strong>impressionne non seulement par la profondeur de ses rendus 3D mais aussi par ses chiffres démesurés : 387 m$ de budget (dont 150 m$ de marketing) et 2,78 milliards de recettes. Ce qui provoque une nouvelle flambée des budgets, en plus d&rsquo;un investissement massif sur la 3D.</p>
<p>Aujourd’hui, les studios articulent leur stratégie autour d’un petit nombre de blockbusters aux budgets pharamineux et soutenus par un marketing de plus en plus agressif. 220 m$ pour <strong>Avengers</strong> (Joss Whedon), 200 m$ pour <strong>Iron Man 3 </strong>(Shane Black), 225 m$ pour <strong>Man of Steel</strong> (Zack Snyder)… Des chiffres qui ne reflètent pas toujours la qualité des longs métrages.</p>
<p>Dans son essai <em><strong>Blockbusters. Hit-making, Risk-taking, and the Big Business of Entertainment</strong></em>, Anita Elberse, professeure d’économie à Harvard, explique cette concentration budgétaire : il serait plus rentable d’investir un maximum d’argent sur un petit nombre de projets, quitte à risquer de tout perdre, plutôt que de multiplier les projets de moindre ampleur. Les producteurs hollywoodiens appellent cela la <em>tentpole strategy</em>. Le but est de développer des économies d’échelle, notamment en matière de déploiement marketing et d&#8217;emploi des superstars, mais aussi d’axer la stratégie sur le développement de projets susceptibles de conquérir les marchés émergents.</p>
<figure id="attachment_626" aria-describedby="caption-attachment-626" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-626" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster.jpg" alt="Avengers" width="900" height="506" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-626" class="wp-caption-text">L&rsquo;affiche très masculine d&rsquo;Avengers</figcaption></figure>
<p>En plus de laisser de moins en moins de place aux produits de niche, ce système a aussi son revers de la médaille pour les blockbusters eux-mêmes. Sur le plan artistique, il explique l’appauvrissement des scénarios et l’effet de répétition constatés depuis quelques années, avec la profusion de franchises ultra-calibrées adaptées de comics, mais aussi de remakes et de reboots.</p>
<p>Sur le plan économique, il met en danger toute l’industrie, comme le soulignaient en août 2013 Steven Spielberg et George Lucas lors d’une Master Class très médiatisée. Selon leur diagnostic, Hollywood devrait péricliter prochainement suite aux échecs successifs de plusieurs blockbusters, laissant la place à une nouvelle ère.</p>
<p>Cette « économie des blockbusters » a tout à voir avec le sujet qui nous intéresse, à savoir la représentation des femmes dans les superproductions actuelles. Aujourd’hui, si l’on porte attention aux personnages féminins, on observe deux mouvements contradictoires, avec d’un côté, le retour en force d’un machisme que l’on croyait révolu (<strong>The Dark Knight Rises</strong>, <strong>Man of Steel</strong>, <strong>Captain America</strong>, etc.), et de l’autre, l’émergence de véritables héroïnes dans des franchises à succès tels que <strong>Twilight</strong> et <strong>Hunger Games</strong>. Mais au bout du compte, où en est-on vraiment ?</p>
<h2>Trente-cinq ans après Ripley&#8230;</h2>
<p>Le 1<sup>er</sup> mai 2013, le site <i>Allociné</i> publiait un dossier intitulé <a href="http://www.allocine.fr/article/dossiers/cinema/dossier-18592066/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>15 blockbusters pour votre été 2013</i></a>. Les productions mises en avant dans l’article ont toutes un point commun : les héros y sont de sexe masculin. Cela n’aura échappé à personne, si l’on examine les blockbusters de ces dernières années, les héroïnes manquent cruellement à l’appel et les personnages féminins, plus généralement, sont en nombre restreint. Ce qui signifie que les femmes sont sous-représentées dans la catégorie de films dominante. Pourtant, la franchise <strong>Hunger Games</strong> (Francis Lawrence) n’est pas la première superproduction à mettre en avant une héroïne, loin de là.</p>
<p>1979, sortie d’<strong>Alien, le huitième passager</strong> de Ridley Scott, avec Sigourney Weaver dans le rôle principal. Ou presque car au début du film, Ripley apparaît plutôt comme un second rôle derrière ses collègues masculins. Habilement, le réalisateur glisse vers son point de vue à mesure que la créature décime l’équipage du vaisseau, afin de faire peu à peu, l’air de rien, passer Ripley au premier plan.</p>
<p>À l’époque, le public s’étonne de découvrir une femme dotée d’un tel instinct de survie et d’un esprit aussi vif. Le choix de Ridley Scott est d’autant plus audacieux qu’<strong>Alien</strong> est un film de science-fiction, un genre que l’imaginaire collectif définit comme résolument masculin (nous sommes à l’époque de <strong>Star Wars</strong>, ne l’oublions pas).</p>
<blockquote><p><em><strong>Bande-annonce de</strong> <strong>Terminator 2</strong> : Musclée, désabusée et hors-la-loi, Sarah Connor (Linda Hamilton) est la première femme bad ass au cinéma.</em></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" title="Terminator 2: Judgement Day Trailer" width="790" height="444" src="https://www.youtube.com/embed/A0nwFeaMOCA?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Depuis <strong>Alien</strong>, et hormis les épisodes suivants de la franchise, combien d’actrices ont tenu un premier rôle dans un blockbuster ? Elles sont peu nombreuses. Il y a eu <strong>Terminator</strong> (James Cameron) en 1984, où Linda Hamilton interprétait Sarah Connor, une <i>woman next door</i> prise en chasse par un terrifiant robot venu du futur. Actrice d’un rôle mais véritable icône pour les fans de SF, Linda Hamilton revenait en 1991 dans la suite, <strong>Terminator 2 : le Jugement Dernier</strong>, en tant que second rôle. De manière intéressante, James Cameron choisit alors d’en faire une femme d’action surentraînée mais internée en asile psychiatrique, comme pour accentuer le caractère hors normes de ce personnage aux antipodes des stéréotypes féminins.</p>
<p>Par la suite, les superproductions se sont montrées pour le moins timides avec les héroïnes. <strong>Charlie&rsquo;s Angels</strong> (2000, 92 m$ de budget) de McG, avec Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu, prend le risque en s’appuyant sur la mode des adaptations de séries, sachant qu’il aura fallu que Drew Barrymore s’investisse en tant que productrice pour que le projet voie le jour. Le film connaîtra une suite assez dingue avec <strong>Charlie&rsquo;s Angels 2 : Les Anges se déchaînent</strong> (McG, 2003). <strong>Lara Croft: Tomb Raider</strong> avec Angelina Jolie (Simon West, 2001, 110 m$) et <strong>Catwoman </strong>avec Halle Berry<b> </b>(Pitof, 2004, 100 m$) bénéficient également de budgets conséquents.</p>
<p>À noter que Halle Berry est la seule actrice noire à avoir jamais tenu un premier rôle dans un blockbuster : les femmes ne sont pas les seules à faire l&rsquo;objet de discriminations (les acteurs noirs héros de blockbusters se comptent sur les doigts d&rsquo;une main). Plus récemment, <strong>Salt</strong> (Philip Noyce, 2010) mettait en scène, avec 110 m$ en poche, Angelina Jolie dans un film de fugitif, un genre jusqu’alors strictement réservé aux acteurs.</p>
<figure id="attachment_629" aria-describedby="caption-attachment-629" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-629" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01.jpg" alt="" width="800" height="522" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01-300x196.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01-768x501.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-629" class="wp-caption-text">Charlie&rsquo;s Angels 2 : Les Anges se Déchaînent (2003) &#8211; Les Anges défient les hommes sur leur territoire dans la scène-culte de la poursuite en motocross.</figcaption></figure>
<p>Pour ce qui est de <strong>Twilight</strong> (Catherine Hardwicke) et ses suites, le cas est plus complexe : si l’on retient la définition du blockbuster selon les moyens employés, et non selon les recettes, les trois premiers films entrent difficilement dans cette catégorie puisque leur coût évolue entre 37 et 68 m$. Au départ, <strong>Twilight</strong> a été conçu comme un produit de niche. En revanche, les budgets augmentent nettement pour les opus 4 et 5, qui ont respectivement coûté 110 et 120 m$. Les recettes, quant à elles, sont bien entendu celles de blockbusters pour toute la franchise (de 392 à 829 m$).</p>
<p>Enfin, on peut également citer le magnifique <strong>Gravity </strong>(100 m$) d&rsquo;Alfonso Cuaron, avec Sandra Bullock, sachant qu’il s’agit d’une coproduction États-Unis/Angleterre. Avec ses 630 m$ de recettes à travers le monde, <strong>Gravity</strong> fait en tout cas la démonstration éclatante que la présence d’une femme au premier plan n’est nullement un frein au succès d’un blockbuster. Une démonstration confirmée par la franchise <strong>Hunger Games</strong>, qui a fait de Jennifer Lawrence l&rsquo;actrice la plus rentable du moment. On notera malgré tout que les budgets de ces productions n&rsquo;ont rien à voir avec ceux des films de superhéros masculins actuels.</p>
<figure id="attachment_641" aria-describedby="caption-attachment-641" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-641" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar.jpg" alt="" width="900" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar-300x188.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar-768x480.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-641" class="wp-caption-text">Rebelle (2012) &#8211; Moment historique chez Pixar, qui produit avec Rebelle son 13e long métrage et son 1er avec une héroïne !</figcaption></figure>
<p>Il n’y a guère plus d’exemples à mentionner. Nous ne pouvons pas compter <strong>Kill Bill</strong> car avec ses 30 millions de dollars de budget par film, le diptyque de Quentin Tarantino ne prétend pas se classer dans la catégorie des blockbusters. Difficile également d’englober les franchises <strong>Resident Evil</strong> (30 à 65 m$ de budget par film) et <a href="http://caroline-leroy.eklablog.com/critique-underworld-director-s-cut-a167674910" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Underworld </strong></a>(22 à 75 m$ par film) car il s’agit de produits de niche destinés à un public d’initiés.</p>
<p>C&rsquo;est également le cas du très original <strong>Sucker Punch</strong> de Zack Snyder malgré son budget important (82 m$), une contradiction probablement responsable de son échec commercial. Enfin, le cas <strong>Elektra </strong>(Rob S. Bowman, 2005) est particulièrement édifiant : le budget du film (43 m$) est tellement ridicule par rapport aux standards des films de superhéros que l’on ne s’étonne pas de son naufrage. La production ne s’est tout simplement pas donné les moyens de ses ambitions. Mais avait-elle vraiment des ambitions ?</p>
<p>La pauvreté de cette liste laisse songeur. Que s&rsquo;est-il donc passé en 35 ans pour que l&rsquo;on n&rsquo;ait pas davantage avancé dans la présence d’héroïnes dans les blockbusters ?</p>
<h2>Un public éduqué aux histoires de garçons</h2>
<p>Si une écrasante majorité de blockbusters placent l’homme au cœur de l’action et relèguent la femme au second plan, ce serait paraît-il pour des raisons purement pragmatiques : il faut miser sur des valeurs sûres, telles que des têtes d’affiches <em>bankable</em> et des arguments accrocheurs, mais aussi sur le premier public consommateur de films. Or le profil de ce dernier serait celui d’un adolescent de type caucasien.</p>
<p>En réalité, la notion de premier consommateur est à prendre avec précaution : il s’agirait de celui qui se précipite en salle dès la sortie du film, les chiffres des premières séances ayant le propre de conditionner toute la vie commerciale du produit. Et qu&rsquo;importe si par la suite, le film attire davantage de femmes. Cela dit, ce spectateur-type irait souvent voir les films en couple et c’est pourquoi on trouve toujours, dans les blockbusters d’action, un second rôle féminin et une romance dédiés à la « copine du spectateur ». Le tout dans le but affiché qu’elle ne bride pas son copain dans ses choix de sorties (car c’est apparemment lui qui décide !). Bref, tout tourne autour de l’homme. Ou plus exactement de l’ado américain blanc.</p>
<figure id="attachment_628" aria-describedby="caption-attachment-628" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-628" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/captain-america-2-poster.jpg" alt="" width="700" height="933" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/captain-america-2-poster.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/captain-america-2-poster-225x300.jpg 225w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption id="caption-attachment-628" class="wp-caption-text">Captain America 2 (Anthony et Joe Russo, 2014) &#8211; La diversité selon le blockbuster américain : l&rsquo;homme blanc occupe le premier plan, devant ses deux faire-valoir. Notez la posture de l&rsquo;actrice, conçue pour mettre en valeur ses formes féminines.</figcaption></figure>
