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	<title>Les Écrans d&#039;Élodie</title>
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	<description>Mes critiques cinéma &#38; séries TV</description>
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	<title>Les Écrans d&#039;Élodie</title>
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		<title>Critique Stoker, de Park Chan Wook : parcours initiatique d&#8217;une adolescente</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Dec 2023 18:42:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma US & UK]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques Ciné]]></category>
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					<description><![CDATA[Avec Stoker, Park Chan Wook réalisait son tout premier film américain, avec des acteurs locaux. Analyse d&#8217;un mélange singulier de thriller et de drame psychologique sur l&#8217;adolescence.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Avec Stoker, Park Chan Wook réalisait son tout premier film américain, avec des acteurs locaux. Analyse d&rsquo;un mélange singulier de thriller et de drame psychologique sur l&rsquo;adolescence.</strong></p>



<p><strong>Stoker</strong> est le premier projet américain du réalisateur Park Chan Wook, connu entre autres pour <strong>Old Boy</strong> et <strong>Sympathy for Mr Vengeance</strong>. Le style noir et affirmé du cinéaste survit-il à la grande machine hollywoodienne ? Beaucoup de cinéastes étrangers, notamment asiatiques, se sont essayés à l&rsquo;exercice, avec plus ou moins de succès. Une fois encore, Park Chan Wook prouve qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un cinéaste comme les autres. Si <strong>Stoker</strong> n’atteint pas les sommets de ses plus grands films, l&rsquo;univers du film lui permet d&rsquo;affirmer son identité artistique, avec sa manière bien à lui d’esthétiser la violence et de nous faire aimer les personnages pour leurs perversions et leurs névroses.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-889" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-imgune.jpg" alt="Photo Stoker de Park Chan Wook" width="800" height="450" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-imgune.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-imgune-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-imgune-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>

<h2 id="h-parcours-initiatique-d-une-adolescente" class="wp-block-heading">Des cadavres dans le placard</h2>



<p><strong>Stoker</strong>, c’est l’histoire d’India (Mia Wasikowska), une jeune fille introvertie qui vit sous la coupe de sa mère Evie (Nicole Kidman) et qui vient tout juste de perdre son père, mort dans un étrange accident de voiture. Au cours des funérailles, India fait la connaissance de son oncle Charles (Matthew Goode), dont elle ne soupçonnait même pas l’existence, et qui ne tarde pas à s’installer dans la maison familiale, sous prétexte de soutenir la veuve et sa fille dans cette épreuve. Mais India se méfie de Charlie : et si son allure séduisante dissimulait un meurtrier, et qui plus est celui de son père?</p>



<p>Adaptée d&rsquo;un scénario de Wentworth Miller (le héros de <strong>Prison Break</strong>), l’intrigue de <strong>Stoker</strong> n&rsquo;est pas sans évoquée celle de <strong>L’Ombre d’un Doute</strong>, le film réalisé en 1943 par Alfred Hitchcock. Le film de Park Chan Wook s&rsquo;inscrit dans un style de thriller qui repose plus sur la tension psychologique que sur la surenchère d&rsquo;effets qui tend à envahir les thrillers américains actuels.</p>

<p>En quelques scènes, Park Chan Wook nous plonge avec une efficacité sans faille dans une atmosphère glaçante et onirique. India est une jeune fille de 18 ans dont le mutisme n’a d’égal que son extrême sensibilité aux détails du monde qui l’entoure. Enfermée dans un univers faste mais étriqué, celui d’une bourgeoisie désœuvrée, India entretient peu de contacts avec le monde extérieur et ne quitte guère la maison familiale, vaste demeure démodée et cerclée d’un jardin dont on peinera tout du long à cerner les limites – un décor propice aux égarements de l’imagination.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-890 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-06.jpg" alt="Photo Mia Wasikowska et Matthew Goode (Stoker)" width="1000" height="665" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-06.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-06-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-06-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>



<p>Très vite, et alors qu’elle le soupçonne d’être le meurtrier de son père, India se laisse envoûter par les œillades et les flatteries de cet oncle charmeur mais manipulateur, qui s’emploie de son côté à faire taire définitivement toute personne susceptible de compromettre ses desseins. Dans le monde bourgeois de <strong>Stoker</strong>, chaque famille cache peut-être bien des cadavres dans le placard.</p>



<p>Mais au fait, quelles sont les intentions de Charlie ? Si l’on prend l’histoire au premier degré, l’intrigue nous mènera vers une explication un tantinet fumeuse, dévoilée au cours d’un flash back certes élégant visuellement mais vite expédié – quoique marqué par une certaine violence psychologique.</p>
<h2>Conte initiatique</h2>

<p>En réalité, l’explication rationnelle des actes de Charlie ne constitue pas le cœur du récit : du thriller à suspense, <strong>Stoker </strong>se mue peu à peu en conte initiatique, celui d’une adolescente qui se transforme en femme. Un conte où l’attirance pour le mal symbolise la découverte de la libido, où la violence évoque l’entrée dans le monde des adultes. India doit se libérer de l’emprise de sa mère toute puissante, cette mère à la voix douce et au sourire mielleux, mais qui se révèle bien évidemment castratrice à l’extrême.</p>



<p>Vu sous cet angle, le rôle du meurtrier prend un tout autre sens. Tel un vampire (le nom Stoker renvoie à Bram Stoker, l’auteur de <strong><i>Dracula</i></strong>), le dangereux séducteur initie la jeune vierge à la perversion. A moins que son but ne soit de parfaire son éducation, comme dans cette très belle scène où India revêt devant lui ses premières chaussures à talons.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-891" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-09.jpg" alt="" width="800" height="533" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-09.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-09-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-09-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>



<p><strong>Stoker </strong>raconte l’émancipation d’une jeune fille qui prend conscience de son pouvoir sur les hommes, ce que les nombreuses allusions à la chasse ne viendront pas démentir. On devine alors que la violence, volontairement exagérée et esthétisée, nous invite à une autre lecture. Sur ce plan, <strong>Stoker </strong>partage des points communs avec <a href="https://www.stellarsisters.com/critique-je-suis-un-cyborg-de-park-chan-wook/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Je suis un Cyborg</strong></a>, comédie romantique délicieusement barjo dont l’héroïne, internée dans un asile parce qu’elle se prenait pour un robot, voyait ses mains se changer en fusil mitrailleur au cours d’une scène-fantasme décalée et virtuose. Tout comme l’héroïne de <strong>Je suis un Cyborg</strong>, mutique elle aussi, celle de <strong>Stoker </strong>découvre la cruauté du monde lors d’un passage à l’âge adulte qui s’accompagne d’une violence psychologique sourde.</p>

<h2 id="h-mia-wasikowska-vue-par-park-chan-wook" class="wp-block-heading">Mia Wasikowska vue par Park Chan-Wook</h2>



<p>S’il est une différence majeure entre les cinémas d’Asie et les cinémas occidentaux, elle réside dans la manière de sublimer les visages des acteurs et de faire de subtils changements d’expression des éléments à part entière du récit. Dans les scènes de dîners qui ponctuent le film, les mouvements de caméra, d’une incroyable précision, redéfinissent constamment la dynamique régissant les rapports ambigus entre les personnages. La tension psychologique est palpable, tout comme la tension érotique dans cette superbe scène où India et son oncle maléfique jouent du piano à quatre mains (la musique est signée Philip Glass, le maître des thèmes obsédants).</p>



<p>Insipide dans <strong>Alice au Pays des Merveilles</strong> mais prometteuse dans <strong>Tout va bien !</strong>, Mia Wasikowska trouve enfin avec <strong>Stoker </strong>un rôle qui lui permet de gagner en consistance et de développer son jeu. Sans céder à la facilité d’en faire une jeune fille glamour, Park Chan Wook saisit la singularité de son visage et la densité de son regard, de même qu’il fait de Matthew Goode (<strong>A Single Man</strong>) une icône du tueur à la fois glaçant et terriblement séduisant – le fantasme de toute jeune fille.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-892" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-02.jpg" alt="" width="1000" height="666" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-02-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>

<p>Si l’on passe outre un rythme un peu lent dans la première partie, <strong>Stoker </strong>séduit aussi bien par sa sensualité que par ses images choc – on reste subjugué par ces éclaboussures de sang sur les fleurs. Park Chan Wook réussit son premier essai hollywoodien et confirme non seulement l’étendue de son registre, mais prouve aussi sa capacité d’adaptation à une industrie où la marge de manœuvre des réalisateurs étrangers – et notamment asiatiques – est traditionnellement limitée.</p>



<h2 id="h-l-annee-des-realisateurs-coreens" class="wp-block-heading">L’année des réalisateurs coréens</h2>



<p>Si 2012 fut l’année de la K-pop aux Etats-Unis et en Europe, 2013 est peut-être bien celle du cinéma coréen puisque trois des réalisateurs coréens les plus encensés par la critique font leurs premiers pas à Hollywood. Avant <strong>Stoker </strong>de Park Chan-wook, nous avons eu droit à <strong>Le Dernier Rempart</strong> de Kim Jee Woon (<strong>A Bittersweet Life</strong>, <a href="https://www.stellarsisters.com/critique-jai-rencontre-le-diable/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>J&rsquo;ai rencontré le diable</strong></a>) et avec Arnold Schwarzenegger ; bientôt, c’est le très attendu <strong>Transperceneige </strong>de Bong Joon Ho (<strong>The Host</strong>, <a href="https://www.stellarsisters.com/critique-mother-de-bong-joon-ho/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Mother</strong></a>) qui se dévoilera sur les écrans.</p>