<p>Ce principe s’applique également aux films pour enfants à gros budget, qu’il s’agisse des productions Disney, Pixar ou Dreamworks. En dehors des histoires de princesses, qui seront explicitement destinées aux filles et feront rarement l&rsquo;objet de franchises, les grosses productions sont presque toutes des histoires de garçons (ou assimilés). Si l’on observe depuis peu un effort de diversité – <strong>Rebelle</strong> (Brenda Chapman, Mark Andrews), <strong>La Reine des Neiges</strong> (Jennifer Lee, Chris Buck) –, probablement guidé par l’envie d’imiter les gros succès japonais (les héros de Hayao Miyazaki sont souvent des héroïnes), les productions américaines les plus coûteuses et considérées comme les plus porteuses comportent peu de personnages féminins et les placent au second plan. C’est le cas des franchises <strong>Shrek</strong>, <strong>Toy Story</strong>, <strong>Cars</strong>, <strong>Kung-Fu Panda</strong>, <strong>Dragons</strong>…</p>
<p>Ainsi, le conditionnement débute très tôt. La répartition des rôles est claire : les garçons sont les héros et les filles les seconds rôles. Chacun apprend sa place dès le plus jeune âge par le biais de la fiction.</p>
<p>1<sup>er</sup> corollaire : les filles apprennent qu’il leur faudra évoluer dans un monde d’hommes, où elles seront en minorité (donc en rivalité) et devront s’adapter aux codes masculins.<br />
2<sup>nd</sup> corollaire : les filles apprennent très tôt à imaginer le regard masculin posé sur elles, un regard qu&rsquo;elles perçoivent comme universel et qui juge leur apparence physique, sachant que les proportions féminines dans les films pour enfants sont déjà hypersexualisées, voire difformes (voir l&rsquo;article <a href="https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-questions-de-genre/20131217.RUE0879/dans-le-monde-de-disney-les-femmes-ont-des-poignets-de-la-taille-d-un-il.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Dans le monde de Disney, les femmes ont les poignets de la taille d&rsquo;un œil</i></a>, sur Rue89).</p>
<p>Ces constats s’accentuent bien évidemment dans les blockbusters pour adultes : le fait qu&rsquo;une actrice se fasse gonfler la poitrine ne choque plus personne.</p>
<h2>Le regard masculin comme symbole de pouvoir</h2>
<p>Dans le cinéma occidental, le regard masculin est omniprésent et s’exprime jusque dans la forme puisque les films jouent la carte de l’érotisation du corps féminin : balayage de bas en haut sur l’actrice entrant en scène, images volées dans l’intimité, plan sur le corps de la femme pendant l’amour, sur son visage pendant l’orgasme…</p>
<p>On peut aisément faire le lien avec le fameux <i>male gaze</i> théorisé par la critique de cinéma Laura Mulvey dans son essai <em><strong>Visual Pleasure and Narrative Cinéma</strong></em>, publié en 1975. En anglais, <i>gaze</i> signifie regard avec une idée de contemplation.</p>
<figure id="attachment_627" aria-describedby="caption-attachment-627" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-627" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-veuve-noire.jpg" alt="" width="700" height="772" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-veuve-noire.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-veuve-noire-272x300.jpg 272w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption id="caption-attachment-627" class="wp-caption-text">Scarlett Johansson dans Avengers &#8211; Très employée dans les comics et sur les affiches de films, cette posture est dédiée au regard masculin puisqu&rsquo;elle permet d&rsquo;apercevoir la poitrine, le fessier et la ligne du dos du personnage féminin.</figcaption></figure>
<p>Selon Mulvey, qui avait pris pour objet d’étude les classiques hollywoodiens des années 1950 et 1960, le spectateur est invité à adopter le point de vue d’un homme hétérosexuel, la femme devenant un objet destiné à être contemplé et désiré. En s’attardant sur le corps féminin, la caméra est assimilée au regard de l’homme, porteur du point de vue du réalisateur. Le <i>male gaze</i> devient le signe d’un pouvoir asymétrique : il symbolise le rôle actif de l’homme et le fait d’être regardé le rôle passif de la femme.</p>
<p>Ce regard masculin ouvre la possibilité d’une identification directe pour le spectateur mâle. Au contraire, il implique un processus d’identification plus trouble pour la spectatrice qui naviguera tour à tour entre les deux points de vue – féminin dans la romance et masculin dans l’action – voire sera tentée de regarder l’actrice en imaginant le regard de l’homme.</p>
<p>Aujourd’hui, le propos de Laura Mulvey n’a pas pris une ride. Il est largement applicable aux blockbusters actuels, où la femme occupe la position d’objet et rarement de sujet. Quand elles n’ont pas pour unique rôle d’apporter la touche érotique de l’histoire : observez les bandes-annonces de blockbusters, vous apercevrez bien souvent un ou deux plans suggérant que l’actrice apparaîtra dénudée, ou du moins au lit. Cette promesse fait partie des arguments de vente de ces superproductions, dans lequel le héros « gagnera » la femme à la fin du film, entre autres conquêtes réalisées grâce à ses exploits.</p>
<h2>La solitude du second rôle féminin</h2>
<p>Objets désirables, alliées ou ennemies, les femmes de blockbusters sont doublement pénalisées puisqu’elles sont en forte minorité, ce qui rend l’identification encore plus difficile pour le public féminin, faute de pouvoir choisir entre un nombre suffisamment grand de personnages. Dans sa bande dessinée <em><strong>The Rule</strong></em>, la dessinatrice américaine Alison Bechdel a introduit en 1985 ce que l’on appelle aujourd’hui le « Test de Bechdel », utilisé depuis 2012 par les salles de cinéma suédoises pour labelliser les films par un indicateur de sexisme.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-643" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/test-bechdel.jpg" alt="" width="445" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/test-bechdel.jpg 445w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/test-bechdel-223x300.jpg 223w" sizes="(max-width: 445px) 100vw, 445px" /></p>
<p>Dans la BD, un personnage sans nom précise qu’elle ne regarde les films que s’ils remplissent trois conditions :<br />
1- Il doit y avoir au moins deux femmes dans le film…<br />
2- …qui parlent entre elles…<br />
3- …d’autre chose que d’un homme.<br />
Sans surprise, la plupart des blockbusters de superhéros, même les meilleurs, échouent au test : <strong>Spiderman</strong> (Sam Raimi), <strong>Transformers</strong> (Michael Bay), <strong>The Dark Knight</strong> (Christopher Nolan), <strong>Avengers</strong> (Joss Whedon)… Il y a bien trop peu de femmes dans ces films pour qu&rsquo;elles connaissent le moindre échange entre elles. Les seuls films de superhéros récents à passer le test avec succès sont <strong>Thor</strong> (Kenneth Branagh) et <strong>Iron Man 3</strong> (Shane Black).</p>
<p>Bien évidemment, le Test de Bechdel n’est qu’un indicateur et ne tient pas compte de l’écriture des personnages à proprement parler. Il pénalise aussi les films reposant sur un petit nombre de personnages tels que <strong>Gravity </strong>qui peut pourtant difficilement être accusé de sexisme. Mais s’il demeure imparfait, ce test repose sur une observation on ne peut plus pertinente : les femmes sont sous-représentées dans la plupart des blockbusters.</p>
<p>De ce fait, le moindre personnage féminin devient une ambassadrice de son genre à part entière, et non plus, à l’image des rôles masculins, un individu-personnage exprimant une ou plusieurs facettes de l’humain (héroïsme, générosité, lâcheté, cupidité, etc.). Ainsi, le jugement que l’on portera sur elle sera susceptible d’être étendu à toute la gent féminine : la fourberie d’un personnage masculin sera juste un trait de caractère, alors que la fourberie d’un personnage féminin sera nommée « duplicité féminine ».</p>
<p>Minoritaires, les femmes se doivent d’être utiles au scénario. Ainsi, leur parcours sera régi par un seul objectif : contribuer à l’évolution du héros. Aussi excellent qu’il soit, le film de science-fiction <strong>Inception</strong> (Christopher Nolan, 2010) offre une bonne illustration de ce principe. <strong>Inception</strong> comporte très exactement deux femmes, dont une, Mall (Marion Cotillard), n’est pas exactement la femme défunte de Cobb (Leonardo DiCaprio) mais le souvenir qu’il en a conservé. Ce qui veut dire qu’elle est entièrement définie par son regard, en plus d’intervenir exclusivement pour faire ressurgir le drame de leur couple. De son côté, Ariane (Ellen Page) a certes un rôle intellectuel à jouer dans l’équipe, ce qui est rare dans ce type de film.</p>
<p>Pourtant, d’un point de vue dramaturgique, sa véritable mission consiste à aider Cobb à résoudre ses problèmes personnels. Tout naturellement, dans l’unique scène voyant les deux femmes interagir, la conversation tourne autour de Cobb. <strong>Inception </strong>échoue au troisième niveau du test. C’est l’exemple d’un film dont les personnages féminins se définissent « par rapport » au héros.</p>
<blockquote><p><em><strong>Extrait du film Transformers 3 : La Face Cachée de la Lune</strong> : Première apparition de Rosie Huntington Whiteley, qui remplace Megan Fox dans le 3e opus de la franchise de Michael Bay. Le premier plan offre une vue directe sur ses cuisses et ses fesses et, pendant l&rsquo;échange dialogué, la caméra se positionne à hauteur des yeux du héros (Shia LaBeouf) qui se trouve quant à lui allongé sur le lit. Ainsi, le personnage féminin occupe clairement la position d&rsquo;objet, un objet défini par le regard masculin.</em></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" title="Rosie Huntington opening scene Transformers 3 [1080p]" width="790" height="444" src="https://www.youtube.com/embed/Z1KeWcJt6XE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<h2>Cette femme que le héros « gagne » à la fin du film&#8230;</h2>
<p>Second rôle ne voulant pas nécessairement dire mauvais rôle, même s’il est mis au service d’un homme, il est temps de s’intéresser à cette femme que le héros gagne à la fin du film. Qui est-elle vraiment ? C’est bien tout le problème : la femme de blockbusters souffre bien souvent d’un défaut d’écriture, une tendance qui n&rsquo;a fait que se renforcer depuis la fin des années 2000, avec l’appauvrissement des scénarios lié à la concentration des budgets évoquée plus haut.</p>
<p>Ainsi, dans sa caractérisation, ce second rôle féminin se voit bien souvent privé de ce que j’appellerais son histoire personnelle, et qui se définit en deux temps :<br />
1- ce qu’elle a vécu avant le film et qui a forgé son caractère et ses valeurs,<br />
2- son évolution à travers le film, à savoir ce qu’elle vit et comment elle le vit en tant qu’individu.</p>
<figure id="attachment_642" aria-describedby="caption-attachment-642" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-642" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst.jpg" alt="" width="900" height="590" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst-300x197.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst-768x503.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-642" class="wp-caption-text">Kirsten Dunst dans Spiderman (2002) &#8211; Mary Jane Watson prend l&rsquo;initiative du premier baiser dans Spiderman</figcaption></figure>
<p>Non seulement le passé du personnage féminin est de plus en plus sommaire (par exemple, dans <strong>Man of Steel</strong>, <a href="https://lesecransdelodie.com/man-of-steel-chronique-dun-massacre-celui-dune-mythologie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">on ne sait plus rien de Loïs Lane</a>), mais son évolution pendant le film se réduit la plupart du temps à ses interactions avec le héros. C’est le cas de Selina Kyle dans <strong>The Dark Knight Rises </strong>(Christopher Nolan), Sharon Carter dans <strong>Captain America</strong> (Joe Johnston), Betty Ross dans <strong>L’Incroyable Hulk</strong> (Louis Leterrier)… Que font ces femmes de leur vie, une fois l&rsquo;histoire en route, à part penser au héros, parler de lui et agir en fonction de lui ?</p>
<p>Dans <strong>Iron Man</strong> (Jon Favreau), la situation est plus complexe : Pepper Potts (Gwyneth Paltrow) agit en fonction de Tony Stark mais elle bénéficie également d’une évolution intéressante, voire progressiste : secrétaire dans l’opus 1, elle se voit léguer l’entreprise de Stark dans l’opus 2 et joue un rôle central dans le 3.</p>
<p>Pour donner un autre contre-exemple, nous citerons Mary Jane Watson (Kirsten Dunst) dans la franchise <strong>Spiderman</strong> de Sam Raimi. Si l’on se focalise sur les kidnappings de Mary Jane à la fin de chaque épisode, la franchise <strong>Spiderman</strong> sera vite taxée de sexisme. Trop vite. Car l’écriture du personnage est plus riche que celle de ses concurrentes, et ce, pour une raison simple : Mary Jane mène sa propre vie, une vie hors-champ qui échappe à la perception de Peter Parker.</p>
<p>Au début du premier film, en une simple scène entendue de la fenêtre du héros, un conflit entre la jeune femme et son père laisse entrevoir son insécurité affective. Par la suite, chaque fois que Peter la retrouve après l’avoir perdue de vue, elle a vécu des événements tels que la perte d’un emploi, la rencontre avec un autre homme, etc. Mary Jane Watson a aussi des défauts de caractère et c’est ce qui la rend humaine et attachante.</p>