<p>Cette expérience hollywoodienne, plusieurs cinéastes hongkongais majeurs – de Tsui Hark à John Woo, en passant par Ringo Lam – l’ont tentée au début des années 2000, pour un résultat plus que contestable. Il faut dire que le choc culturel était de taille, entre des réalisateurs issus d’une industrie où les décisions se prenaient dans le feu de l’action (à Hong Kong, dans les années 90, il n’était pas rare qu’un tournage débute sur une simple idée lancée par oral, au détour d’un couloir), et un système hollywoodien archi procédurier et engageant à chaque production un budget et une logistique considérables.</p>
<p>Un autre paramètre mérite d’être pris en compte. Lorsque les cinéastes hongkongais se sont exportés à Hollywood, le cinéma local allait mal, très mal, handicapé qu’il était par les effets du piratage et l’influence des Triades, des fléaux auxquels venaient alors s’ajouter les enjeux liés à la Rétrocession (1997), avec son lot d’incertitudes. En bref, nous assistions à une fuite de talents. Si l’expérience de John Woo connut quelques éclats (on se souvient surtout de <strong>Face/off</strong>), l’échec de Tsui Hark fut flagrant, tandis que Ringo Lam resta cantonné au cinéma bas-de-gamme.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-893" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-04.jpg" alt="Photo Park Chan Wook" width="1000" height="750" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-04.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-04-300x225.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2023/12/stoker-park-chan-wook-04-768x576.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>



<p>Aujourd’hui, c’est au tour des cinéastes sud-coréens de s’essayer à l’exercice. Mais à la différence de leurs homologues hongkongais, il ne s’agit pas pour eux de s’exporter mais plutôt d’enrichir une carrière qui demeure basée à Séoul, voire de développer des collaborations entre les deux industries.</p>

<p>Il faut dire que le contexte leur est beaucoup plus favorable. Malgré le coup dur porté par la baisse des screen quotas en 2006*, qui l&rsquo;a empêché pendant quelques années de dominer le box-office domestique, le cinéma sud-coréen est en train de reprendre ses droits puisqu’il a récemment connu quelques francs succès. Ainsi, l’excellent <a href="https://www.stellarsisters.com/critique-the-thieves-big-swindle/">film de casse <strong>The Thieves</strong> de Choi Dong Hoon</a> a attiré 13,03 millions de spectateurs dans les salles, devenant le plus grand succès de tous les temps en Corée du Sud. Peu de temps après, c’est <strong>Masquerade</strong>, de Choo Chang Min et avec Lee Byung Hun, qui a fait le score de 12,3 millions d’entrées (troisième plus grand succès après <strong>The Thieves</strong> et <strong>The Host</strong>). Enfin, cette année, <strong>Miracle in Cell No.7</strong> a dépassé les 12 millions d’entrées.</p>



<p>A ce retour en force des succès commerciaux coréens, il faut ajouter l’essor actuel de la culture populaire coréenne à travers le monde, par le biais de la K-pop d’une part (en témoigne le phénomène <strong>Gangnam Style</strong> mais aussi les tournées mondiales de Bigbang et 2NE1) mais aussi par celui des dramas, qui exercent une véritable domination sur Asie et ont su trouver leur public en Occident. En d’autres termes, les Coréens n’ont pas besoin des Américains pour exister.</p>

<p>C’est pourquoi on ne s’étonne pas de découvrir, avec <strong>Stoker</strong>, que Park Chan Wook a su conserver son identité artistique, voire imprimer une sensibilité typiquement coréenne à un film porté par un casting occidental et dont les financements sont principalement issus des États-Unis. Espérons que le <strong>Transperceneige </strong>de Bong Joon Ho, dont les financements s’avèrent américano-coréens, sera du même niveau. Réponse dans les salles le 7 août prochain.</p>



<p><strong>Elodie Leroy </strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><strong>Lire aussi | <a href="https://lesecransdelodie.com/cloud-atlas-le-pari-fou-des-wachowski-et-de-tom-tykver/">Cloud Atlas : le pari fou des Wachowski et de Tykver</a></strong> </blockquote>



<p><em>*Les screen quotas en Corée du Sud. La politique des screen quotas date des années 60 et avait abouti, en 1993, à l’obligation pour les salles de cinéma locales de diffuser des films coréens pendant 146 jours sur une année (40% du temps). Cette politique a été l’un des moteurs de l’essor de l’industrie domestique dans les années 1990-2000 : le cinéma coréen est passé de 20% de parts de marché au début des années 90 à plus de 45% au début des années 2000. Devant la bonne santé du cinéma coréen, les Américains ont estimé que cette politique n’était plus pertinente et ont fait pression pendant plusieurs années sur le gouvernement coréen afin de réduire les screen quotas.</em> <em>En 2006, les USA obtiennent gain de cause : les quotas sont réduits de moitié, passant à 73 jours par an, soit 20% de l’année ; et ce, en dépit des manifestations des acteurs de l’industrie. Cette baisse est alors négociée en échange d’avantages sur le marché américain accordés aux Coréens pour des industries telles que l’automobile ou le secteur pharmaceutique. L’effet est fulgurant : pendant les années qui suivent, plus aucun film coréen ne parvient à rivaliser avec les blockbusters américains ni à dépasser les records que furent <a href="https://www.stellarsisters.com/critique-king-and-the-clown-lee-jun-ki/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>King and the Clown</strong></a> (10,3 millions d’entrées) et <strong>The Host</strong> (13,03 millions d’entrées). Mais comme nous l’avons vu, depuis 2012, il semble que les Corée</em></p>
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		<title>Darkness Survival : le jeu vidéo coréen qui rend dingue</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jan 2023 10:49:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[Découvrez des tuyaux et soluces pour réussir Darkness Survival, un jeu vidéo coréen sur mobile très fun qui requiert des capacités de gestionnaire hors du commun et un sens de la stratégie. Depuis quelques mois, je replonge régulièrement dans une étrange addiction : Darkness Survival, un RPG rogue-like conçu par les studios coréens Zero++. Disponible gratuitement&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[

<strong>Découvrez des tuyaux et soluces pour réussir Darkness Survival, un jeu vidéo coréen sur mobile très fun qui requiert des capacités de gestionnaire hors du commun et un sens de la stratégie.</strong>

 

Depuis quelques mois, je replonge régulièrement dans une étrange addiction : <strong>Darkness Survival</strong>, un RPG rogue-like conçu par les studios coréens Zero++. Disponible gratuitement sur mobile, ce jeu vidéo en mode tactile vous absorbe dans son ambiance étrange et son univers peuplé de monstres aussi effrayants qu’hilarants. Imaginatif et plein de surprises, ce petit jeu plus difficile qu’il n’y paraît vous prend en otage pour vous faire recommencer éternellement la partie. Jusqu’à ce que mort s’ensuive – pour le personnage, bien sûr !



<img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-899" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-01.jpg" alt="" width="900" height="508" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-01-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-01-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" />



Le pitch de <strong>Darkness Survival</strong> est simple : les forces du mal ont plongé le monde dans l’obscurité, à la merci d’infâmes créatures. Une jeune fille décide de prendre les armes et de descendre dans les ténèbres pour combattre le mal à la source. Cette jeune fille, c’est vous.

 
<h2 id="h-les-regles-de-darkness-survival" class="wp-block-heading">Les règles de Darkness Survival</h2>
 

Plus qu’un jeu de combat, <strong>Darkness Survival</strong> est un jeu de stratégie qui demande beaucoup de réflexion. Pour vous en sortir et traverser les 30 niveaux du jeu, il vous faudra en effet développer un plan sur le long terme en fonction des moyens qui vous seront accordés.



<figure id="attachment_904" aria-describedby="caption-attachment-904" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-904 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-06.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-06.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-06-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-06-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-904" class="wp-caption-text">C&rsquo;est gluant et ça fait mal si on n&rsquo;est pas préparé&#8230;</figcaption></figure>



Mais avant toute chose, qu’est-ce qu’un « rogue-like » ? Ce terme désigne un genre inspiré de <strong>Rogue</strong>, un jeu vidéo des années 80, et qui obéit à des règles précises dont les principales sont les suivantes :

 
<ul class="wp-block-list">
 	<li>Le personnage se déplace de donjon en donjon, les caractéristiques de chaque donjon étant générées aléatoirement en fonction de caractéristiques prédéfinies et des actions du joueur.</li>
 
 	<li>Le personnage se déplace et combat des monstres sur un terrain qui ressemble à un damier.</li>
 
 	<li>Les objets récoltés, qui varient à chaque partie, doivent être gérés avec la plus grande prudence.</li>
 
 	<li>Le jeu est punitif : lorsque votre personnage meurt, le jeu repart à zéro, quel que soit le niveau auquel vous êtes parvenu.</li>
</ul>
 

Contrairement aux rogue-like traditionnels, <strong>Darkness Survival</strong> n’est pas en 2D, mais en 3D. Il utilise aussi la technologie tactile : vous vous déplacez en touchant la zone où vous souhaitez vous rendre. Vous pouvez également zoomer et dézoomer à volonté avec les doigts, ce qui vous permet par exemple de vous déplacer rapidement vers une zone éloignée déjà explorée. Une fonctionnalité à manier avec précaution : si un ennemi se trouve sur votre chemin, vous foncerez droit dans ses griffes.




<h2 id="h-guerrier-mage-voleur-ou-archer" class="wp-block-heading">Guerrier, mage, voleur ou archer</h2>
 

Au démarrage, <strong>Darkness Survival</strong> vous propose de choisir entre quatre classes de personnages : guerrier, mage, voleur et archer, chacun nécessitant de développer une tactique de combat particulière. Lorsque vous débutez, vous devez commencer par la classe guerrier, les autres se débloquant au fur et à mesure que vous grimpez dans les niveaux (ou plutôt descendez puisque votre personnage s’enfonce toujours plus dans les ténèbres).



<figure id="attachment_900" aria-describedby="caption-attachment-900" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-900" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-02.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-02-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-02-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-900" class="wp-caption-text">Perso, je commence toujours par le mode guerrier !</figcaption></figure>



A chaque classe seront associés deux pouvoirs, l’un permettant de porter un coup puissant, l’autre d’immobiliser plusieurs ennemis à la fois – très utile quand vous êtes cerné.

 

Il ne vous reste plus qu’à entrer par la grande porte – dont le son vous fera frissonner – et à plonger dans les ténèbres…

 
<h2 id="h-dans-les-tenebres-de-darkness-survival" class="wp-block-heading">Dans les ténèbres de Darkness Survival</h2>
 

Adoptant l’esthétique manga, les graphismes sont joliment réalisés tout en restant épurés, afin de ne pas surcharger le jeu d’informations visuelles. Il vous faudra en effet tout observer et écouter pour anticiper les dangers qui vous guettent. Certaines créatures, comme les slimes ou les rats, s’annoncent par un son subtil que vous apprenez vite à reconnaître !