<p>Ainsi, un autre indicateur de sexisme pourrait consister à répondre à la question suivante : <strong>si le scénariste écrivait une version alternative adoptant le point de vue du personnage féminin, aurait-il une histoire suffisamment consistante à raconter ?</strong></p>
<p>Pour la plupart des seconds rôles féminins de blockbusters, la réponse est non. En dehors de leur relation avec le héros, que sait-on de Mikaela (Megan Fox) dans <strong>Transformers</strong> ou Betty Ross (Liv Tyler) dans <strong>L&rsquo;Incroyable Hulk</strong> ? Même sur Pepper Potts dans <strong>Iron Man</strong>, qui suit un parcours que l&rsquo;on peut qualifier de féministe, il n&rsquo;a guère matière à développer un scénario.</p>
<blockquote><p>“<em>Vous allez faire exactement ce que je vous dis, exactement !</em>“<br />
&#8211; Jeremy Renner à Rachel Weisz dans <strong>Jason Bourne : L&rsquo;héritage</strong></p></blockquote>
<h2>Femme romantique, femme passive</h2>
<p>À défaut de faire l’objet d’un véritable soin d’écriture, ces personnages ont-ils vu leur profil évoluer depuis trente ans ? Au premier abord, il semblerait que oui : scientifiques, journalistes de terrain, femmes d’affaires ou combattantes, elles ont intégré les changements de la société. Du moins en apparence. Car ces profils cachent une grande hypocrisie. Drapés des atours de la femme moderne, ces rôles féminins finissent bien souvent par perdre leur indépendance au contact du héros.</p>
<figure id="attachment_635" aria-describedby="caption-attachment-635" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-635" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron.jpg" alt="" width="800" height="534" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron-768x513.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-635" class="wp-caption-text">Charlize Theron dans Hancock (2008) &#8211; Le camouflage de la super-héroïne : femme au foyer</figcaption></figure>
<p>Dans les films de superhéros, cette régression est momentanée et se traduit souvent par un kidnapping (<strong>Spiderman</strong> et bien d’autres) ou une blessure qui la met sur la touche (<strong>Hancock </strong>de Peter Berg) : c’est le point culminant de l’histoire, où la femme retourne à l’état passif tandis que l’homme montre son héroïsme en la sauvant au péril de sa vie. Après tout, cela fait partie des conventions du genre.</p>
<p>Là où ce procédé devient vraiment irritant, c’est lorsqu’il s’éternise durant tout le film. C’est notamment le cas dans les films d’agents secrets fugitifs, où la situation accule une femme indépendante à tout plaquer pour suivre un homme, accomplissant éventuellement une ou deux actions pour la forme. Avouons-le, il y a bel et bien derrière tout cela un fantasme féminin : quelle femme n’a jamais fantasmé de rencontrer un <i>bad boy</i> ? D’un point de vue féminin, fuir avec un <i>bad boy</i> correspond à un fantasme de transgression. Mais il ne fonctionne que si le regard féminin est bel et bien pris en compte. Or si celui-ci est toujours utilisé ici et là pour mettre l’emphase sur le caractère extraordinaire du héros, le basculement vers le point de vue masculin finit toujours par se faire, au détriment de la demoiselle qui se retrouve sur la touche.</p>
<figure id="attachment_639" aria-describedby="caption-attachment-639" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-639" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02.jpg" alt="" width="900" height="632" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02-300x211.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02-768x539.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-639" class="wp-caption-text">Rachel Weisz et Jeremy Renner dans Jason Bourne : L&rsquo;Héritage (2012) &#8211; Tenir sa partenaire par le bras dans la rue, une mauvaise manie chez les agents secrets en fuite?</figcaption></figure>
<p>Autre maladresse typique du genre : le passage du statut de femme autonome à celui de femme dépendante justifie généralement que le héros la tienne pas le bras dans la rue, la retourne de force pour lui parler ou encore lui crie dessus, notamment lorsqu&rsquo;elle souhaite prendre une initiative (maladroite, forcément).</p>
<p>Dans cet esprit, <strong>Jason Bourne : L’Héritage</strong> (Tony Gilroy), avec Jeremy Renner et Rachel Weisz, joue non seulement la carte du sérieux absolu totalement dépourvu d’humour, mais applique les codes les plus rétrogrades du genre, bien plus que dans le premier épisode de la franchise. Dans <strong>La Mémoire dans la Peau</strong> (Doug Liman), l’actrice allemande Franka Potente interprétait une jeune femme un peu paumée, sans attaches, et il était donc plus crédible qu’elle se laisse entraîner dans cette galère par Jason Bourne (Matt Damon).</p>
<p>Au contraire, la scientifique campée par Rachel Weisz exerce un travail qui lui a permis d’acquérir par elle-même un bon statut social. Or au contact du héros, elle va précisément se voir dépossédée de son autonomie. Attaquée chez elle dès le début par une bande de tireurs, elle est sauvée de justesse par l’agent.</p>
<figure id="attachment_638" aria-describedby="caption-attachment-638" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-638" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01.jpg" alt="" width="900" height="607" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01-300x202.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01-768x518.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-638" class="wp-caption-text">Jeremy Renner et Rachel Weisz dans Jason Bourne : L&rsquo;Héritage (2012) &#8211; La scène érotique du film?</figcaption></figure>
<p>Expert de ce type de situation, il arrive à point nommé, avec un plan précis dans la tête et surtout une réplique qu’il déclame en la plaquant contre un mur : « <i>You’re gonna do exactly as I say, exactly ! </i>» (« <i>Vous allez faire exactement ce que je vous dis, exactement !</i> »). Tout est dit : pour son propre bien et pour l’intérêt général, la femme doit obéir à l’homme ; et attention, elle doit lui obéir à la lettre car si elle dévie d’un iota des ordres donnés par le héros, elle risque de provoquer une catastrophe ingérable. Cette réplique, nous l’entendons régulièrement dans les blockbusters d’action américains. Et cela dure depuis 30 ans.</p>
<p>Les films d’agent secret en fuite sont-ils définitivement ringards ? Peut-être bien. À moins que le genre ne soit abordé différemment. C’est le cas dans <strong>Night and Day</strong>, de James Mangold, où Cameron Diaz interprète une femme ordinaire qui rencontre un agent extraordinaire en la personne de Tom Cruise. L&rsquo;idée du couple en fuite est ici employée avec beaucoup d’humour, non pas sous l’angle du fantasme masculin de briller devant une nana mais celui du fantasme féminin de vivre une aventure avec un mec sexy.</p>
<figure id="attachment_640" aria-describedby="caption-attachment-640" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-640" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/knight-and-day-01.jpg" alt="" width="700" height="585" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/knight-and-day-01.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/knight-and-day-01-300x251.jpg 300w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption id="caption-attachment-640" class="wp-caption-text">Tom Cruise et Cameron Diaz dans Knight and Day (2010) &#8211; Même posture que sur l&rsquo;image précédente, mais Cameron Diaz, elle, a une idée derrière la tête&#8230;</figcaption></figure>
<p>La prise en compte du public féminin est évidente dans la scène de la moto. Passage obligé du genre, avec sa variante en voiture, ce type de scène met généralement en action le héros armé de flingues et de lunettes noires (être sexy et à la mode est capital) aux commandes de l’engin. C&rsquo;est le moment où il va impressionner sa partenaire en l’embarquant dans une course-poursuite démente, pendant laquelle elle n’aura aucun contrôle et n’aura d’autre choix que de crier et de se cramponner à lui – la connotation sexuelle est à peine camouflée. Or contrairement à ses collègues féminines, Cameron Diaz ne reste pas passive : elle se retourne sur la moto, saisit les deux flingues et tire généreusement, le tout en serrant Tom Cruise entre ses cuisses. Elle prend le contrôle de la scène – et donc de sa dimension érotique.</p>
<p>Mais <strong>Night and Day</strong> demeure une exception : Cameron Diaz est l’une des rares actrices qui, en plus d’avoir le droit d’être sexy et drôle à la fois, peut se permettre d’imposer une telle image d’assurance, quitte à en irriter quelques-uns.</p>
<blockquote><p>“<i>Chéri, je suis rentrée ! Ah ! J’oubliais, je ne suis pas mariée…</i>”- Réplique du film <strong>Batman, le Défi &#8211;</strong></p></blockquote>
<h2>La femme d&rsquo;action, symbole du féminisme ?</h2>
<p>C’est une évidence, l’inflation des budgets et la standardisation forcenée qui en découle sont largement en cause dans la pauvreté d’écriture des personnages féminins à l&rsquo;heure actuelle. Le cheminement des femmes d&rsquo;action est éloquent.</p>
<p>Alors qu&rsquo;elles faisaient office d&rsquo;exceptions dans les années 1980, les femmes d&rsquo;action ont pris leur envol dans les années 1990, où les budgets commençaient à devenir conséquents mais n’atteignaient pas encore des sommes aussi démesurées. On a pu voir à l&rsquo;époque un certain nombre de personnages valorisant la force féminine (Sigourney Weaver dans la saga <strong>Alien</strong>, Linda Hamilton dans <strong>Terminator 2</strong>, Rene Russo dans <strong>L’Arme Fatale 3</strong>, Michelle Yeoh dans <strong>Demain ne meurt jamais</strong>, etc.). Mais dans les années 2000, les <i>action girls </i>se sont affadies : toujours prometteuses au début du film, elles seront finalement tout juste bonnes à assister le(s) héros dans sa(leur) quête. Les choses sérieuses se déroulent entre hommes (<strong>X-Men</strong>, <strong>G.I. Joe: Le Réveil du Cobra</strong>, <strong>Green Lantern</strong>&#8230;).</p>
<p>Le cas typique est le traitement de la Veuve Noire dans <strong>Avengers</strong>. Compte tenu du choix de Scarlett Johansson pour incarner la super-héroïne, on pouvait s&rsquo;attendre à un personnage consistant. Or si l&rsquo;on dresse le bilan de ses interventions dans le film, la Veuve Noire bénéficie d&rsquo;une seule bonne scène : une confrontation avec Loki qui aurait largement mérité une revanche. À l&rsquo;arrivée, l&rsquo;actrice révélée par Sofia Coppola dans <strong>Lost In Translation</strong> n&rsquo;a même pas réussi à négocier plus de quelques plans dans le climax. Une fois que son amant (interprété par Jeremy Renner) reprend du service, il n&rsquo;y a plus vraiment de raison de lui accorder autant d&rsquo;importance.</p>
<p>Plus significatif encore est le cas de Catwoman dans la franchise Batman, vue en 1992 dans <strong>Batman le Défi </strong>de Tim Burton, puis vingt ans plus tard dans <strong>The Dark Knight Rises</strong> (2012) de Christopher Nolan. L&rsquo;évolution de ce personnage entre les deux films témoigne plus que jamais de l&rsquo;appauvrissement des personnages féminins dans les blockbusters entre les années 1990 et les années 2010. Ironiquement, le personnage de Anne Hathaway fait plusieurs références explicites à celui de Michelle Pfeiffer (la scène de bal masqué, la réplique soulignant le fait que Batman ne frappera pas une femme&#8230;).</p>
<figure id="attachment_648" aria-describedby="caption-attachment-648" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-648" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03.jpg" alt="" width="1000" height="654" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03-300x196.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03-768x502.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><figcaption id="caption-attachment-648" class="wp-caption-text">Michelle Pfeiffer et Michael Keaton dans Batman, le Défi (1992)</figcaption></figure>
<p>Dans <strong>Batman le Défi</strong>, le portrait de Selina Kyle/Catwoman (Michelle Pfeiffer) est habilement brossé en quelques minutes, dont deux scènes-clés évocatrices de la question du machisme dans la société moderne : l’une où elle se fait rabaisser par son patron au cours d’une réunion, et l’autre, où elle rentre chez elle le soir et trouve un message téléphonique culpabilisant de sa mère. On reste marqué par une réplique : « <i>Chéri, je suis rentrée ! Ah ! J’oubliais, je ne suis pas mariée…</i> ». Cette réplique exprime tout le mal-être de la citadine des années 1990, rattrapée par la pression des conventions, perdue dans sa quête d’indépendance, paumée dans son rapport aux hommes.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-649" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-scaled.jpg" alt="Batman Le Défi" width="2048" height="1536" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-scaled.jpg 2048w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-300x225.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-1024x768.jpg 1024w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-768x576.jpg 768w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-1536x1152.jpg 1536w" sizes="(max-width: 2048px) 100vw, 2048px" /></p>
<p>Une fois assassinée par son patron et ressuscitée par les chats, elle sort de sa coquille et se transforme en vamp pour se rebeller contre l’oppression machiste, d’où ses virées nocturnes consistant à punir les agresseurs sexuels, attaquer les symboles d’autorité mais aussi harceler Batman, dont le caractère chevaleresque l’exaspère. Au passage son accoutrement et son fouet font référence aux pratiques sadomasochistes : dans <strong>Batman le Défi</strong>, l&rsquo;histoire de Catwoman est aussi celle d&rsquo;une liberation sexuelle.</p>
<p>Si l’on lit entre les lignes, l’assassinat de Selina par son patron peut être vu comme une allusion au viol. Celui-ci se déroule ironiquement sur le lieu de travail, censé symboliser son indépendance durement acquise, une indépendance qui apparaît comme une comédie puisque, conditionnée par son éducation (une éducation sexiste dont témoignent les objets enfantins qui ornent son appartement), Selina s’est toujours comportée en femme soumise. Sa transformation en Catwoman l&rsquo;amène à évoluer : au final, même amoureuse de Bruce Wayne, elle refusera d’être « sauvée » par lui.</p>
<blockquote><p><em><strong>Extrait de Batman Le Défi : de Selina Kyle à Catwoman</strong> : Dans l&rsquo;extrait ci-dessous, qui se situe juste après son meurtre par son patron Max Shrek, Selina Kyle (Michelle Pfeiffer) revient chez elle en accomplissant « en mode zombie » les mêmes rituels que dans la première scène dévoilant son quotidien. Elle craque à l&rsquo;écoute de ses messages téléphoniques et détruit tous les symboles de l&rsquo;éducation sexiste qu&rsquo;elle a reçue, et qui l&rsquo;a conditionnée à se jeter directement dans la gueule du loup&#8230;</em></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" title="No more Selina Kyle..." width="790" height="444" src="https://www.youtube.com/embed/gSqLJaHwvtw?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p><strong>The Dark Knight Rises</strong> nous donne un tout autre son de cloche. Selina Kyle (Anne Hathaway) arrive sans background particulier et se présente tout d&rsquo;abord comme une voleuse haut de gamme, habituée à s&rsquo;introduire dans le monde du luxe. À sa première rencontre avec Bruce Wayne, alors en situation de vulnérabilité, elle le met à terre sans vergogne. Manipulatrice avec les hommes, qu&rsquo;elle utilise comme des pantins lors de ses évasions, elle incarne la femme moderne mais une femme moderne égoïste, arrogante et fashion victim &#8211; il faut voir sa garde-robe tout au long du film !</p>
<figure id="attachment_644" aria-describedby="caption-attachment-644" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-644" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01.jpg" alt="" width="900" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01-300x188.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01-768x480.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-644" class="wp-caption-text">Anne Hathaway dans The Dark Knight Rises (2012)</figcaption></figure>
<p>Au contraire de la Catwoman de 1992, son agressivité envers les hommes n&rsquo;est motivée par aucune souffrance, aucun vécu particulier. La suite des événements nous apprend qu&rsquo;elle possède en réalité un bon fond : elle finira par collaborer avec Batman pour servir l&rsquo;intérêt général. Selina Kyle obtiendra également quelques sympathiques scènes d&rsquo;action, dont une sur la Bat-moto &#8211; ce n&rsquo;est pas tous les jours qu&rsquo;un héros confie son engin à une femme !</p>
<p>Toutefois, dès lors qu’elle décide de seconder Batman, l&rsquo;évolution de Selina Kyle en tant que personnage s’arrête là &#8211; et pour cause, il n&rsquo;y avait pas grand chose à dire sur elle dès le départ. La destinée de Catwoman, nom qui ne sera même pas mentionné dans le film, est de devenir l&rsquo;un des faire-valoir de Batman, celle qui exécute ses ordres. Cerise sur le gâteau, son accomplissement consistera… à se mettre en couple ! La féline et féministe Catwoman est ainsi domptée. Christopher Nolan commet une belle faute de goût.</p>
<p>L’évolution de Catwoman entre les deux films est symptomatique de celle des <i>actions girls</i> dans les blockbusters de ces 20 dernières années. Si les femmes d&rsquo;action des années 1990 avaient tout à prouver, voire une cause à défendre, quitte à tomber parfois du mauvais côté de la barrière, celles des années 2010 font de belles démonstrations de force, sont davantage intégrées dans l&rsquo;action, presque banalisées.</p>
<p>Leur émancipation n&rsquo;est qu&rsquo;une illusion : le plus souvent aux ordres d&rsquo;un homme, elles ne pourront prétendre qu&rsquo;au statut de simples collaboratrices, en plus d&rsquo;être dénuées de véritables enjeux personnels. Sexy et indépendantes au début du film, elles sont finalement rattrapées par l’étau de la domination masculine, qui s&rsquo;impose s’impose à elles comme la voie du salut, la seule qui les empêchera de sombrer vers le côté obscur.</p>
<figure id="attachment_632" aria-describedby="caption-attachment-632" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-632" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-632" class="wp-caption-text">Michelle Rodriguez dans Fast and Furious 6 (2013)</figcaption></figure>
<p>Pour émettre un bémol à ce constat, reconnaissons à quelques blockbusters récents de faire preuve d&rsquo;un peu plus d&rsquo;originalité. Ainsi, depuis que le réalisateur Justin Lin a pris les commandes de la franchise <strong>Fast and Furious </strong>(à partir de l&rsquo;épisode 3), les personnages féminins s’en sortent plutôt bien, en particulier Letty (Michelle Rodriguez) qui réapparaît miraculeusement, alors qu&rsquo;on la croyait perdue, dans l&rsquo;épisode 6. Toujours aussi <em>bad ass</em>, Letty n&rsquo;a pas perdu ses super-pouvoirs en tombant amoureuse &#8211; dans le 6e opus, sa scène de séduction avec Vin Diesel prend la forme d&rsquo;un duel en voiture de course dans les rues de Londres.</p>
<p>À noter que <strong>Fast and Furious 6</strong> passe avec succès le Test de Bechdel : au sein de l&rsquo;équipe des héros, les femmes sont au nombre de trois et l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, Gisele (Gal Gadot), affronte une méchante dans un combat sans merci. Il faut dire que Justin Lin aborde ses personnages féminins non pas comme « les femmes du film » mais comme des éléments à part entière d’un groupe mixte, dont les liens et l’esprit d’équipe participent au charme de la franchise.</p>
<h2>La gentille et la méchante : la moralité féminine assujettie aux intérêts masculins</h2>
<p>Sachant que la caractérisation des personnages féminins de blockbusters se réduit bien souvent au minimum syndical, il est de bon ton de respecter un certain politiquement correct. Ainsi, lorsque le film ne comporte qu’un seul rôle féminin, il s’agit généralement d’une bonne personne. Il ne s’agit pas que la « copine du spectateur » s’offusque, voire que les associations féministes montent au créneau – et pour cause puisque cette femme est perçue comme une ambassadrice de son genre.</p>
<p>On observe à ce titre le même phénomène dans les films ne comportant qu’un seul acteur noir : toujours un gentil ! Pas question de déclencher une polémique.</p>
<p>Les choses se gâtent lorsque le film met en scène deux femmes. Celles-ci seront alors systématiquement placées en opposition. Dans certains cas, cette opposition repose sur les notions de passivité et d’action. C’est le cas dans <strong>World War Z</strong> (Marc Forster) avec la jeune soldate israélienne (Daniella Kersetz) apporte un contrepoids salvateur au traitement machiste de l&rsquo;épouse qui, filmée dans des espaces clos, attend sagement le retour de son homme avec les enfants. L&rsquo;autre cas de figure est celui où l&rsquo;une des deux femmes est maléfique. C&rsquo;est le principe de la « gentille » et de la « méchante » dans un film d&rsquo;action.</p>
<figure id="attachment_634" aria-describedby="caption-attachment-634" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-634" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen.jpg" alt="" width="900" height="506" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-634" class="wp-caption-text">Famke Janssen dans GoldenEye (1995)</figcaption></figure>
<p>Attardons-nous d&rsquo;abord sur la gentille, parce qu&rsquo;elle le vaut bien. Épouse ou cœur à prendre, lisse et sans défaut, elle est forcément plus jeune que le héros (la différence peut aller jusqu&rsquo;à 15 ans). Son profil varie en fonction de la caractérisation de ce dernier (origine sociale, traumatismes éventuels…) mais aussi du ciblage du film : elle est hot si celui-ci s’adresse aux jeunes, charmante si la cible est familiale. Elle incarne l’idéal féminin du héros, donc du public (masculin).</p>
<p>Cette gentille, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la femme passive évoquée plus haut, remplit deux fonctions. La première, c’est de séduire puisqu’elle constituera l’un des deux éléments érotiques du film, en rivalité avec la méchante. La seconde, qui prévaut particulièrement dans les films familiaux, est d’incarner une figure maternelle potentielle, ce qui se traduit parfois de manière explicite (elle a besoin de l’aide du héros pour protéger son enfant) ou moins directe (elle joue les infirmières avec le héros, le réconforte ou l’assiste dans sa mission). Cette dimension maternelle lui permet également de se différencier de la méchante.</p>
<p>Dans le cas où la mère du héros est présente ou bien si une autre femme incarne la figure maternelle (comme c’est le cas de M dans la franchise <strong>James Bond</strong>), la gentille sera déchargée de cette fonction et n&rsquo;existera que par l&rsquo;attrait amoureux/sexuel qu&rsquo;elle suscite.</p>
<figure id="attachment_630" aria-describedby="caption-attachment-630" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-630" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga.jpg" alt="" width="800" height="532" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-630" class="wp-caption-text">Matt Damon et Alice Braga dans Elysium (2013) &#8211; L&rsquo;homme machine protège la mère et l&rsquo;enfant</figcaption></figure>
<p>Le but de cette gentille ? Être sauvée par le héros, pardi ! Le nec plus ultra étant de finir en couple avec cet homme qui aura su éradiquer sa rivale, la méchante, ainsi que le <i>Villain</i>, soit le mâle dominant du groupe des méchants. C&rsquo;est l&rsquo;esprit de la meute si cher aux blockbusters masculins. Tout un programme.</p>
<p>De son côté, la méchante de blockbuster est un vrai poison. Elle fait son entrée fracassante en 1990 dans <strong>Total Recall</strong> (Paul Verhoeven), sous les traits de Sharon Stone. La douce femme au foyer, l&rsquo;épouse aimante et rassurante du personnage de Schwarzenegger se transforme très vite en véritable furie, démon qui se fera finalement dégommer par son époux lui-même &#8211; « <i>Considère ça comme un divorce </i>», ajoute-t-il après lui avoir tiré une balle dans la tête.</p>
<p>On retrouve cette méchante quelques années plus tard sous l&rsquo;apparence de Famke Janssen, en James Bond Girl diabolique dans <strong>GoldenEye </strong>(Martin Campbell). Particulièrement vicieuse, Xénia Onatopp assassine les hommes pendant les ébats amoureux, en les empêchant d&rsquo;abord de se retirer avant de leur briser le dos entre ses jambes, atteignant l&rsquo;orgasme lorsque son partenaire rend son dernier soupir… On ne peut pas faire plus explicite : la méchante de blockbuster est une femme castratrice ! La seule solution sera donc de la soumettre.</p>
<p>En réalité, la méchante de film d&rsquo;action est un dérivé extrême de la femme fatale, qui hante notre imaginaire collectif depuis des temps immémoriaux. Cette femme fatale existe déjà dans les récits mythologiques : la Méduse, la Sirène ou encore Circé, c’est elle ! Elle répond aussi présente dans les mythologies asiatiques, au Chine, sous les traits de la femme-renarde, ou en Corée, sous l’apparence du Gumiho. On la retrouve également dans les récits médiévaux, par exemple sous les traits de la Fée Morgane dans la légende des Chevaliers de la Table Ronde.</p>
<figure id="attachment_646" aria-describedby="caption-attachment-646" style="width: 643px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-646" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/x-men-3-famke-janssen.jpg" alt="" width="643" height="857" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/x-men-3-famke-janssen.jpg 643w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/x-men-3-famke-janssen-225x300.jpg 225w" sizes="(max-width: 643px) 100vw, 643px" /><figcaption id="caption-attachment-646" class="wp-caption-text">Famke Janssen dans X-Men : L&rsquo;Affrontement Final (2006)</figcaption></figure>
<p>Puissante, séductrice et transgressive, la femme fatale use de ses charmes pour attirer l’homme dans un piège et le détruire. L’idée latente est celle de la dangerosité de la sexualité féminine : si celle-ci n’est pas sous contrôle, la femme exercerait un vampirisme sexuel privant l’homme de son esprit d’indépendance et de sa virilité. Si son sort est souvent impitoyable dans les récits mythologiques ou médiévaux, il n’en est pas nécessairement de même dans le septième art : personnage complexe, la femme fatale peut trouver une forme de rédemption dans l’amour &#8211; c’est-à-dire dans la soumission à l’ordre établi, donc à l’homme.</p>