<figure id="attachment_905" aria-describedby="caption-attachment-905" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-905" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-07.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-07.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-07-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-07-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-905" class="wp-caption-text">Il est tout pas beau !</figcaption></figure>

J’oubliais de préciser un détail important : excepté lorsqu’elle allume une torche, utilise un sortilège spécial ou boit une potion de clairvoyance, votre personnage n’a aucune visibilité sur les zones qu’elle n’a pas encore visitées ! En d’autres termes, vous êtes plongé dans le noir, le décor se dévoilant au fur et à mesure de vos déplacements… Gare aux bestioles cachées dans les recoins ou au tournant d’un couloir !

Outre les créatures qui vous attendent au tournant, le terrain est rempli de pièges à partir du niveau 4. Plaques enflammées et électriques, pics dans le sol, gaz empoisonné, ces pièges surgissent sans crier gare. Vous pouvez les déjouer en jetant un objet sur la case où vous comptez vous rendre, en allumant une torche ou en utilisant un sortilège élargissant votre vision.

<figure id="attachment_903" aria-describedby="caption-attachment-903" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-903" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-05.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-05.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-05-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-05-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-903" class="wp-caption-text">Le marchand qui a toujours la potion ou l&rsquo;arme super chère dont vous avez besoin !</figcaption></figure>



Baigné dans un univers sonore étrange sans véritable musique, <strong>Darkness Survival</strong> est un rogue-like qui fait peur.

 
<h2 id="h-le-bestiaire-de-l-horreur" class="wp-block-heading">Le bestiaire de l’horreur</h2>
 

<strong>Darkness Survival</strong> est aussi un rogue-like qui fait rire, notamment par son bestiaire, qui emprunte aux codes de l’horreur : les rats géants et les araignées monstrueuses des premiers niveaux ne sont qu’un avant-goût de ce qui vous attend par la suite ! Squelettes guerriers, vers géants, piranhas, vampires, zombies « expérimentaux » ou « modifiés », fées démoniaques, démons difformes qui se démultiplient… La difficulté va crescendo pour vaincre ces monstres qui vous poursuivront sans relâche. Ces monstres qui vous feront parfois rigoler à cause de leurs onomatopées, et vous feront pleurer la seconde d’après, lorsque votre personnage périra parce que vous n’aviez pas vu que vous étiez cerné !



<figure id="attachment_908" aria-describedby="caption-attachment-908" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-908" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-10.jpg" alt="" width="900" height="508" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-10.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-10-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-10-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-908" class="wp-caption-text">Parmi les différents types de zombie, celui-ci est retors&#8230;</figcaption></figure>



<strong>Darkness Survival</strong> se divise en arcs de 5 niveaux, chaque arc possédant sa galerie de monstres particulière. Ainsi, dans les niveaux 1 à 5, vous combattez deux types des rats géants, des araignées et des slimes (des masses gluantes qui ressemblent aux glops de la franchise <strong>Dungeon Hunter</strong>). A la fin de chaque arc, vous combattez dans une arène, seul face à un boss bien décidé à faire de vous son déjeuner.

 

Dès que vous serez parvenus à vaincre le premier boss, un crocodile géant, vous pourrez considérer que vous avez passé un pallier et que vous commencez à apprendre le métier ! Ça tombe bien, de méchants gobelins, des chauves-souris collantes et des « scavengers » affamés vous attendent dans le monde suivant.

 
<h2 id="h-potions-equipements-et-sortileges" class="wp-block-heading">Potions, équipements et sortilèges</h2>
 

Vous trouverez plusieurs catégories d’objets au cours de votre voyage, comme dans la plupart des RPG. L’une des grandes difficultés du jeu est que les potions, équipements et sortilèges que vous trouvez sont bien souvent « non-identifiés ». Vous ne savez donc pas s’il s’agit d’un élément offensif ou défensif dans le cas des potions et sortilèges, ou si l’équipement que vous avez ramassé nécessitera d’être défait d’une malédiction (avec le fameux scroll « remove curse », très utile).



<figure id="attachment_902" aria-describedby="caption-attachment-902" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-902 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-04.jpg" alt="" width="900" height="508" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-04.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-04-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-04-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-902" class="wp-caption-text">C&rsquo;est bien beau tout ça, mais on devra tout recommencer avant d&rsquo;avoir utilisé la moitié de ces potions!</figcaption></figure>



Voici les principaux objets que vous devrez gérer :

 
<ul class="wp-block-list">
 	<li>Les sortilèges ou « scrolls » : ces parchemins ornés de symboles ressemblant à des caractères chinois ou coréens sont magiques. Il est préférable de les identifier avec un « scoll of identification » pour les utiliser, mais vous pouvez aussi les tester sur un ennemi situé à quelques cases de distance. Les « scrolls » dorés vous permettent d’assimiler le pouvoir magique correspondant pour la suite de la partie.</li>
 
 	<li>Les potions : yellow potion, burgundy potion, blue potion, pink potion… Inutile de prendre des notes, puisque les associations couleur/propriété changent à chaque partie. Il faudra donc les identifier. Si vous les buvez au hasard, vous pouvez aussi bien tomber sur une potion régénératrice que sur une potion toxique ! Si vous les lancez, vous pouvez brûler un ennemi, mais aussi gâcher une potion de guérison. Vous pouvez aussi fabriquer des potions dans les chaudrons que vous trouverez dans quelque pièce reculée.</li>
</ul>


<figure id="attachment_910" aria-describedby="caption-attachment-910" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-910" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-12.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-12.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-12-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-12-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-910" class="wp-caption-text">Une grosse bébête !</figcaption></figure>


<ul class="wp-block-list">
 	<li>Les équipements : armures, boucliers, sabres, épée, marteaux… Tous sont associés à un niveau de force. Il vous faudra donc trouver des « strength potions » pour supporter des équipements plus avancés ou bien diminuer le poids de ces équipements. Attention, si vous portez un équipement trop lourd, vous serez ralentis !</li>
 
 	<li>Les matériaux : acier, ore, mithril, branche magique&#8230; Ils vous aident à forger de nouveaux équipements.</li>
 
 	<li>Les amulettes et anneaux : ces objets vous apportent un pouvoir supplémentaire (protection, chance, puissance…), mais sont bien souvent envoûtés.</li>
</ul>
 

Sur votre chemin, vous verrez parfois une grosse tête sur le sol. Cette tête est un allié, mais vous devez regarder une petite publicité de 15 à 40 secondes pour profiter de son coup de pouce (il faut bien que les développeurs se rémunèrent), qui peut être l’identification ou l’amélioration d’un équipement, la suppression d’une malédiction ou un boost de santé.



<img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-901" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-03.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-03.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-03-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-03-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" />


<h2 id="h-manger-et-dormir" class="wp-block-heading">Manger et dormir</h2>
 

A force de marcher et de combattre, votre personnage finit par avoir faim et par se fatiguer ! Ne vous inquiétez pas, des indicateurs situés en haut à gauche de l’écran savent vous rappeler à l’ordre : si vous continuez comme ça, vous mourrez de faim ou de fatigue ! Rien de tel qu’un petit encas pour se requinquer. Une fois encore, la gestion des ressources alimentaires est cruciale : rations, morceaux de viandes, pain… Ramassez toute la nourriture que vous pourrez et achetez-en dans les boutiques que vous trouverez aux niveaux 3, 8, 13, 18, 23 et 28… Et quand votre personnage s’épuise, faites du feu et dormez !

 

Bien entendu, comme dans la plupart des RPG, votre sac a dos a une capacité de stockage limitée et il vous faudra acheter d’autres sacs pour tout transporter. Personnellement, je ne laisse aucun objet derrière moi, donc je stocke les objets qui ne sont pas immédiatement utiles dans une pièce de mon choix, généralement près d’une sortie, et je les déplace jusqu’à ce que je dispose de la place nécessaire.

 
<h2 id="h-cumul-de-competences" class="wp-block-heading">Cumul de compétences</h2>
 

Comme je vous l’ai dit, le jeu recommence à zéro dès que votre personnage meurt, ce qui se produit relativement souvent compte tenu de la difficulté du jeu – préparez-vous à pester sévère quand vous perdrez face à un vulgaire squelette, alors que vous venez de vivre un combat héroïque contre le « Gravekeeper » au rire narquois, qui envoie à vos trousses des fantômes qui se démultiplient.



<figure id="attachment_907" aria-describedby="caption-attachment-907" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-907 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-09.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-09.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-09-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-09-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-907" class="wp-caption-text">Attention où vous mettez les pieds !</figcaption></figure>



Fort heureusement, vos parties précédentes enrichissent votre expérience ! Non seulement vous finissez par comprendre comment gérer vos ressources, mais chaque partie vous permet de gagner des éléments que vous conservez et les upgradez indépendamment des parties, moyennant quelques pièces virtuelles que vous gagnez au fur et à mesure. Ils ouvrent la voie vers de nouvelles compétences et nouveaux équipements, qui apparaîtront dans le jeu.

 

Bien entendu, le jeu vous propose d’acheter des pièces virtuelles avec du vrai argent pour aller plus vite, mais vous pouvez très bien y arriver sans rien payer.