<p>La femme fatale hante le genre du film noir : Ava Gardner dans <strong>Les Tueurs</strong> (Robert Siodmack), Rita Hayworth dans <strong>La Dame de Shanghai</strong> (Orson Welles),<b> </b>Isabella Rossellini dans <strong>Blue Velvet</strong> (David Lynch)… Elle n’a jamais cessé d’exister, même dans les blockbusters actuels : Marion Cotillard dans <strong>Inception</strong> est une femme fatale.</p>
<p>Un personnage marque cependant un tournant dans son interprétation : Catherine Tramell, dans le thriller <strong>Basic Instinct</strong> (1992). Sharon Stone a décidément un casier bien rempli. À l’époque, le public se choque de voir une femme aussi amorale et qui plus est d’une intelligence supérieure. La transgression est totale puisqu’elle n’est même pas châtiée à la fin du film. Dans les années qui suivent, on voit fleurir différents personnages de ce genre : Linda Fiorentino dans le film australien <strong>The Last Seduction </strong>(John Dahl, 1994), Nicole Kidman dans <strong>Prête à Tout </strong>(Gus Van Sant, 1995), Natasha Henstridge dans <strong>La Mutante </strong>(Roger Donaldson, 1995)…</p>
<p>La différence entre la gentille et la méchante cristallise d&rsquo;ailleurs tous les interdits associés aux femmes. Sachant que les personnages féminins d&rsquo;un blockbuster se définissent principalement par leur apport romantique/sexuel, il est logique que les femmes dont le rapport aux hommes n’est pas « moral », c&rsquo;est-à-dire dans la soumission, soient presque systématiquement des méchantes.</p>
<p>Par extension, une femme de pouvoir est bien souvent une méchante elle aussi. Nous avons évoqué plus haut les Chevaliers de la Table Ronde : l’opposition entre la sorcière Morgane et la pieuse Genièvre, sur fond de transition entre les croyances païennes et le christianisme, est très proche du principe de la gentille et de la méchante dans les blockbusters actuels (l&rsquo;adaptation <strong>Excalibur</strong> de John Boorman propose d&rsquo;ailleurs un portrait assez simpliste de Morgane). Autrement dit, la gentille, elle, est en réalité une femme soumise : son comportement est conforme aux valeurs judéo-chrétiennes.</p>
<p>À noter que si la femme fatale de thrillers peut espérer trouver une rédemption, la méchante de films d’action, elle, est si cruelle qu’elle se doit d’être exécutée, voire humiliée. À l’image des personnages mythologiques comme la Méduse.</p>
<figure id="attachment_633" aria-describedby="caption-attachment-633" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-633 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument.jpg" alt="" width="1000" height="540" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument-300x162.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument-768x415.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><figcaption id="caption-attachment-633" class="wp-caption-text">Gilda (1946) &#8211; Basic Instinct (1992) &#8211; GoldenEye (1995) &#8211; Les femmes fatales fument ! La cigarette, symbole d&rsquo;indépendance et de mystère, est un accessoire indispensable de la femme fatale.</figcaption></figure>
<h2>La méchante n&rsquo;est pas un bad guy au féminin</h2>
<p>À propos de l&rsquo;indépendance de la méchante dans les films d’aujourd’hui, n’allons pas trop vite en besogne : elle ne saurait être confondue avec une version féminine du méchant. En effet, la méchante, cette insoumise, a juré allégeance à un homme, le seul qu&rsquo;elle respecte et dont elle est amoureuse, secrètement ou non : le Méchant en titre, ou <i>villain</i>. Quelques exemples : Mystique dans la franchise <strong>X-Men</strong>, La Baronne dans <strong>G.I. Joe : Le Réveil du Cobra</strong>, Bellatrix Lestrange dans <a href="https://www.stellarsisters.com/harry-potter-evolution-du-personnage/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Harry Potter</strong></a>, Faora-Ul dans <strong>Man of Steel</strong>…</p>
<p>Il arrive d’ailleurs que la méchante soit possédée, comme c’est le cas du Dr Jean Grey, alias Phoenix (Famke Janssen), dans <strong>X-men &#8211; L&rsquo;Affrontement Final</strong> (<strong>X-Men 3</strong>). Justement, le premier symptôme inquiétant de la possession de Jean Grey est qu&rsquo;elle se jette sur un homme. La vertueuse Jean Grey, un peu coincée sur les bords dans les précédents opus, prend soudainement une initiative sexuelle. Elle se lâche enfin. Mais elle a le culot de vouloir contrôler la situation : elle est devenue une méchante. Mais une méchante soumise à une entité maléfique, ne l’oublions pas. Ainsi, les pouvoirs incroyables qu’elle manifeste par la suite ne lui appartiennent pas vraiment.</p>
<p>Rappelons-le, en aucun cas la méchante n’est un équivalent féminin du <i>Villain</i>. Par conséquent, elle ne peut prétendre aux honneurs de mener l&rsquo;affrontement final avec le héros, sous peine de déviriliser celui-ci.</p>
<figure id="attachment_631" aria-describedby="caption-attachment-631" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-631" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster.jpg" alt="" width="800" height="450" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-631" class="wp-caption-text">Jodie Foster dans Elysium (2013) &#8211; Femme et pouvoir font-ils vraiment bon ménage?</figcaption></figure>
<p>Les deux femmes du film <strong>Elysium</strong> (Neill Blomkamp) illustrent très bien le principe de la gentille et de la méchante. Femme médecin donc attentive aux autres, mère dévouée à son enfant malade, Frey (Alice Braga) représente l’idéal féminin du héros : une femme douce, modeste et attentionnée, en plus d’être charmante.</p>
<p>Amie d’enfance du héros, elle incarne aussi le paradis perdu. Son but est de sauver son enfant et son parcours consiste principalement à soigner le héros (Matt Damon) de ses blessures et à se faire kidnapper par le méchant (Sharlto Copley), un psychopathe barjo qui manifeste étonnamment, à son contact, des velléités de séducteur. Aliénée tout à la fois à sa maternité et sa beauté (la menace de viol est claire), elle ne pourra que s’en remettre au héros pour survivre. Ce dernier devra vaincre, en la personne du psychopathe, un dangereux criminel mais aussi un potentiel rival sexuel.</p>
<p><strong>Elysium</strong> comporte un autre personnage féminin : Jessica Delacourt, une politicienne machiavélique campée par Jodie Foster. Pendant une bonne partie du film, on se réjouit de voir l’actrice accomplir un exploit : incarner le <em>Villain</em>, celle qui tire les ficelles. Un espoir finalement déçu : juste avant le climax, elle se fait abattre sans égard, pour laisser la place à son homme de main, le psychopathe cité plus haut, promu Méchant en titre. La mort de Delacourt est tellement vite expédiée que son prestige s&rsquo;en trouve considérablement amoindri !</p>
<p>Ridiculiser la mort de la boss des méchants, cette femme qui a eu l’outrecuidance de défier toute la gent masculine en prenant la place du Méchant, c’est aussi la démarche de <strong>The Dark Knight Rises</strong> : rappelez-vous l’hilarité provoquée par la fin tragicomique du personnage de Marion Cotillard. Les seules exceptions sont les rares films mettant en avant des héroïnes : <strong>Catwoman</strong>, où la méchante est campée par Sharon Stone, et <strong>Charlie&rsquo;s Angels</strong>, où elle est interprétée par Demi Moore. La méchante peut ici être pleinement le <i>Villain </i>puisque son adversaire n’est pas un homme.</p>
<p>En somme, plutôt que de « gentille » ou de « méchante », on pourrait parler de femme « conforme » ou non aux valeurs patriarcales.</p>
<p>Femme fatale ou femme en détresse, épouse fragile ou femme d&rsquo;action, adjuvante ou ennemie mortelle, le second rôle féminin se définit plus que jamais, dans les blockbusters d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, par des traits de caractères stéréotypés, permettant d&rsquo;établir un jugement moral précis et résolument phallocentrique. Si ces stéréotypes sont si puissamment établis, c&rsquo;est non seulement parce que les scénarios de blockbusters tendent à se standardiser mais aussi parce qu&rsquo;ils n&rsquo;envisagent, dans le fond comme dans la forme, qu&rsquo;un seul et unique point de vue, celui de l&rsquo;homme.</p>
<p>Toutefois, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, la formule qui régit actuellement les franchises dominantes est en train de montrer ses limites, laissant potentiellement la place à d&rsquo;autres histoires. Rendez-vous dans le chapitre suivant pour en savoir plus sur la crise des blockbusters de Hollywood, la singularité de blockbusters comme <strong>Twilight</strong> et <strong>Hunger Games</strong> et les chances à saisir pour glisser vers une meilleure prise en compte de la diversité du public.</p>
<blockquote><p><strong><em>Lire le chapitre suivant</em><br />
<a href="https://lesecransdelodie.com/femmes-et-blockbusters-ii-de-gravity-a-hunger-grames-le-blockbuster-de-demain-sera-feminin/">Femmes et blockbusters II : de Gravity à Hunger Games, le blockbuster de demain sera féminin</a></strong></p></blockquote>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<p><i>Retrouvez aussi, dans le chapitre suivant, la liste complète des ouvrages et des articles cités dans ce dossier en deux parties.</i></p>
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		<title>Jeune, jolie et prostituée : le tiercé gagnant pour les critiques français ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jan 2020 16:30:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma européen]]></category>
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					<description><![CDATA[Après la projection du film Jeunes et Jolie à Cannes, certains journalistes se sont laissé aller à quelques débordements, associant ouvertement sexualité féminine et prostitution. Coup de gueule. Cet article a été publié le 24 mai 2013 sur Agoravox.fr et a fait polémique. Je me suis pris des insultes et des menaces et je remercie&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Après la projection du film Jeunes et Jolie à Cannes, certains journalistes se sont laissé aller à quelques débordements, associant ouvertement sexualité féminine et prostitution. Coup de gueule.</strong></p>
<p><em>Cet article a été publié le 24 mai 2013 sur Agoravox.fr et a fait polémique. Je me suis pris des insultes et des menaces et je remercie l&rsquo;équipe d&rsquo;Agoravox d&rsquo;avoir modéré en temps réel les messages de leur forum. <a href="https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jeune-jolie-et-prostituee-le-136305">Voir la publication originale</a>.<br />
</em></p>
<p>Sous des dehors de simple phénomène cannois, <strong>Jeune et Jolie</strong> a une fois de plus libéré la parole sexiste. Désormais célèbres, les propos tenus par le réalisateur François Ozon <a title="Interview de François Ozon par The Hollywood Reporter" href="https://www.hollywoodreporter.com/news/cannes-francois-ozon-says-a-525566" target="_blank" rel="noopener noreferrer">sur la prostitution en tant que fantasme féminin</a> dans une interview du <em>Hollywood Reporter</em> ont été relayés par la presse française et ont suscité leur lot de réactions. Aujourd’hui, on parle de polémique. Mais avant ces débordements, un certain nombre de journalistes cinéma avaient déjà franchi les limites de l&rsquo;acceptable.</p>
<p><strong>Jeune et Jolie</strong>, c’est donc l’histoire d’Isabelle, une jeune fille de 17 ans issue de la bourgeoisie, et qui choisit de se prostituer. Pas vraiment de quoi grimper au rideau – du moins pas pour la gent féminine. Mais après tout, quelque soit le sujet d’un film, si racoleur soit-il, la liberté d’expression artistique est une valeur qui nous est chère à tous.</p>
<p>Il suffisait pourtant de lire certaines critiques presse pour comprendre que quelque chose ne tournait déjà pas rond avant les déclarations de M. Ozon. Trop occupés à s’émouvoir devant le physique de l’actrice Marine Vacth, nos critiques de cinéma auraient-ils perdu leur esprit critique ?</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-524 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-04.jpg" alt="Marina Vacth dans Jeune et Jolie" width="1000" height="561" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-04.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-04-300x168.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-04-768x431.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<h2><strong>Un film paraît-il dérangeant</strong></h2>
<p>Afin de lever toute ambigüité, je précise que je n’ai pas vu le film. Pas encore. Car non, je ne suis pas à Cannes. Le propos de cet article n’est donc pas de juger le film lui-même mais de faire ressortir un certain imaginaire qui se dégage des échos de la presse. [update 2020: j&rsquo;ai finalement vu le film fin 2013 et je campe sur mes positions]</p>
<p>S’il est un mot que l’on a beaucoup lu ces derniers jours à propos de <strong>Jeune et Jolie</strong>, c’est bien le terme <i>dérangeant</i>, souvent doublé de ses variantes que sont <i>perturbant</i> ou <i>choquant</i>. C’est ainsi qu’<b>Evène</b> nous parle de «<i> film mystérieux et dérangeant </i>» et de « <i>dérangeante inspiration</i> », <b>Lacroix.fr</b> de « <i>sujet dérangeant</i> » et <b>Rue89</b> de « <i>parcours initiatique mystérieux et dérangeant</i> ». De son côté, <b>Europe1.fr</b> désigne un film « <i>qui pourrait choquer</i> », cependant que <b>Puretrend.fr</b> n’y va pas avec le dos de la cuiller avec une expression à la mode : « <i>film coup de poing</i> ».</p>
<p>En lisant les premières critiques, je m’attendais donc à des réactions contrastées : déjà un scandale à Cannes ? J’avais tort, du moins jusqu’aux propos navrants de François Ozon face à la journaliste Rhonda Richford de <a href="https://www.hollywoodreporter.com/news/cannes-francois-ozon-says-a-525566" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><b>The Hollywood Reporter</b></a>. Auparavant, on ne peut pas dire que <strong>Jeune et Jolie </strong>ait su s’entourer d’un parfum de scandale. Nous avons plutôt eu droit à un discours unique, souvent dithyrambique. Le sujet latent – la prostitution « choisie » chez les jeunes – est passé comme une lettre à la poste.</p>
<p>Or, si l’on s’intéresse au seul sujet de la prostitution chez les jeunes et notamment les étudiants, il faut tout de même remettre les choses en place. Depuis quelques années, plusieurs universités tirent la sonnette d’alarme sur le phénomène certes pas nouveau mais croissant de la prostitution estudiantine. Précarité grandissante, coût de la vie, crise du logement, marché de l’emploi sinistré y compris pour les petits jobs d’appoint ou l’intérim, les causes sont nombreuses. Selon l’UNEF, la précarité concernerait plus de 10% des étudiants, ce qui représente 230 000 jeunes.</p>
<p>A l’Université de Rennes, un sondage révélait récemment que sur 1 500 étudiants ayant répondu, 150 avait déjà songé à la prostitution et 30 l’avaient déjà fait (<a href="https://www.ouest-france.fr/la-prostitution-gagne-les-bancs-de-luniversite-211294" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><b>Ouest France</b>, article du 9 avril 2013</a>). A Poitiers, on s’affole également suite au témoignage courageux d’une ancienne étudiante et prostituée. La <a title="Osons en parler - Afep" href="https://www.fage.org/les-assos-etudiantes/federations-fage/federations-annuaire/afep-poitiers.htm" target="_blank" rel="noopener noreferrer">campagne « Osons en parler » </a>a d’ailleurs été lancée il y a quelques mois par l’Afep, avec le soutien de la Médecine Préventive Universitaire, de l’Université de Poitiers, de la Mairie de Poitiers ou encore du Crous. « <i>Ils seraient 40 000 étudiants à se prostituer pendant le temps de leurs études, dont une écrasante majorité de jeunes femmes</i> », nous apprenait encore récemment le site de <b>France 3 Poitou-Charentes</b>.</p>
<p>Si un cinéaste demeure libre de son propos, les critiques, eux, se doivent de remettre celui-ci en perspective par rapport à son contexte social. Le relier au phénomène de la prostitution estudiantine eut été une piste de réflexion valable, bien que non-exclusive, afin de juger de sa pertinence. La journaliste et professeure Karin Badt le fait très bien dans sa critique publiée sur le <a href="https://www.huffpost.com/entry/prostitution-as-a-teenage_b_3297896?guccounter=1" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><b>Huffington Post</b> version anglaise</a>. Si l’on en croit cet article, l’enseignante ne serait d’ailleurs pas la seule à avoir émis quelques doutes, au sein de la presse étrangère, quant à la « <i>légèreté</i> » avec laquelle la prostitution est envisagée par le réalisateur François Ozon.</p>
<p>Où sont passés ces questionnements dans la presse française ? Si les émotions suscitées par un film ne se discutent pas, le contenu se doit d’être débattu dès lors qu’il s’attaque à un sujet aussi sensible, dès l’instant où il présente comme un choix une activité aussi destructrice. A quelques exceptions près, les échos de <strong>Jeune et Jolie</strong> démontrent une chose : les enjeux liés aux représentations des femmes et de leur sexualité n’intéressent que mollement les détenteurs de la parole.</p>
<h2><strong>Quelques grammes de poésie dans un monde de machos</strong></h2>
<p>On comprend aisément pourquoi nos journalistes ont pour beaucoup oublié de questionner le propos du film : ils étaient tous hypnotisés par le physique de Marine Vacth (c’est donc encore la faute d’une femme, en fin de compte !). Soulignons à ce titre que les critiques de <strong>Jeune et Jolie</strong> portent les signatures d’une écrasante majorité d’hommes.</p>
<p>Face à cette vacuité idéologique, il faut voir les envolées lyriques de nos chers journalistes devant le physique de l’actrice : de vraies midinettes !</p>
<p>On commence doucement avec <b>LeFigaro.fr </b>qui nous parle de « <i>Marine Vacth, nouvelle déesse d’Ozon</i> ». Sur <b>L’Humanité</b>, on se lèche les babines : « <i>Nous sommes en été et le soleil brûle la peau appétissante de son corps idéalement bronzé</i> ». Toujours dans le registre culinaire et parfumé, <b>Libération</b> nous explique que l’on fait fausse route si l’on prend la belle pour un « bonbon » : « <i>Car si la demoiselle de 23 ans est d’une plastique rare, une bouche perlée et un petit corps de lolita timide, son charme esquive toute niaiserie, lorgne vers le vénéneux, le toxique. Boulette d’opium plus que mignardise</i> ».</p>
<p>Dans le journal <b>Le</b> <b>Monde</b>, édition du vendredi 17 mai, on s’y perd entre l’actrice et le rôle qu’elle interprète : « <i>la jeune fille, beauté fascinante, offerte ici et là sur les mâts-affiches d’une Croisette battue par des rafales de pluie</i> ». Offerte à qui ? Peut-on dire que le physique avantageux de Ryan Gosling nous est « offert » sur l’affiche de <strong>Only God Forgives</strong> ?</p>
<p>De son côté, <b>Slate.fr</b> théorise sur les forces du film, dont la première tiendrait à : « <i>la beauté de Marine Vacth qui joue Isabelle, beauté d’autant plus troublante d’être de manière aussi instable entre adolescente et femme, enfant éperdue et allumeuse, force érotique et être mélancolique ». </i>Oui mais attention, le journaliste tient à lever une ambigüité : il s’agit bien de la beauté, et non du talent, de Marine Vacth. Le véritable talent, lui, appartient à l’artiste génial (et donc forcément homme) qui a su la sublimer : « <i>La jeune actrice est assurément très charmante, mais pour faire percevoir, et faire vivre dans la durée cette complexité, il faut en outre une mise en scène inhabituellement subtile »</i>.</p>
<p>La mise en scène n’est cependant pas du goût de tous. Certains déplorent l’absence de scènes explicites, comme le souligne l’article de <b>LeFigaro.fr</b> consacré aux réactions sur Twitter : « <i>Au-delà du sex-appeal de Marine Vacth ? Certains tweets regrettent un film hermétique et une mise en scène finalement assez chaste. Trop pudique, la caméra Ozon ?</i> ».</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-519" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-03.jpg" alt="" width="400" height="250" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-03.jpg 400w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-03-300x188.jpg 300w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /></p>
<p>Une chose est sûre, à la sortie en 2005 du superbe film <strong>Mysterious Skin</strong> de Gregg Araki, aucun de ces journalistes ne s’était compromis dans de telles envolées poétiques sur la silhouette élancée de Joseph Gordon-Levitt, qui interprétait alors lui aussi un adolescent se prostituant volontairement. Un film qui pour le coup apportait un véritable éclairage sur ce comportement autodestructeur.</p>
<h2><strong>Un film de plus traitant de prostitution « choisie »</strong></h2>
<p><strong>Jeune et Jolie</strong> parle donc d’une adolescente qui se prostitue volontairement. L’année dernière, nous avons déjà eu le sordide <strong>Elles</strong>, de Malgorzata Szumowska. L’histoire d’une journaliste (interprétée par Juliette Binoche) qui enquête sur des étudiantes qui se prostituent. Outre ses scènes de sexe trash, le propos en avait laissé plus d’un(e) perplexe : mais que voulait donc nous dire la réalisatrice ? Le film s’attardait sur deux étudiantes-prostituées – l’une avait besoin d’argent, l’autre non – et laissait notamment planer le mystère sur les motivations du personnage d’Anaïs Démoustier, dont on entrevoyait tout juste un dîner de famille en guise de contexte familial.</p>
<p>Pouvoir de la suggestion, paresse d’écriture ou dilution du sujet dans un trip narcissique personnifié par le protagoniste de la journaliste ? Libre à chacun de juger, même si pour notre part, nous pencherons pour la troisième option – les étudiantes étaient littéralement laissées en plan durant une bonne partie du film.</p>
<p>Justement, dans <strong>Jeune et Jolie</strong>, il s’agit apparemment d’un personnage similaire à celui d’Anaïs Démoustier dans <strong>Elles</strong>. Sauf que non. Car à l’inverse de Szumowska qui tentait maladroitement de saisir quelque chose de la psychologie des étudiantes-prostituées, Ozon, lui, vend son film d’une manière tout autre : «<i>Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est d&rsquo;avoir 17 ans et de sentir son corps se transformer ?</i>, s’interroge le cinéaste, oubliant au passage que la puberté s’arrête vers 16 ans chez les filles. <i>Dans tous les films français et autres, j’ai l’impression que l’adolescence est idéalisée, sublimée alors que moi je garde un souvenir douloureux de ma propre adolescence</i> ».</p>
<p>M. Ozon pourrait-il avoir l’extrême gentillesse de m’indiquer les films français récents idéalisant l’adolescence ou la jeunesse ? La dernière fois que j’en ai vu un, il s’agissait de deux étudiantes qui se prostituaient et d’une journaliste qui en était tout émoustillée. « <i>L’idée était de faire un portrait d’une jeune fille d’aujourd’hui ancrée dans une certaine réalité mais ne pas donner toutes les réponses, partager le mystère (d’Isabelle) avec les spectateurs </i>».</p>
<p>Élémentaire, mon cher Watson ! <strong>Jeune et Jolie</strong> ne parle pas du tout de prostitution mais de sexualité féminine. A moins que l’idée ne soit d’instrumentaliser un problème de société, celui de la prostitution chez les jeunes, pour livrer une vision très personnelle de l’éveil sexuel chez une jeune fille…</p>
<h2><strong>L’interprétation des critiques de cinéma</strong></h2>
<p>Et si les jeunes prostituées faisaient cela par plaisir et pas du tout par besoin d’argent ? Ce n’est pas du tout ce que nous disent les études réalisées sur le sujet. Ce n’est pas non plus ce que disait récemment Amélie, cette ancienne étudiante de Poitiers qui a courageusement livré son témoignage dans le cadre de la campagne « Osons en parler » (évidemment, l’expression prend à présent un caractère ironique). Pour les personnes confrontées à cette réalité, le pitch de <strong>Jeune et Jolie</strong> ne risque-t-il pas de<b> </b>ressembler aux caprices d’un bourgeois en mal d’inspiration.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-523" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-cannes2013-05.jpg" alt="Festival de Cannes 2013" width="421" height="551" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-cannes2013-05.jpg 421w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-cannes2013-05-229x300.jpg 229w" sizes="(max-width: 421px) 100vw, 421px" /></p>
<p>Mais qu’importent ces témoignages. Pour certains critiques, il ne s’agit surtout pas de porter un regard moralisateur. Ce serait trop « facile ».</p>
<p>Or jusqu’ici, le cinéma français brille surtout pour son incapacité à apporter un quelconque éclairage sur le problème. Sur <b>Slate.fr</b>, on parle de « <i>déjouer les explications prévisibles du comportement de l’héroïne</i> ». Sur <b>Le Monde</b>, on évalue que « <i>Le prix du film tient à la manière dont François Ozon préserve le mystère, et le scandale de son personnage, en prenant garde d&rsquo;évacuer les unes après les autres toutes les pistes, sociales ou psychologiques, qui pourraient expliquer un tel comportement</i> <em>». </em></p>
<p>Sur <b>Rue89</b>, on est parfaitement d’accord et on emploie même des mots savants : « <i>un film qui court-circuite les explications rassurantes (sociologiques comme psychologiques), dynamite les clichés et, « en passant », radiographie l’obsession mercantile de l’époque</i> ».</p>
<p>Il est vrai que la sociologie et la psychologie sont de vraies pertes de temps ! Ici, les résultats du travail d’enquête réalisé par ceux qui se sont vraiment penché sur la question, à savoir la récurrence des cas de violences et d’abus sexuels dans le passé des jeunes gens, sont réduits à l’état de « clichés » tout juste bons à être « dynamités ».</p>
<p>D’autre part, nous sommes ici face à un cas de parfaite intégration de l’une des idées reçues les plus pernicieuses sur la prostitution : les personnes qui vendent leur corps seraient gouvernées par le consumérisme. De quoi balayer d’un revers de main le témoignage de la fameuse Amélie qui disait justement il y a quelques semaines : « <i>La prostitution étudiante, ce n’est pas une petite merdeuse qui s’offre un bel homme de 40 ans, fait son affaire et qui va s’acheter un sac de marque</i> ».</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-525" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-06.jpg" alt="" width="1125" height="612" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-06.jpg 1125w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-06-300x163.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-06-1024x557.jpg 1024w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-francois-ozon-06-768x418.jpg 768w" sizes="(max-width: 1125px) 100vw, 1125px" /></p>