 
<h2 id="h-quelles-soluces-pour-darkness-survival" class="wp-block-heading">Quelles soluces pour Darkness Survival ?</h2>
 

Quelques conseils sur l’utilisation des ressources :

 
<ul class="wp-block-list">
 	<li>Différenciez bien les « Regenerating potions » des « Healing potions ». Les premières vous permettent de vous régénérer progressivement et doivent donc être privilégiées quand vous êtes en sécurité. Les secondes vous régénèrent en un clin d’œil et doivent être privilégiées au combat.</li>
 
 	<li>Si vous trouvez une arme ou un équipement super puissant dès les premiers niveaux, vous êtes chanceux, mais ne vous emballez pas ! N’oubliez pas que les armes comme les équipements s’usent et se cassent avec l’utilisation et que les marteaux de réparation entament leur longévité. Il est donc préférable d’utiliser des armes ou équipements légèrement supérieurs au niveau de vos ennemis et de réserver les meilleurs pour les niveaux plus élevés. Grosso modo, l&rsquo;idéal est d&rsquo;utiliser une armure et une armes par jeu de 5 niveaux est raisonnable, l&rsquo;arme principale pouvant devenir l&rsquo;arme secondaire dans les niveaux suivants.</li>
</ul>


<figure id="attachment_909" aria-describedby="caption-attachment-909" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-909" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-11.jpg" alt="" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-11.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-11-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2025/01/Darkness-Survival-game-11-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-909" class="wp-caption-text">Oui, les squelettes peuvent faire de la magie</figcaption></figure>


<ul class="wp-block-list">
 	<li>Quand vous arrivez dans la boutique, ne soyez pas panier percé et réfléchissez bien à vos achats ! Il est parfois préférable de renoncer à une Healing potion et d’économiser pour un glaive superpuissant. Et si vous ne pouvez pas tout vous offrir, sachez que vous pouvez toujours revenir plus tard, quand vous aurez cumulé plus d’argent dans les mondes suivants.</li>
 
 	<li>Au moment de dormir, faites un feu par vous-mêmes et gardez allumés les feux que vous trouverez sur votre chemin. En effet, ces derniers resteront allumés quand vous quitterez le niveau et vous pourrez revenir en arrière pour cuire un morceau de viande. Au contraire, ceux que vous allumerez s’éteindront dès que vous quitterez le niveau.</li>
 
 	<li>Quand vous dormez au coin du feu, n&rsquo;oubliez pas de déposer vos denrées précieuses (argent, mithril, etc.) à côté de vous, afin d&rsquo;éviter de vous les faire voler ! Oui, cette consigne est bizarre, mais voir son fric partir dans la poche d&rsquo;un goblin, ça fait tâche.</li>
 
 	<li>Certaines pièces sont accessibles en tournant une manivelle à distance, mais il arrive que la manivelle se trouve dans la pièce secrète. Dans ce cas, revenez au monde situé juste au-dessus, qui est toujours un monde suspendu dans le vide. Il vous suffira de sauter dans ce vide pour vous retrouver dans la pièce secrète !</li>
</ul>




Voici également quelques tuyaux sur certains monstres, objets ou situations :

 
<ul class="wp-block-list">
 	<li>Le crocodile, ce saligaud qui vous tuera un certain nombre de fois au début, recharge son énergie dans l’eau : attirez-le sur la terre ferme ! Et ne l&rsquo;affrontez pas sans avoir upgradé vos équipements !</li>
 
 	<li>Les piranhas sont vulnérables à l’électricité. Vous pouvez aussi utiliser le sortilège « Echo of insanity » pour les voir se battre entre eux, c’est très marrant !</li>
 
 	<li>Pour trouver les passages secrets, examinez bien les murs situés autour des torches.</li>
 
 	<li>Certains pouvoirs magiques, comme « Roar of lion », paraissent inutiles à l’état brut, mais si vous les upgradez, ils s’avèrent redoutables, notamment contre les fantômes (très utile avec le Grave Keeper du niveau 13).</li>
 
 	<li>Essayez de trouver l’amulette ou l’anneau de protection et gardez-le pour les monstres les plus redoutables !</li>
 
 	<li>Quand vous cuisinez, privilégiez les ingrédients trouvés à proximité d&rsquo;un feu déjà allumé. Vous aurez ainsi plus de chance de voir l&rsquo;effet de ces ingrédients s&rsquo;appliquer à la viande.</li>
 
 	<li>Si vous avez de la viande mais aucune possibilité de faire du feu, il y a toujours les pièges à feu qui peuvent faire office de barbecue (un petit <em>bulgogi</em> ne fait pas de mal !).</li>
</ul>
 

Je vous recommande de commencer en « normal mode » et non en « hard mode ». Ce dernier est effectivement beaucoup plus difficile : plus de créatures, plus de malédictions sur les équipements, plus d’objets non identifiés…

 

La dernière recommandation est certainement la meilleure : gardez le moral, élaborez des stratégies, rigolez un bon coup quand vous perdez toute votre progression à cause d’un vulgaire zombie, et surtout, amusez-vous !

<em>MAJ 22/01/2025 : Le jeu a malheureusement disparu des Play Stores en 2024. Un certain nombre de ces conseils restent néanmoins valables pour d&rsquo;autres jeux du même type, comme The Wild Darkness, qui repose sur le même conseil.</em>

 

<strong>Elodie Leroy</strong>

<em>Article publié sur StellarSisters le 7 octobre 2018 et transféré sur ce site le 22 janvier 2025.</em>