<p>Sur <b>Evène.fr</b>, on valide les idées des confrères : « <i>Pourquoi ce passage à l’acte chez cette jeune fille en aucun cas dans le besoin financier et, a priori, en tout point « normale » ?</i> <i>Ozon se garde d’apporter de réconfortantes réponses à la question et suit à la trace son héroïne </i>». De réconfortantes réponses ? Et si le réconfort venait précisément de cette absence de réponse ?</p>
<p>Imaginer que ces jeunes filles font cela non pas par besoin ou par aliénation mais par plaisir n’est-il pas une manière, pour le commun des mortels, de s’arranger avec sa conscience ? Le journaliste d’<b>Evène</b> poursuit : «…<i> adolescente qui jouit (en apparence) de son propre mystère, de son secret essentiel et qui, sans même s’en apercevoir, applique à son échelle la loi libérale de l’offre et de la demande</i> ».</p>
<p>Tout va bien, nous sommes dans le domaine du « mystère féminin », insondable et porteur d’un « secret essentiel ». Il est vrai qu’il est tellement plus simple d’expliquer les fléaux de la société par des notions telles que le « mystère féminin ». On pourrait faire de même avec les adolescents qui se scarifient, à classer dans la catégorie des « mystères de l’adolescence »…</p>
<h2><strong><strong>L&rsquo;identité</strong> féminine en question</strong></h2>
<p>Outre la légèreté avec laquelle est traité le fléau, nous avons eu droit à une belle brochette de considérations mettant sur un même plan la prostitution et la construction de la sexualité voire de l’identité féminine…</p>
<p><strong>Allociné </strong>: « <i>La révélation Martine Vacth incarne une jeune fille qui découvre la sexualité</i> », « <i>Le film dresse le portrait sans fard d&rsquo;une adolescente en émois et en quête de soi. Avec subtilité </i>».</p>
<p><strong>Rue89</strong> : « <i>Un parcours initiatique mystérieux et dérangeant, celui d’une fille de son temps</i> ».</p>
<p><strong>Métrofrance</strong> : « <i>Quand le regard se charge de désir, l&rsquo;ado se transforme en femme, avec toutes les ambiguïtés liées à ce passage délicat entre les deux</i> ».</p>
<p><strong>L’Humanité</strong> : titre de l’article : « <i>Quand la chrysalide devint papillon</i> ». « <i>Avec Jeune et jolie, François Ozon dresse le portrait d’une adolescente d’aujourd’hui à la découverte de sa sexualité</i> ».</p>
<p><strong>Evène</strong> : « … <i>l’aventure d’une fille qui, au-delà du bien et du mal, éprouve son pouvoir (sur les hommes, ses parents, ceux de son âge) et accomplit un parcours initiatique qui ne l’entrainera pas nécessairement à mieux se connaître</i> ».</p>
<p><strong>L’Express</strong> : « <i>Ici, c&rsquo;est Isabelle, une jeune fille sans histoire qui, l&rsquo;année de ses 17 ans, commence à se prostituer. Ne comptez pas sur Ozon pour en faire une victime ou vous livrer clés en main les motivations précises de la conduite de la jeune fille. (…) son film quitte rapidement ce terrain pour s&rsquo;en tenir au portrait passionnant d&rsquo;une jeune fille d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</i> »</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-526" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-imgune.jpg" alt="Jeune, jolie et prostituée : le tiercé gagnant des critiques français ?" width="1260" height="712" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-imgune.jpg 1260w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-imgune-300x170.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-imgune-1024x579.jpg 1024w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/01/jeune-et-jolie-imgune-768x434.jpg 768w" sizes="(max-width: 1260px) 100vw, 1260px" /></p>
<p>On distingue plusieurs idées maîtresses dans ces extraits, des idées tristement banales dans le cinéma français comme dans les médias. Des idées jetées en pâture au grand public, au contraire du film qui, pour le moment, ne demeure visible que pour une élite :</p>
<p>&#8211; <strong>Une banalité</strong>. Le film met en scène une jeune fille qui se prostitue. Soit. Il s’agit d’un personnage identifié. Pourtant, à lire certaines critiques, il faut y voir un portrait générationnel de l’adolescence d’aujourd’hui (et plus particulièrement des filles, cela va sans dire). C’est le reflet de notre époque, point barre.</p>
<p>&#8211; <strong>Un parcours initiatique</strong>. Le terme aurait-il été employé si le personnage avait été masculin ? Nous n’en sommes pas convaincus. <b>Rue89</b> et <b>Evène</b> font plus que banaliser la prostitution : celle-ci devient pour la jeune fille un moyen de se définir, de devenir adulte.</p>
<p>&#8211; <strong>Un épanouissement au féminin ?</strong> C’est ce que suggère<b> L’Humanité</b> avec sa chrysalide qui devient papillon ( !). On s’interroge sur ce que veut dire<b> Métrofrance</b> à propos des « ambigüités » liées au passage entre l’ado et la femme : la prostitution procéderait-elle d’une mécanique intrinsèquement connectée au développement de l’identité féminine ? Sans rire,<b> Evène</b> y voit presque une marque de « pouvoir » de la femme sur l’homme.</p>
<p>Vous l’aurez deviné, au vu des premières critiques françaises, il n’y avait pas vraiment de quoi parler de polémique puisqu’une grande majorité de critiques abondait dans le sens de M. Ozon. <strong>Jeune et Jolie</strong>, un classique instantané sur l’adolescence ? Tempérons tout de même un peu les choses : quelques rebelles émettaient déjà des doutes, tels que le journaliste de <b>RFI</b>, qui déplorait justement le manque de sérieux dans le traitement d’un sujet aussi tragique : « Ozon <i>ose à mettre des images jolies sur une réalité crue</i> », « <i>L’histoire est grave, le ton reste léger</i> ».</p>
<p>Il fallait se tourner vers des sites féministes, tels que <b>Tess Magazine</b>, pour trouver une approche idéologique : « <i>Ozon essentialise une problématique qui mériterait un regard neuf</i> ». Ici, on a bien compris les dangers d’un tel sujet dépourvu de véritable traitement, et de son amalgame avec la sexualité des filles.</p>
<h2><strong>Un parfum de scandale… enfin !</strong></h2>
<p>Ce que la presse française n’avait pas prévu, c’est que le cinéaste déraperait dans la presse étrangère. François Ozon voulait-il absolument son scandale cannois ? Nul ne le sait. Mais c’est ce que suggèrent ces propos balancés à la figure de la journaliste du <a href="https://www.hollywoodreporter.com/news/cannes-francois-ozon-says-a-525566" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hollywood reporter</a> : « <i>Je pense que les femmes peuvent vraiment se reconnaître dans cette jeune fille parce que se prostituer est un fantasme chez beaucoup de femmes. Cela ne veut pas dire qu’elles le feront, mais le fait est qu’être payée pour coucher est quelque chose d’évident dans la sexualité féminine</i> ». Incrédule, la journaliste lui tend une perche pour se rattraper.</p>
<p>Mais Ozon persiste : « <i>C’est la réalité</i>. <em>Il suffit de parler avec plusieurs femmes, ou avec des psys, tout le monde sait ça. Bon, peut-être pas les Américains </em>». Et si vous doutiez encore, Mesdames, de l’impensable confusion du réalisateur entre vos éventuels fantasmes de dominées et la situation de soumission perverse induite par la prostitution, M.<i> </i>Ozon vous explique que c’est exactement pareil : « <i>Je pense que </i><i>vouloir être un objet sexuel, être désiré, être utilisé, est quelque chose de très courant. C&rsquo;est le genre de passivité que les femmes recherchent ». </i></p>
<p>Si les critiques cannois, dont le planning est très certainement chargé, sont déjà passés à autre chose, un vent de révolte commence à se faire ressentir sur le Web français. Outre les tweets incendiaires de Laurence Rossignol, porte-parole du PS, et des Fémen, la parole se diversifie un peu dans la presse française.</p>
<p>Une journaliste de <b>Pure Ciné</b> réagit même assez vivement : « <i>Il aurait pu s&rsquo;agir d&rsquo;une forme de maladresse, mais c&rsquo;est finalement quand Ozon explique son propos qu&rsquo;il prouve combien il a les idées courtes </i>». Ozon dont elle déplore un peu plus loin le « <i>manque de subtilité</i> ».</p>
<p>Ces réactions contredisent légèrement les propos des critiques précédents, qui vantaient justement l’extrême « subtilité » de <strong>Jeune et Jolie</strong>… Il faudra découvrir le film pour déterminer s’il est plus fin que son auteur.</p>
<h2><strong>Et la liberté sexuelle des femmes ? </strong></h2>
<p>On entend d’ici les voix s’élever, accusant les personnes qui réagissent de « puritaines ». Car si les pouvoirs publics parlent aujourd’hui d’abolir la prostitution – ce qui au passage représente un assouplissement par rapport à la politique de prohibition en vigueur précédemment –, les mythes sur la prostitution comme signe de liberté sexuelle ont la vie dure.</p>
<p>Mais qui sont les puritains, dans cette histoire ?</p>
<p>S’il est une chose qui dérange visiblement, dans le monde d’aujourd’hui, c’est bel et bien l’idée d’une sexualité féminine débridée, libérée de toute contrainte. Tant que l’adolescente, la jeune fille ou la femme qui enchaîne les amants est estampillée « prostituée », tout va bien. Certains se découvrent alors des velléités de défenseurs du droit des femmes à disposer de leur corps.</p>
<p>Au contraire, si une femme enchaîne les amants pour son seul plaisir, sans transaction d’aucune nature, on prend peur. Nous le savons dès le lycée, où les premières à tenter l’expérience sont des « putes » aux yeux de leurs camarades. Nous l’avons tous déjà entendu dans le monde du travail, où telle collègue, secrétaire, graphiste, commerciale ou directrice, affichant un tableau de chasse un peu trop fourni devient elle aussi une « pute », au contraire de son homologue masculin qui est un « tombeur ».</p>
<p>C’est peut-être ça, le puritanisme. Cette incapacité à envisager la liberté sexuelle des femmes, cette déformation du concept même de liberté.</p>
<p>Aussi, le jour où le cinéma français sera capable de dresser le portrait d’une jeune fille qui prend goût au sexe pour le sexe, nous pourrons nous détendre face à la complaisance des critiques sur ce <strong>Jeune et Jolie</strong>.</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<p><a href="https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jeune-jolie-et-prostituee-le-136305">Article publié le 24 mai 2013 sur le site Agoravox.fr.</a></p>
<blockquote><p><strong>SUR LE FEMINISME</strong></p>
<p><a href="https://lesecransdelodie.com/femmes-et-blockbusters-i-quarante-ans-apres-ripley-ou-en-est-on/"><strong>Femmes et blockbusters I : quarante ans après Ripley, où en est-on?</strong></a></p>
<p><strong><a href="https://lesecransdelodie.com/femmes-et-blockbusters-ii-de-gravity-a-hunger-grames-le-blockbuster-de-demain-sera-feminin/">Femmes et blockbusters II : de Gravity à Hunger Games, le blockbuster de demain sera féminin</a></strong></p></blockquote>
<p>&nbsp;</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-518" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-02.jpg" alt="" width="1023" height="1391" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-02.jpg 1023w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-02-221x300.jpg 221w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-02-753x1024.jpg 753w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/05/jeune-et-jolie-francois-ozon-02-768x1044.jpg 768w" sizes="(max-width: 1023px) 100vw, 1023px" /></p>
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		<title>TPMP : Enora Malagré embrassée de force : dérapage ou agression sexuelle ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Aug 2019 20:35:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dramas & Séries TV]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[Le mardi 28 octobre 2014, sur le plateau de Touche Pas à mon Poste, le « jeu du bisou » a donné lieu à un baiser forcé de Jean-Michel Maire à Enora Malagré. Dérapage ou agression sexuelle ? Choisissez votre camp. J&#8217;ai choisi le mien. L’incident était-il imprévu ou mis en scène ? En tout&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le mardi 28 octobre 2014, sur le plateau de Touche Pas à mon Poste, le « jeu du bisou » a donné lieu à un baiser forcé de Jean-Michel Maire à Enora Malagré. Dérapage ou agression sexuelle ? Choisissez votre camp. J&rsquo;ai choisi le mien.</strong></p>
<p>L’incident était-il imprévu ou mis en scène ? En tout cas, il est probable que bon nombre de spectatrices se soient identifiées à la chroniqueuse. Et mine de rien, c’était bref mais violent. Et éloquent sur le respect de la télé française vis-à-vis des femmes. La vidéo est disponible en replay sur le site de D8. Apparemment, ils en sont fiers. Quoique, à y regarder de plus près, ils ont soigneusement évité de l’inclure dans le best of de la semaine et de l’évoquer dans leur communication Twitter et Facebook… Quant aux retombées dans la presse : nada.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-136" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-imgune.jpg" alt="" width="620" height="465" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-imgune.jpg 620w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-imgune-300x225.jpg 300w" sizes="(max-width: 620px) 100vw, 620px" />Mais avant d’en venir à l’événement qui m’a poussé à écrire ce billet, laissez-moi vous raconter une anecdote personnelle.</p>