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		<title>Cloud Atlas : le pari fou des Wachowski et de Tom Tykver</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Jun 2021 14:44:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma européen]]></category>
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		<category><![CDATA[Critiques Ciné]]></category>
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					<description><![CDATA[Tom Hanks, Halle Berry, Bae Doona et Ben Whishaw sont les héros d&#8217;un film de science-fiction atypique sorti de l&#8217;imagination débordante des Wachowski. Un objet transgressif qui floute les barrières ethniques et de genre et nous fait voyager dans le temps. Six histoires imbriquées, plantant leur décor dans diverses régions de la planète, entre le&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-836" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-imgune.jpg" alt="Bae Doona (Cloud Atlas)" width="800" height="449" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-imgune.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-imgune-300x168.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-imgune-768x431.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p><strong>Tom Hanks, Halle Berry, Bae Doona et Ben Whishaw sont les héros d&rsquo;un film de science-fiction atypique sorti de l&rsquo;imagination débordante des Wachowski. Un objet transgressif qui floute les barrières ethniques et de genre et nous fait voyager dans le temps.<br />
</strong></p>
<p>Six histoires imbriquées, plantant leur décor dans diverses régions de la planète, entre le XIX<sup>e</sup> et le XXIV<sup>e</sup> siècle, le tout porté par un casting quatre étoiles et dirigé par trois réalisateurs aussi inspirés que jusqu’auboutistes – j’ai nommé le duo Andy &amp; Lana Wachowski (à l&rsquo;époque, Andy n&rsquo;était pas encore devenu Lilly) et Tom Tykwer. On obtient <strong>Cloud Atlas</strong>, un blockbuster produit en dehors du circuit hollywoodien, tellement foisonnant qu’il frise parfois la surcharge, mais qui s’impose comme une épopée originale, parfois transgressive et finalement aussi touchante que stimulante.</p>
<h2>La SF est toujours vivante</h2>
<p>Lorsque j’ai découvert <strong>Cloud Atlas</strong>, j’ai ressenti comme une bouffée d’air frais et une pincée de soulagement. Il existe donc encore des blockbusters susceptibles de surprendre, me suis-je dit.</p>
<p>En effet, je venais de lire les line-up des studios hollywoodiens pour les prochains mois et j’étais dans cet état de frustration que ressentent à peu près tous ceux qui, comme moi, ont été émerveillés depuis leur enfance par le cinéma populaire américain dans ce qu’il a de plus noble, avec ses héros charismatiques, ses scènes d’action dantesques, ses folles idées de science-fiction.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-834" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-07.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-07.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-07-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-07-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p>Aujourd’hui, que faut-il attendre ? Une pelletée de remakes, de reboots et de séquelles opportunistes, à quelques exceptions près. Pour la collection d’été 2013, il faudra donc faire avec <strong>Man of Steel</strong> (avec un Superman tout neuf mais dont on se fiche royalement), <strong>Wolverine : le combat de l’immortel</strong> (bref, encore un sous-<strong>X-Men</strong>), <strong>Kick-Ass 2</strong>, <strong>Very Bad Trip 3</strong>, <strong>Fast and Furious 6</strong> et les seconds opus de <strong>300</strong>, de <strong>Red</strong>, de <strong>Percy Jackson</strong> ou encore des <strong>Schtroumpfs 3D</strong>…</p>
<p>La sortie de suites n’est pas nouvelle et certaines des productions citées ci-dessous mériteront certainement le détour. Mais quand elle constitue quasiment à elle seule l’actualité de l’été en termes de blockbusters, il y a de quoi s’inquiéter. Notez également sur vos agendas l’arrivée des remakes d’<strong>Evil Dead</strong>, de <strong>Taxi Driver</strong>, de <strong>Massacre à la Tronçonneuse</strong> (« déjà-vu », dirait Néo).</p>
<p>Aujourd’hui, Hollywood insulte ses propres classiques, aligne les préquelles insipides de ses plus grands films (<strong>Prometheus</strong>), vide de leur substance les franchises les plus prometteuses (de<strong> Transformers </strong>à <strong>Transformers 3</strong>, on fait le grand écart), dilapide le patrimoine BD américain avec des films de super-héros ne misant que sur leur climax (<strong>Avengers</strong>, beaucoup de bruit pour rien).</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-835" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p>Heureusement, il n’y a pas que le système hollywoodien dans la vie. Y compris quand on est cinéaste américain, qu’on est fan de science-fiction et que l’on aime se lancer des défis titanesques. Par exemple, porter à l&rsquo;écran le roman de David Mitchell <strong><i>Cartographie des Nuages</i></strong>, réputé inadaptable. Andy et Lana Wachowski, les auteurs de <strong>Matrix</strong>, l’ont bien compris.</p>
<h2>Les Wachowski, ambassadeurs de luxe de la culture Geek</h2>
<p>De toute façon, après le four commercial de leur dernière réalisation, le sympathique mais invendable <strong>Speed Racer</strong>,<b> </b>qui adaptait l’anime japonais du même nom et s’adressait véritablement à une niche, les Wachowski n’avaient guère le choix que d’aller voir ailleurs.</p>
<p>En bons ambassadeurs de la culture geek-option-manga qu’ils étaient, ils n’allaient tout de même pas faire des concessions et réaliser un produit rassembleur ! Ni réitérer l’expérience du film fauché à la <a href="https://www.stellarsisters.com/critique-ninja-assassin-de-james-mcteigue/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Ninja Assassin</strong></a> ! Puisque plus personne aux USA ne voulait leur confier 100 millions de dollars pour faire joujou, pourquoi pas l’Europe ?</p>
<p>Justement, Tom Tykwer, dont ils adulaient le premier film <strong>Cours Lola Cours</strong>, déclarait en 2009 qu&rsquo;il ambitionnait de porter à l’écran <em><strong>Cartographie des Nuages</strong></em>… En route pour l’Allemagne !</p>
<p>Mais au fait, comment les auteurs de <strong>Matrix </strong>ont-ils eu l’idée de se lancer dans une telle aventure ? La rumeur veut que l’impulsion ait été donnée en 2005 par Natalie Portman qui lisait le roman sur le tournage de <strong>V pour Vendetta*</strong>, dont les Wachowski étaient producteurs. Devant son enthousiasme, Lana Wachowski se serait à son tour plongée dedans pour ne plus s’en détacher.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-828" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-01.jpg" alt="" width="900" height="506" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-01-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-01-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p><strong>Cloud Atlas </strong>a du surmonter son lot d’obstacles pour voir le jour, même une fois lancée la collaboration entre les Wachowski et Tom Tykwer. Au cours de ses quatre années de développement, le projet a plus d’une fois failli être abandonné. Mais la persévérance des cinéastes a fini par payer, soutenue en cela par les encouragements de Tom Hanks**, bien décidé à s’investir dans ce projet. A l’arrivée, <strong>Cloud Atlas</strong> bénéficie du budget confortable de 102 millions de dollars, ce qui en fait le film indépendant le plus cher de l’histoire du cinéma et le premier blockbuster allemand.</p>
<p>L’association de talents entre Lana &amp; Andy Wachowski et Tom Tykwer fait des étincelles : reposant sur un travail de narration et de montage aussi gigantesque que minutieux, <strong>Cloud Atlas</strong> nous embarque dans une épopée complexe, ambitieuse mais aussi – et cela fait vraiment plaisir à écrire en ces temps de disette créative occidentale – extrêmement originale.</p>
<p>L’histoire consiste en six récits parallèles et ancrés dans différents pays et différentes époques, avec un gap de 472 ans entre la période la plus ancienne (l’année 1879) et la plus futuriste (l’année 2321). Ou comment apporter un grand coup de frais au genre de la science-fiction mais aussi du film choral.</p>
<h2>Histoires transgressives</h2>
<p><strong>Cloud Atlas</strong> nous plonge ainsi dans un véritable tourbillon narratif. Le voyage en mer périlleux d’un jeune juriste blanc sur fond d’esclavage des Noirs au XIXe siècle (1849 : <i>The Pacific Journal of Adam Ewing</i>, réalisé par les Wachowski).</p>
<p>L’histoire d’amour homosexuelle et épistolaire entre un jeune compositeur et son amant (1936 : <i>Letters from Zedelghem</i>, réalisé par Tom Tykwer).</p>
<p>L’enquête d’une journaliste décidée à révéler au grand jour les agissements douteux d’une compagnie pétrolière (1973 : <i>Half-Lives : The First Luisa Rey Mystery</i>, réalisé par Tom Tykwer).</p>
<p>Les déboires d’un éditeur endetté puis enfermé par son frère dans une maison de retraite qui a tout d’une prison (2012 : <i>The Ghastly Ordeal of Timothy Cavendish</i>, réalisé par Tom Tykwer).</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-831" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-04.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-04.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-04-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-04-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p>La rencontre de Sonmi-451, une serveuse-clone travaillant dans un bar, avec un jeune révolutionnaire à Néo-Séoul (2144 : <i>An Orison of Sonmi-451</i>, réalisé par les Wachowski).</p>
<p>La quête scientifique d’une ethnologue assistée par un indigène halluciné (2321 : <i>Sloosha&rsquo;s Crossin&rsquo; an&rsquo; Ev&rsquo;rythin&rsquo; After</i>, réalisé par les Wachowski).</p>
<p>Toutes ces histoires, si différentes qu’elles soient en termes de genre comme d’esthétique, entretiennent des liens qui se révéleront au fil du métrage.</p>
<p>Grâce à un montage précis et constamment mis au service de l’émotion, la trame globale de <strong>Cloud Atlas</strong> se déplie avec une rare fluidité sans jamais perdre le spectateur en route, l’esthétique propre à chaque époque insufflant à celle-ci une ambiance immédiatement identifiable sans pour autant que l’ensemble ne manque d’unité visuelle.</p>
<p>Les décors s’avèrent parfois très chiadés, notamment dans les parties futuristes : ainsi, lorsque Sonmi-451 découvre le monde, il suffit de voir avec quelle efficacité l’organisation sociale du Néo-Séoul de 2144 est suggérée en quelques plans.</p>
<p>Histoires d’amour, d’amitié, de trahison ou de rédemption, tous ces récits parlent non seulement de condition humaine, à l’échelle individuelle comme collective, mais ont aussi en commun de mettre en scène leurs protagonistes dans une situation d’aliénation qui se solde par une évasion, souvent doublée d’une transgression.</p>
<p>Transgression du jeune juriste blanc et de l’esclave noir qui se lient d’amitié au XIX<sup>e</sup> siècle, transgression des septuagénaires/octogénaires qui s’évadent de leur pension pour aller s’éclater dans un pub et peut-être retrouver leur amour de jeunesse, transgression de la femme-objet sexuel qui se mue en messie…</p>
<h2>Un casting multi-ethnique</h2>
<p><strong>Cloud Atlas</strong> est porté par un casting quatre étoiles qui mérite d’être cité dans son intégralité, tant l’investissement de chacun est visible : Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant, Susan Sarandon, Hugo Weaving (<strong>Matrix</strong>), Jim Broadbent (<strong>Moulin Rouge!</strong>, <strong>Harry Potter 6</strong>), Jim Sturgess (<strong>Across the Universe</strong>), Ben Whishaw (<strong>Le Parfum</strong>) mais aussi la star chinoise Zhou Xun (<strong>Suzhou River</strong>) et l’actrice coréenne Bae Doo Na (<strong>The Host</strong>, <strong>Sympathy for Mr. Vengeance</strong>).</p>
<p>Soulignons les origines ethniques variées du casting, puisque tous les acteurs et actrices mentionnés ci-dessus jouent plusieurs rôles et apparaissent ainsi dans à peu près chaque récit, avec les maquillages qu’il faut pour les faire passer d’une ethnie à l’autre mais aussi d’un sexe à l&rsquo;autre !</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-829" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-02.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-02-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p>Dès l’instant où l’on a compris ce principe, il y a quelque chose d’étrange mais aussi de très amusant dans le jeu consistant à reconnaître chacun et à découvrir leurs visages au fil des histoires. Et si certaines transformations demeurent faciles à repérer (Hugo Weaving en infirmière en chef démoniaque, Halle Berry en bourgeoise blanche effacée, Bae Doo Na en européenne…), d’autres se révèlent nettement plus ardues à déceler (défis du moment : reconnaître Tom Hanks dans l’histoire de 2012, ou encore Zhou Xun dans les années 70).</p>
<p>Avec ces transformations, le film introduit une idée absente du roman, celle de la réincarnation et donc du karma, et ajoute au côté transgressif qui habite cet enchevêtrement de récits. Que nous le voulions ou non et quelque soit notre degré d’humanisme, nous avons tous tendance à nous définir par notre identité sexuelle et par notre appartenance ethnique avant tout le reste, ces deux caractéristiques ayant d’ailleurs tendance à biaiser inconsciemment notre regard sur l’autre.</p>
<p>Il y a donc quelque chose de très osé dans les maquillages et les changements de sexe de ces acteurs et actrices, lesquels se prêtent d’ailleurs tous au jeu sans aucune retenue, sous l’œil bienveillant de Tom Tykwer et d’Andy et Lana (ex-Larry) Wachowski.</p>
<p>Mieux, en plus d’imaginer un monde en 2144 où tout le monde aurait les yeux bridés (ce qui n’est pas invraisemblable),<strong> Cloud Atlas</strong> met en miroir l’allusion à l’esclavage au 19<sup>e</sup> siècle avec le futur de 2321, où les tribus de Blancs apparaissent comme vulnérables face au peuple détenteur de la technologie et représenté par le personnage de Halle Berry.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-833" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-06.jpg" alt="" width="900" height="598" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-06.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-06-300x199.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-06-768x510.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p>Nul besoin de discours appuyé contre le racisme, il suffit de mettre en scène l’ironie de l’Histoire, avec ses retournements de situation au fil des époques, et d’opposer l’impermanence de l’enveloppe charnelle à l’éternité de l’âme.</p>
<p>Ambitieux et osé jusqu’à la dernière minute de bobine, <strong>Cloud Atlas</strong> comporte bien quelques petites baisses de rythme ça et là, ce qui n’a rien d’étonnant pour un métrage de 2h45. Mais l’ensemble, en plus d’être intelligent et étonnamment touchant, demeure extraordinairement bien ficelé et rythmé compte tenu de la complexité de l’entreprise. Il fallait le faire.</p>
<h2>Les Wachowski à contre-courant</h2>
<p>Je l’avoue, si j’ai toujours eu entière confiance en Tom Tykwer, surtout depuis <strong>Le Parfum</strong> (le roman de Patrick Süskind était lui aussi compliqué à adapter), je n’aurais pas imaginé il y a une dizaine d&rsquo;années faire à ce point l’éloge des Wachowski.</p>
<p>A l’époque de <strong>Matrix</strong>, certains amateurs de japanimation et de cinéma de Hong Kong – et j’en faisais partie – reprochaient aux Wachowski d’avoir pillé quelques chefs d’œuvres asiatiques pour toucher le jackpot avec un film rassembleur. D’autant que les opus 2 et 3 de la trilogie <strong>Matrix </strong>étaient loin d’être à la hauteur du premier ; et ce, même si <strong>Matrix Reloaded</strong> possède ce versant monstrueux qui le rend unique en son genre, avec ses personnages tout droit sortis d’une BD (Monica Bellucci en pin-up totalement irréelle, Collin Chou en garde du corps très manga), ses acteurs laissés en roue libre (qui ne se souvient pas des jurons de Lambert Wilson ?), ses courses-poursuites interminables et totalement insensées (pour rappel, une portion d’autoroute a été construite spécialement pour l’occasion).</p>
<p>En fin de compte, l’opus le plus intéressant et le plus réussi de la saga n’est autre qu’<strong>Animatrix</strong>, succession de courts métrages-spin off ancrés dans l’univers de <strong>Matrix</strong>, supervisés par les Wachowski et réalisés par quelques grands noms de l’animation, parmi lesquels Yoshiaki Kawajiri (<strong>Ninja Scroll</strong>), Shinichiro Watanabe (<strong>Cowboy Bebop</strong>) et Peter Chung (<strong>Aeon Flux, la série</strong>).</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-832" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-05.jpg" alt="" width="900" height="598" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-05.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-05-300x199.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-05-768x510.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-835" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2021/06/cloud-atlas-08-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p>Avec le recul, il semble que les Wachowski n’aient jamais pu – et peut-être jamais voulu – se fondre dans le moule hollywoodien. Alors que le succès de <strong>Matrix</strong> laissait présager d’une carrière toute tracée dans l’univers balisé des studios, ils n’ont cessé d’emprunter par la suite les chemins les plus inattendus, quand ils n’ont pas agi à contre-courant des attentes, tout en restant résolument ancrés dans le cinéma populaire, sur le plan esthétique comme des genres visités.</p>
<p>Le premier symptôme n’était autre que <strong>V pour Vendetta</strong> (2006), film d’anticipation et de héros masqué dont ils confiaient la réalisation à James McTeigue. Porter à l’écran la BD noire d’Alan Moore et David Lloyd, avec son message politique violent et anarchiste, était déjà gonflé : la plupart des histoires de héros masqués à l’américaine prônent des valeurs plutôt conservatrices, les méchants étant généralement des hors-la-loi.</p>
<p>Quelques années plus tard, les Wachowski revenaient avec <strong>Speed Racer</strong> (2008), l’adaptation d’une série animée japonaise des années 60. Avec son esthétique radicale, ses séquences de voitures démentes, ses traits d’humour grotesques et ses effets de montage cartoonesques reprenant les codes visuels des dessins-animés de sport japonais, <strong>Speed Racer</strong> tenait du suicide commercial mais, avec ses défauts et ses maladresses, témoignait d’une sincérité respectable, en plus d’innover par l’emploi de procédés techniques révolutionnaires (pour l’occasion, les Wachowski ont élaboré la technique de la 2D ½).</p>
<p>En plus de marquer leur rencontre artistique avec Tom Tykwer, <strong>Cloud Atlas</strong> confirme s’il le fallait la contradiction qui caractérise le cinéma des Wachowski. Un cinéma qui appartient bel et bien à l’univers des blockbusters populaires mais qui témoigne plus que jamais d’une tendance chronique à l’anticonformisme. En vérité, on commence sérieusement à se demander si l’adéquation de la saga <strong>Matrix </strong>avec les exigences des studios hollywoodiens n’était pas accidentelle dans le parcours des cinéastes. Aujourd’hui, Andy et Lana Wachowski apparaissent plus que jamais comme des auteurs en marge du système. Espérons qu’ils le restent !</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<p><em>Première publication de l&rsquo;article le 13 avril 2013 sur StellarSisters.com</em>.</p>
<p>*Source : <a href="https://www.hollywoodreporter.com/news/andy-lana-wachowski-cloud-atlas-7-revelations-368141" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The Hollywood Reporter</a></p>
<p>**Interview des Wachowski dans <a href="https://film.avclub.com/the-wachowskis-explain-how-cloud-atlas-unplugs-people-f-1798234238" target="_blank" rel="noopener noreferrer">The A.V. Club</a></p>
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		<title>La Plateforme : de l&#8217;horreur gratinée dans votre assiette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Nov 2020 11:36:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma européen]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques Ciné]]></category>
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					<description><![CDATA[Violent, politique, dérangeant, La Plateforme (Netflix) est un film d’horreur espagnol qui vaut le coup d’œil… à condition d’avoir l&#8217;estomac bien accroché. C&#8217;est en naviguant sur Netflix avec la ferme intention de sortir de mon train-train quotidien que je suis tombée sur le film La Plateforme, ou El Hoyo en espagnol, un mélange incroyable de&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Violent, politique, dérangeant, La Plateforme (Netflix) est un film d’horreur espagnol qui vaut le coup d’œil… à condition d’avoir l&rsquo;estomac bien accroché.</strong></p>
<p>C&rsquo;est en naviguant sur Netflix avec la ferme intention de sortir de mon train-train quotidien que je suis tombée sur le film <strong>La Plateforme</strong>, ou <strong>El Hoyo</strong> en espagnol, un mélange incroyable de huis-clos psychologique et de survival. A la fois efficace en tant que film d&rsquo;horreur et intelligent en tant que film politique aux accents philosophiques, cet objet étrange passionnera les amateurs de concepts allégoriques poussés à l&rsquo;extrême, même si certaines scènes sont à la limite du soutenable.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-787" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-01.jpg" alt="" width="800" height="450" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-01.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-01-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-01-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<h2>Manger ou être mangé</h2>
<p>Goreng se réveille enfermé dans une cellule située au 48ème étage d&rsquo;une prison à multiples niveaux. Il fait la connaissance de son codétenu, Trimagasi, qui lui explique qu&rsquo;une plateforme passe tous les jours d&rsquo;un étage à l&rsquo;autre, en commençant par le haut, pour distribuer de la nourriture. Chaque mois, les détenus se réveillent à un étage différent. Peu à peu, Goreng découvre les règles cruelles qui régissent ce monde absurde.</p>
<p>Premier film de <span class="aCOpRe">Galder Gaztelu-Urrutia, <strong>La Plateforme</strong> repose sur un concept d&rsquo;enfermement proche de celui de <strong>Cube</strong>. Cette production sortie en 2019 sur Netflix est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;une des meilleures tentatives du genre depuis le film culte de Vincenzo Natali. </span><span class="aCOpRe"><br />
</span></p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-788" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-02.jpg" alt="" width="800" height="450" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-02.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-02-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-02-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p><span class="aCOpRe"><strong>La Plateforme</strong></span> débute sur une séquence intrigante &#8211; un chef cuisinier inspecte scrupuleusement les plats luxueux et gourmands préparés par ses troupes &#8211; dont nous découvrirons le sens par la suite. Les règles de la prison dans laquelle Goreng a accepté de se rendre s&rsquo;avèrent particulièrement perverses : ceux d&rsquo;en-bas mangent les restes laissés par ceux d&rsquo;en haut. En d&rsquo;autres termes, ceux des niveaux supérieurs mangent abondamment et ceux d&rsquo;en-bas meurent de faim.</p>
<p>Décidé à rester civilisé, Goreng refuse dans un premier temps de se plier aux règles, écœuré qu&rsquo;il est par le système, et accessoirement par le comportement de son codétenu, qui se gave comme un porc pendant les quelques minutes de repas quotidien et affiche un profond mépris pour les personnes des niveaux inférieurs. Comme on s&rsquo;en doute, le jeune homme réalise vite qu&rsquo;il n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix que de mettre lui aussi les doigts sur ces restes répugnants. Bientôt, Trimagasi l&rsquo;entraîne dans un débat sans fin sur la nécessité de manger au lieu d&rsquo;être mangé, une idée cruelle à prendre au sens propre comme au figuré.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-791" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-05.jpg" alt="" width="800" height="436" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-05.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-05-300x164.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-05-768x419.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p>« Vous avez de la chance d&rsquo;être dans un niveau intermédiaire. En bas, vous ne survivrez pas », avertit Trimagasi, que notre héros soupçonne bientôt de s&rsquo;être livré à des actes criminels dans les niveaux inférieurs. Des idées folles sont évoquées (du cannibalisme ?), la tension psychologique s&rsquo;installe entre les deux hommes. <strong>La Plateforme</strong> s&rsquo;intéresse avant tout à la nature humaine brute, celle qui révèle son visage grimaçant en situation de survie. Jusqu&rsquo;où un être humain est-il prêt à aller quand il meurt de faim ?</p>