<p>Il y a quelques années de cela, sur mon lieu de travail, j’ai assisté à un épisode qui m’a laissée pantoise entre une technicienne audiovisuelle et l’un des directeurs de la société où je travaillais. Cela s’est produit en plein après-midi, au cours de l’une des nombreuses séances de « déconnade » qui ponctuaient nos journées (et ralentissaient notre travail), à coup de hurlements et de rires gras.</p>
<p>En plein délire, plusieurs collègues masculins taquinent la technicienne, vingt-deux ans à tout casser, depuis un bon quart d’heure. Habituée à une certaine dose de bruit dans cette entreprise, je ne prête pas vraiment attention à tout cela. Jusqu’à ce que la jeune fille, encouragée par ces messieurs, interpelle familièrement notre directeur commercial, la quarantaine, situé dans la pièce voisine. Alors que les rires éclatent, j’entends glisser la porte coulissante qui sépare les deux pièces. Le directeur interpellé surgit brusquement et s’avance d’un pas déterminé vers la jeune fille. Bientôt, elle se retrouve coincée en position assise sur une table, le dos au mur, cependant que le bonhomme commence à déboucler sa ceinture, mimant le début d’une tentative de viol et répétant : « Comment tu m’as parlé, toi ? ». Un peu sonnée, la jeune fille s’excuse platement, le bras tendu pour le repousser. « Je déconne », conclut le bonhomme quelques secondes plus tard, relâchant sa prise et en rebouclant sa ceinture. Gros éclat de rire général, du moins parmi la population masculine de la pièce. Quant à moi, je reste pétrifiée, les doigts figés sur mon clavier, tout comme les autres femmes situées dans les parages.</p>
<p>L’épisode n’a duré que quelques secondes mais il m’a suffisamment marquée pour que j’en parle aujourd’hui. N’étant pas proche de cette technicienne, je n’ai jamais abordé le sujet avec elle par la suite.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-135" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-04.jpg" alt="" width="640" height="360" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-04.jpg 640w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-04-300x169.jpg 300w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" />Il y a quelques jours, sur le plateau de <strong>Touche Pas à mon Poste</strong>, il s’est produit quelque chose de choquant qui m’a rappelé le charmant épisode décrit plus haut. Difficile de dire s’il s’agit d’un véritable dérapage ou si la situation a été mise en scène – après tout, c’est de la télé, nous dira-t-on. Mouais.</p>
<p>Cela s’est passé mardi 28 octobre 2014. La victime présumée : Enora Malagré. Le coupable présumé : Jean-Michel Maire, avec la complicité active de Jean-Luc Lemoine. Ce qui m’a choquée : des coups de langues forcés de Jean-Michel Maire sur le visage d’une Enora Malagré retenue de force par un autre collègue, le tout sous les encouragements du public.</p>
<p>Si cette scène était répétée, elle était d’un goût plus que douteux, pour ne pas dire totalement indigne pour les personnes impliquées. Si elle est n’était pas prévue, on peut parler alors bel et bien d’une agression sexuelle. En direct à la télé.</p>
<p>Pour voir cet inoubliable moment de télé qu’est le « Jeu du bisou » dans son intégralité, c’est ici.<br />
[update 15-10-2016: l’extrait n’est malheureusement plus disponible et introuvable sur le web]</p>
<p>Nous devons donc cet épisode glauque à ce qu’ils appellent le « Jeu du Bisou ». Le principe ? Les chroniqueurs se badigeonnent de rouge à lèvres et sont soumis à un jeu de devinettes. Celui qui trouve la bonne réponse le premier a le droit d’embrasser deux autres joueurs pour les éliminer. Si le jeu s’avère vite assez crade dans la pratique, l’élimination de Valérie Benaïm et Isabelle Morini-Bosc se déroulent de manière plutôt bon enfant. Mais le meilleur reste à venir. Car dans le dernier round, Enora Malagré fait partie des finalistes aux côtés de Jean-Luc Lemoine et surtout Jean-Michel Maire, qui comme nous le savons entretient un personnage de vieux beau obsédé sexuel.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-134" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-03.jpg" alt="" width="670" height="440" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-03.jpg 670w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-03-300x197.jpg 300w" sizes="(max-width: 670px) 100vw, 670px" />Lorsque Jean-Michel Maire gagne le jeu, il doit embrasser ses deux collègues. Or le bonhomme s’est badigeonné non seulement la bouche mais aussi la langue de rouge à lèvre, suggérant qu’il ne va pas se contenter de quelques bisous. L’affaire se déroule dans la rigolade avec sa victime masculine, Jean-Luc Lemoine, qui se retrouve la joue décorée de rouge comme ses collègues. Avec Enora Malagré, les choses se gâtent. Quand il lui saisit sans ménagement le visage, la chroniqueuse signifie explicitement et de manière très sonore son refus et parvient à se dégager de sa chaise. Poursuivie autour de la table par un Jean-Michel Maire qui n’a visiblement cure de son refus, la jeune femme insiste : « Nan, dans tes rêves ! Tu me dégoûtes, je veux pas ! Non ! ». Tout cela aurait peut-être pu s’arrêter si Thierry Moreau n’avait pas attrapé la jeune femme par la main, et surtout si Jean-Luc Lemoine n’était pas intervenu. Sans qu’on sache quelle mouche l’a piqué, ce dernier prend en traître Enora Malgré en la saisissant par les poignets et en la retournant avant de l’immobiliser fermement. Se sentant pousser des ailes, Jean-Michel Maire met son projet à exécution : tandis que la chroniqueuse se débat énergiquement, il lui saisit la tête de force, la tenant par les cheveux avec une main et levant son visage de l’autre, avant de la lécher allègrement…</p>
<p>Cela ne dure que quelques secondes mais voir une jeune femme se faire immobiliser et traiter de la sorte est très violent. D’autant que le public encourage ! Pendant quelques secondes, on se croirait devant une scène de viol collectif. Au milieu de ce vacarme hilare, une petite voix suraiguë, celle de Cyril Hanouna, tente timidement d’arrêter les deux hommes. Au final, Enora Malgré sera brièvement réconfortée par l’animateur. Elle reprendra vite le contrôle d’elle-même et retournera sagement à sa place, menaçant pathétiquement Jean-Michel Maire de le démolir à la radio.</p>
<p>Si je résume l’épisode, nous avons eu droit à une agression sexuelle en direct à la télévision. Oui, Messieurs, Mesdames. Lorsqu’une dit très clairement « Non ! », se fait immobiliser de force et subit des attouchements à caractère sexuel sous la contrainte, on parle d’agression sexuelle.<br />
Voici très précisément ce qu’en dit le Droit français, Code pénal, article 222-22 : « Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ». Pour ceux qui en doutent encore : oui, se faire lécher est sexuel. Ajoutons que la présence d’un complice constitue une circonstance aggravante.</p>
<p>Mais le pire est peut-être ce qui se passe ensuite. Enora Malagré ébouriffée, retrouvant son calme et revenant à sa place, tout en lançant quelques boutades. Il ne faut pas blâmer Enora Malagré de son manque de révolte : elle est en direct à la télévision, elle se comporte de manière professionnelle. De toute façon, ce genre d’agression « pour déconner » est très perverse : elle oblige la victime à accepter la chose afin de rester intégrée au groupe – et de garder son job. Tout naturellement, la victime arbore immédiatement après une attitude cool afin de garder la face. Comme le fit il y a quelques années ma jeune collègue, qui est devenue toute rouge mais a commencé à rire jaune dans les secondes qui ont suivi son humiliation.<br />
Si elle l’ouvre, on lui dira qu’elle n’a pas d’humour, qu’elle se victimise, qu’elle est une chieuse. Car si l’objet du litige constitue un manque de respect total, on pourra toujours dire qu&rsquo; »il n’y a pas mort d’homme ». Et finalement, personne ne sera solidaire.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-133" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-02.jpg" alt="" width="396" height="294" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-02.jpg 396w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2019/08/tpmp-enora-malagre-02-300x223.jpg 300w" sizes="(max-width: 396px) 100vw, 396px" />Certes, il n’y a pas mort d’homme, me direz-vous. Il y a pire que se faire lécher le visage (quoique, il s’agit tout de même de Jean-Michel Maire, pas de Brad Pitt). Mais en acceptant une atteinte de ce genre, Enora Malagré fait acte de soumission et repousse insidieusement ses limites de tolérance. Ses collègues grignotent une partie du territoire sacré que l’on nomme « respect ». Quelle sera la prochaine frontière abattue par Jean-Michel Maire ou ses collègues ? A quand un jeu dans <strong>TPMP</strong> consistant à lécher les seins des perdants, et surtout des perdantes ?</p>
<p>Il ne m’appartient pas de présumer des sentiments d’Enora Malgré vis-à-vis de cet épisode. Mais une chose est sûre, en tant que spectatrice, la pilule a du mal à passer. Je ne pense pas être la seule chez qui cette scène a ravivé des souvenirs de comportements sexistes, d’attouchements voire de violences en entreprise, en milieu étudiant ou encore en soirée.</p>
<p>Ce soir-là, dans <strong>Touche Pas à mon Poste</strong>, nous avons assisté à la prise de pouvoir d’un homme sur une femme, avec la complicité d’un autre homme et avec emploi de la force physique, le tout sous les applaudissements. Le message renvoyé est édifiant : pour les hommes, il s’agit ni plus ni moins que d’une incitation à l’agression sexuelle, ou du moins d’une dédramatisation de ce type d’agression. Pour les femmes, d’un encouragement à se taire et à accepter l’idée que l’on peut être agressée de cette manière à tout moment, que cela fait partie du jeu.</p>
<p>Il est vrai que Touche Pas à mon Poste n’en est pas à son coup d’essai en termes de manque de respect des femmes. Rarement une émission n’aura connu une telle dégringolade sur ce thème. Il n’y a qu’à voir la manière dont Nabilla Bénattia était traitée la semaine précédente par Julien Courbet, qui remplaçait Cyril Hanouna. Il faut voir aussi, dans le « off » présenté par Jean-Luc Lemoine, la manière dégradante dont Jean-Michel Maire parle des filles du public (je cite : « je vais la niquer, celle-là »), comme s’il revendiquait un droit de cuissage sur ces filles qui n’ont pas la parole – et sont donc forcément disponibles. Le 28 octobre 2014, il a exercé son droit de cuissage sur sa collègue.</p>
<blockquote><p><a href="https://lesecransdelodie.com/confessions-intimes-1-pourquoi-ces-emissions-sont-toxiques/"><em><strong>LIRE &#8211; Confessions intimes : pourquoi ces émissions sont toxiques</strong></em></a></p></blockquote>
<p>Je suis sidérée de voir que cet épisode qui s’apparente à de la téléréalité trash (celle-là même que critique tant Enora Malagré) n’ait pas fait de vague dans la presse, notamment sur le web où l’on a pris l’habitude de décortiquer le moindre mot de travers. Rien sur les sites dédiés au divertissement, rien sur les plateformes participatives des gros médias. Rien, à part sur une poignée de sites people, où l’on fait circuler l’extrait.</p>
<p>Sur Télé7jours, on parle tout de même d’un « dérapage », mais sur Closer, on décrit la scène de manière racoleuse en insistant sur la résistance de la chroniqueuse : « C’était sans compter sur l’aide de Jean-Luc Lemoine, qui a fini par attraper cette pauvre Enora et la tenir fermement pour que Jean-Michel Maire puisse mettre sa sentence à exécution… Et ce dernier lui a carrément léché le visage ! […] C’est ce qu’on appelle un BBB : un bisou bien baveux ! ». Apparemment, c’est drôle et c’est surtout sexy.</p>
<p>Quant aux comptes Twitter et Facebook officiels de <strong>Touche Pas à mon Poste</strong>, ils évitent soigneusement le sujet en axant leur communication sur le comportement de Gilles Verdez pendant le jeu…Il faut dire que l’épisode représente un échec cuisant pour Cyril Hanouna, qui en tant que MC aurait dû canaliser l’agressivité de ses collègues masculins vis-à-vis de sa collègue féminine. C’est une question de respect, avant tout envers elle mais aussi envers ses spectateurs, qui sont aussi, parfois, des spectatrices.</p>
<p>Il n’y a pas si longtemps, les médias du web ont fait tout un pataquès de l’emploi maladroit du mot « mongolienne » par Enora Malgré. Quand la même chroniqueuse se fait agresser sur le plateau, personne ne l’ouvre. Comme d’habitude en France, on s’insurge contre des paroles, mais on ne questionne pas les actes. En plus de témoigner du manque de respect dont les femmes sont de plus en plus l’objet à la télévision française, cet épisode démontre à quel point nos médias ont besoin de revoir leurs priorités en matière d’indignation.</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
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