<h2>« Mi Caracol&#8230; »</h2>
<p>Loin de se limiter à un pamphlet contre le monde capitaliste, <strong>La Plateforme</strong> utilise son concept effrayant pour saisir quelque chose de notre époque. Dans ce système hiérarchisé, les comportements se radicalisent. Les switchs incessants entre les niveaux, qui obligent les détenus à expérimenter toutes les classes sociales, permettent d&rsquo;aller plus loin dans l&rsquo;exploration idéologique que ne le faisait <strong>Snowpiercer</strong>, le film de Bong Joon Ho dans lequel les différences sociales étaient symbolisées par les wagons d&rsquo;un train.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-789" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-03.jpg" alt="" width="800" height="436" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-03.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-03-300x164.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-03-768x419.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p>L&rsquo;un décide de faire passer sa survie avant tout le reste. L&rsquo;autre se sent investi d&rsquo;une mission d&rsquo;humanisme déconnectée de la nature humaine. Un autre se soumet à la première personne qui prend un ascendant sur lui en lui confiant un rôle à jouer. Enfin, il y a ceux qui entendent sauver tout le monde, quitte à appliquer des méthodes dignes des pires régimes totalitaires. Le personnage le plus paradoxale est celui de cette femme qui cherche son enfant à tout prix, ce qui est une preuve d&rsquo;humanité, mais se comporte en parfaite psychopathe avec les hommes.</p>
<p>La force du film <strong>La Plateforme</strong> est de coller du début à la fin au point de vue d&rsquo;un seul individu qui assiste impuissant à sa propre déshumanisation pour survivre dans un système aussi cruel qu&rsquo;il est aveugle sur la souffrance de ses sujets. S&rsquo;ajoute à cela une étrange comparaison entre ceux qui ont la malchance de ce faire piéger et les escargots, un parallèle que n&rsquo;aurait pas renié le mangaka Junji Ito (<strong>Uzumaki</strong>). Vous ne regarderez plus jamais vos escargots de Bourgogne de la même manière !</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-790" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-04.jpg" alt="" width="700" height="402" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-04.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/11/la-plateforme-netflix-04-300x172.jpg 300w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /></p>
<p>Audacieux, dérangeant, le film <strong>La Plateforme</strong> ne ménage pas le spectateur en matière d&rsquo;horreur. Je préfère prévenir les courageux qui se lanceront dans l&rsquo;aventure : certaines scènes sont insoutenables, même pour les habitués du cinéma d&rsquo;horreur. Elles sont appuyées par une réalisation organique qui prend un malin plaisir à offrir un rendu réaliste des textures. Et bien entendu, la fin du film nous laisse avec différentes interprétations possibles. Vous êtes prévenus.</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<blockquote><p><strong>A LIRE </strong></p>
<p><a href="https://lesecransdelodie.com/midnight-meat-train-bradley-cooper-chasse-par-un-boucher/">Critique du film Midnight Meat Train, avec Bradley Cooper</a></p></blockquote>
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		<title>Harry Potter : analyse de l&#8217;évolution du personnage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2020 12:59:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma US & UK]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers Ciné]]></category>
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					<description><![CDATA[Notre analyse de l&#8217;évolution de Harry Potter, de sa condition de sorcier à sa découverte du monde politique, en passant par les figures paternelles qui l&#8217;entourent&#8230;  Rédigé juste avant la sortie de Harry Potter et l&#8217;Ordre du Phénix et mis à jour entre-temps, ce dossier que j&#8217;ai pris beaucoup de plaisir à écrire retrace l&#8217;évolution&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Notre analyse de l&rsquo;évolution de Harry Potter, de sa condition de sorcier à sa découverte du monde politique, en passant par les figures paternelles qui l&rsquo;entourent&#8230; </strong></p>
<p>Rédigé juste avant la sortie de <strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix </strong>et mis à jour entre-temps, ce dossier que j&rsquo;ai pris beaucoup de plaisir à écrire retrace l&rsquo;évolution psychologique du personnage-titre de la saga littéraire de J.K. Rowling. L&rsquo;accent est mis sur le pivot de la saga : la fin de <strong>Harry Potter et la Coupe de Feu</strong>, qui marque le retour de Voldemort, et le début de <strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong>, qui élargit l&rsquo;univers perceptif du jeune sorcier et pose les bases de la guerre qui éclatera dans les deux tomes suivants, <strong>Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé</strong> et <strong>Harry Potter et les Reliques de la Mort</strong>.</p>
<p style="text-align: center;">CHAPITRES :<br />
<strong>1 &#8211; Harry Potter, un éternel marginal</strong><br />
<strong>2 &#8211; Un univers qui s&rsquo;élargit à chaque épisode<br />
</strong><strong>3 &#8211; L&rsquo;engagement de Harry</strong><br />
<strong>4 &#8211; A la recherche d&rsquo;une figure paternelle</strong><br />
<strong>5 &#8211; Potter vs Voldemort : un combat multidimensionnel</strong></p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-714" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-01.jpg" alt="" width="1000" height="667" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-01.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-01-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>La cinquième année à Poudlard est une année difficile pour Harry. En proie aux tourments de l&rsquo;adolescence, le jeune sorcier reste marqué par la mort de Cédric Diggory, l&rsquo;un des concurrents du tournoi auquel il participait l&rsquo;année précédente. Non seulement Voldemort est revenu dans le monde des vivants et menace de tout détruire, mais l&rsquo;univers sécurisant et un peu fou fou de Poudlard se voit bouleversé par l&rsquo;arrivée d&rsquo;un sombre personnage, Dolores Ombrage. L&rsquo;univers perceptif de Harry s&rsquo;agrandit puisque le garçon prend à présent conscience de son environnement politique. Mu par la révolte, il passe à l&rsquo;action. Mais le pire ennemi du héros se trouve peut-être enfoui au plus profond de lui-même…</p>
<p><i>NB : en raison de la présence de quelques spoilers dans cet articles, il est recommandé d&rsquo;avoir soit lu les romans soit vu les films avant la lecture.</i></p>
<h2><strong>I &#8211; Harry Potter, un éternel marginal</strong></h2>
<p>Avec sa légendaire cicatrice en forme d&rsquo;éclair sur le front, Harry Potter a été marqué dès sa petite enfance, comme s&rsquo;il était promis à une destinée exceptionnelle. Pour le meilleur et pour le pire. Harry est l&rsquo;enfant qui a survécu aux assauts de Voldemort, la preuve vivante que ce dernier n&rsquo;est pas totalement infaillible. Un espoir pour la Communauté Magique, dont les membres ne parviennent pourtant toujours pas à trouver le courage de prononcer le nom de Voldemort, au contraire de Harry qui brise immédiatement le tabou.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-729" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-16.jpg" alt="Harry Potter à l'Ecole des Sorciers" width="800" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-16.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-16-300x225.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-16-768x576.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p>Chez les Moldus, Harry Potter se trouve être marginalisé par la famille Dursley qui le ne le traite pas en être humain. Chez les Sorciers, il se voit certes accorder ce statut élémentaire mais sa célébrité lui vaut elle aussi de se retrouver marginalisé. Si sa cicatrice lui a souvent valu les regards fascinés des adultes, elle en fait aussi le bouc émissaire idéal des plus malveillants, à commencer par les Serpentards.</p>
<p>Habitué dès le premier épisode à subir les moqueries de la bande de Drago Malefoy, Harry se voit dès le second opus de la saga, <strong>Harry Potter et la Chambre des Secrets</strong>, accusé d&rsquo;un sérieux méfait puisqu&rsquo;il est un temps soupçonné d&rsquo;avoir ouvert la Chambre des Secrets. Cette accusation se voit ensuite reporter sur Hagrid, allié et confident de Harry et de ses amis dans la micro-société qu&rsquo;est Poudlard, et qui se trouve lui aussi souvent désigné comme bouc-émissaire en raison de ses origines du côté du peuple des Géants.</p>
<p><figure id="attachment_725" aria-describedby="caption-attachment-725" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-725" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-12.jpg" alt="" width="800" height="533" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-12.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-12-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-12-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-725" class="wp-caption-text">Harry entouré de Ron et Hermione</figcaption></figure></p>
<p>Soulignons à ce titre la tendance du jeune sorcier à s&rsquo;acoquiner avec des marginaux, entre Ron Weasley qui est issu d&rsquo;une famillle pauvre et Hermione Granger dont les parents sont des Moldus.</p>
<p>Dans <strong>Harry Potter et le Prisonnier d&rsquo;Azkaban</strong>, c&rsquo;est le parrain de Harry, Sirius Black, qui subit les pires accusations, en l&rsquo;occurrence celles d&rsquo;avoir assassiné un nombre incalculable de personnes, ce qui vaut à Harry une protection rapprochée qui l&rsquo;isole une fois de plus de ses camarades. Dans <strong>Harry Potter et la Coupe de Feu</strong>, le héros est lui-même soupçonné d&rsquo;avoir introduit illégalement son nom dans la coupe de feu, ce qui va jusqu&rsquo;à entraîner, pendant une partie du récit, l&rsquo;hostilité de son meilleur ami Ron, tandis que les médias répandent des inepties sur son compte par l&rsquo;intermédiaire de Rita Skeeter.</p>
<p><strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong> confronte le jeune Harry à une situation dont les implications s&rsquo;avèrent encore plus graves. Cette fois, il est accusé d&rsquo;être un affabulateur et d&rsquo;avoir monté de toutes pièces, avec la complicité d&rsquo;Albus Dumbledore, l&rsquo;affaire du retour de Voldemort. Alors qu&rsquo;il vient tout juste d&rsquo;assister, impuissant, au meurtre de Cédric Diggory par Peter Pettigrew, Harry est non seulement montré du doigt mais traité de menteur voire de fou.</p>
<p><figure id="attachment_718" aria-describedby="caption-attachment-718" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-718" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-05.jpg" alt="" width="800" height="483" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-05.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-05-300x181.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-05-768x464.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-718" class="wp-caption-text">Harry Potter et Luna Lovegood</figcaption></figure></p>
<p>Cette fois, les accusations ne proviennent plus d&rsquo;un élève de l&rsquo;école ni même d&rsquo;un professeur, elles s&rsquo;inspirent directement des propos du Ministre de la Magie, Cornelius Fudge. Il apparaît clairement que ce dernier vise en réalité Albus Dumbledore, qu&rsquo;il soupçonne de vouloir prendre sa place. En attendant, Harry en subit directement l&rsquo;impact, avec toutes les conséquences psychologiques que cela peut avoir sur un adolescent déjà marqué par la mort de son ami.</p>
<p>A ce titre, en côtoyant la mort de près, Harry a en quelque sorte franchi une frontière invisible. En témoigne le fait qu&rsquo;il puisse voir de ses yeux les Sombrals, ces créatures chargées de tirer les voitures menant les élèves du <em>Poudlard Express</em> à la célèbre école de magie. Cette caractéristique, Harry la partage avec l&rsquo;inénarrable Luna Lovegood, cette dernière subissant elle aussi les moqueries des autres élèves mais endossant, dans le 5ème opus, le rôle d&rsquo;ange gardien de Harry, un ange qui lui met du baume au coeur et l&rsquo;aide à accepter ses blessures.</p>
<h2><strong>II &#8211; Un univers qui s&rsquo;élargit à chaque épisode<br />
</strong></h2>
<p>Célèbre dès l&rsquo;enfance pour être le seul à avoir survécu au fatal <i>Avada Kedavra</i> de Voldemort, Harry est à nouveau confronté aux médias dans <strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong>. Dans l&rsquo;opus précédent, pris de court par sa participation involontaire au Tournoi des Trois Sorciers, le jeune garçon se laissait dépasser par les rumeurs répandues par Rita Skeeter dans <i>La Gazette du Sorcier,</i> à son sujet et celui de ses amis.</p>
<p><figure id="attachment_727" aria-describedby="caption-attachment-727" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-727" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-14.jpg" alt="" width="800" height="533" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-14.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-14-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-14-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-727" class="wp-caption-text">Scène de tournage de Harry Potter et la Coupe de Feu</figcaption></figure></p>
<p>Dans le cinquième opus, il parvient à contourner ce pouvoir voire à le retourner à son avantage. Cet aspect n&rsquo;apparaît pas vraiment dans le film, où le personnage de Rita Skeeter a tout bonnement été omis. Mais dans le roman, Hermione imagine un plan visant à obliger la journaliste à réaliser une interview de Harry pour le compte du <i>Chicaneur</i>, une revue alternative dirigée par le père de Luna Lovegood. Harry prend conscience du pouvoir de la parole et de sa diffusion, c&rsquo;est-à-dire de la puissance des médias.</p>
<p>Jusqu&rsquo;à présent, la conception du monde qu&rsquo;avait Harry était simple et plutôt limitée. Il y avait les gentils (ses amis, les Wesley, Dumbledore et quelques professeurs) et les méchants (Voldemort et ses fidèles, les Malefoy, Rogue) ; le reste appartenait au quotidien de son école.</p>
<p><figure id="attachment_716" aria-describedby="caption-attachment-716" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-716" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-03.jpg" alt="" width="800" height="532" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-03.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-03-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-03-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-716" class="wp-caption-text">Dragon Malefoy, Neuville Longdubat, Hermione Granger et Vincent Crabbe</figcaption></figure></p>
<p>Certes, Harry avait déjà été témoin des manipulations de Dumbledore destinées à rétablir la justice lorsque le Ministre prenait une décision trop arbitraire, comme celles de virer ou de condamner Hagrid à la moindre occasion (l&rsquo;affaire de l&rsquo;hippogriffe dans <strong>Harry Potter et le Prisonier d&rsquo;Azkaban</strong>), mais l&rsquo;essentiel de l&rsquo;intrigue tournait autour des affaires de l&rsquo;école. Même Voldemort demeurait lié à Poudlard aux yeux de Harry qui avait eu l&rsquo;occasion de l&rsquo;apercevoir dans la Forêt Interdite, derrière la tête d&rsquo;un malheureux professeur ou dans une pièce secrète située dans les sous-sols.</p>
<p>Ainsi, dans <strong>Harry Potter à l&rsquo;Ecole des Sorciers</strong> et <strong>Harry Potter et la Chambre des Secrets</strong>, l&rsquo;action se déroulait presque exclusivement dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;école, lieu symbolisant le cocon de l&rsquo;enfance. Dans <strong>Harry Potter et le Prisonnier d&rsquo;Azkaban</strong>, le récit débutait à Azkaban avec l&rsquo;évasion de Sirius, un événement que Harry apprenait par les journaux et par son entourage. Par la suite, Sirius rejoignait Harry en s&rsquo;invitant à Poudlard sous son apparence de chien et la résolution de l&rsquo;histoire se déroulait à nouveau dans l&rsquo;école mais aussi dans ses environs.</p>
<p>Dans <strong>Harry Potter et la Coupe de Feu</strong>, le héros se voyait contraint de participer au Tournoi des Trois Sorciers, lequel se déroulait dans l&rsquo;enceinte ou aux alentours de Poudlard mais comptait également sur la participation des Sorciers et Sorcières venus de l&rsquo;étranger, une autre manière de faire évoluer la perception du monde du héros.</p>
<p><figure id="attachment_717" aria-describedby="caption-attachment-717" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-717" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-04.jpg" alt="" width="800" height="534" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-04.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-04-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-04-768x513.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-717" class="wp-caption-text">La famille Weasley fait partie de la Dumbledore&rsquo;s Army</figcaption></figure></p>
<p><strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong> poursuit dans cette voie, celle d&rsquo;élargir l&rsquo;univers géographique et perceptif de Harry. Au cours de l&rsquo;histoire, l&rsquo;adolescent visite le quartier général de l&rsquo;Ordre du Phénix, se rend au Ministère de la Magie avec Mr Wesley puis avec ses amis. Dans le roman, il découvre même Ste Mangouste, l&rsquo;hôpital des Sorciers.</p>
<p>Ce déplacement géographique d&rsquo;une partie de l&rsquo;intrigue est certes associé à une prise de liberté mais aussi à une perte de contrôle. Lorsque Harry est assailli d&rsquo;une vision dévoilant l&rsquo;agression de Mr Wesley au Département des Mystères, il est obligé d&rsquo;en référer aux professeurs pour intervenir, ce qui entraîne un sentiment de frustration et de culpabilité. Son emprise sur le monde est donc limitée. Le climax du film se déroule enfin pour la première fois dans un lieu échappant au champ d&rsquo;action de Dumbledore même si celui-ci vient finalement prêter main forte à Harry et ses amis.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-726" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-13.jpg" alt="Daniel Radcliffe" width="1000" height="667" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-13.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-13-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-13-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Dans le roman, on relèvera par ailleurs l&rsquo;utilisation presque exclusive par l&rsquo;auteure du principe de focalisation interne sur Harry jusqu&rsquo;au cinquième tome. En d&rsquo;autres termes, jusqu&rsquo;à présent, seuls les événements dont il est témoin étaient relatés à travers son seul point de vue. J.K. Rowling rompt clairement avec ce principe au début du sixième tome où elle va jusqu&rsquo;à adopter le point de vue d&rsquo;un Moldu, preuve que l&rsquo;action échappe à présent bel et bien à l&#8217;emprise et à la perception du héros qui se retrouve bel et bien immergé dans le monde des adultes.</p>
<h2><strong>III &#8211; L&rsquo;engagement de Harry</strong></h2>
<p>Dans <strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong>, l&rsquo;univers du jeune Sorcier ne s&rsquo;élargit pas seulement géographiquement mais aussi idéologiquement. Les manipulations de Cornelius Fudge obligent Harry à entrer brutalement dans le monde des adultes dès le tout début de l&rsquo;épisode lorsqu&rsquo;il est convoqué au Ministère pour assister à une audience devant le Magenmagot pour avoir utilisé la magie illégalement dans le monde des Moldus. Fort heureusement, il se voit in extremis innocenté par Dumbledore.</p>
<p>Contournant les magouilles de Fudge, le directeur de Poudlard parvient en effet à prouver que le garçon agissait dans un état de légitime défense. Déjà, Harry a un aperçu de la corruption qui mine le Ministère &#8211; un thème qui sera développé par la suite. Mais à son retour à Poudlard, un événement aussi brutal qu&rsquo;imprévu bouleverse la vie du jeune sorcier et celle de toute l&rsquo;école. Il s&rsquo;agit bien entendu de l&rsquo;arrivée de Dolores Ombrage, imposée par le Ministère de la Magie comme professeur de Défense Contre les Forces du Mal.</p>
<p><figure id="attachment_723" aria-describedby="caption-attachment-723" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-723" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-10.jpg" alt="" width="800" height="663" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-10.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-10-300x249.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-10-768x636.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-723" class="wp-caption-text">Dolores Ombrage</figcaption></figure></p>
<p>Comme le souligne Hermione dès la cérémonie d&rsquo;ouverture (dans le film comme dans le livre), l&rsquo;arrivée d&rsquo;Ombrage signifie <i>« que le ministère a décidé d&rsquo;intervenir dans les affaires de Poudlard »</i>. Autrement dit, que le monde politique intervient dans celui de l&rsquo;éducation. Un facteur supplémentaire susceptible de précipiter le passage à l&rsquo;âge adulte de Harry (et de ses amis).</p>
<p>Dans le seul but d&rsquo;évincer Dumbledore, le Ministre Fudge confie un pouvoir sans borne à Dolores Ombrage qui amorce dès son arrivée une impressionnante montée en force en imposant décret sur décret. Les mécanismes utilisés par Ombrage pour son ascension évoquent celles des dictatures communistes : espionnage, interdiction de monter une association sans l&rsquo;aval de la Grande Inquisitrice, confiscation des biens (les balais, par exemple), abus de pouvoir, etc.</p>
<p><figure id="attachment_715" aria-describedby="caption-attachment-715" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-715" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-02.jpg" alt="" width="1000" height="541" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-02-300x162.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-02-768x415.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><figcaption id="caption-attachment-715" class="wp-caption-text">Harry Potter et Drago Malefoy</figcaption></figure></p>
<p>La formation d&rsquo;une Brigade Inquisitoriale et l&rsquo;incitation à la délation évoque bien entendu les jeunesses communistes mais aussi les jeunesses hitlériennes. Justement, la Brigade Inquisitoriale d&rsquo;Ombrage se compose principalement d&rsquo;élèves de Serpentard, maison dont la philosophie est d&rsquo;<i>« enseigner aux descendants des plus nobles lignées »</i>. Les « nobles lignées » dont il est question désignent les familles et les plus aisées (d&rsquo;où les moqueries des Malefoy vis-à-vis de la condition sociale des Wesley) mais aussi les « Sang-purs ».</p>
<p>Rappelons que le héros entend pour la première fois son amie Hermione se faire traiter de « Sang-de-bourbe » dans <strong>Harry Potter et la Chambre des Secrets</strong>, second opus de la saga. A l&rsquo;époque, il n&rsquo;a pas réellement conscience des implications d&rsquo;une telle insulte. Il ne connaît pas le but des Mangemorts tels que Malefoy (père) qui est de prôner l&rsquo;émergence d&rsquo;une « race supérieure ». Harry découvre à présent que ces idéologies douteuses trouvent un écho alarmant chez les personnes les plus influentes du Ministère &#8211; les sixième et septième tomes viendront développer cette thématique puisque Voldemort s&rsquo;impose comme un Hitler en puissance.</p>
<p><figure id="attachment_722" aria-describedby="caption-attachment-722" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-722" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-09.jpg" alt="" width="1000" height="603" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-09.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-09-300x181.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-09-768x463.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><figcaption id="caption-attachment-722" class="wp-caption-text">Harry et Dumbledore</figcaption></figure></p>
<p>Au début du cinquième opus, Harry Potter fait la connaissance des membres de l&rsquo;Ordre du Phénix, une organisation secrète fondée par Dumbledore et dont le but est de contrecarrer les agissements de Voldemort. <strong>L&rsquo;Ordre du Phénix</strong> ne peut que rester dans l&rsquo;ombre puisque Cornelius Fudge refuse de reconnaître le retour du Mage Noir.</p>
<p>Considérés comme trop jeunes pour intégrer l&rsquo;Ordre, Harry et ses amis (Ron, les jumeaux Fred et George, Ginny et Hermione) se voient obligés d&rsquo;écouter aux portes. Frustré de ne pouvoir s&rsquo;imposer dans le monde des adultes, Harry entre en action à Poudlard en montant l&rsquo;A.D. ou « Armée de Dumbledore », afin de former ses amis aux sortilèges basiques de Défense Contre les Forces du Mal.</p>
<p>Cette initiative quelque peu naïve est non seulement inspirée par la crainte de Voldemort mais aussi par les agissements d&rsquo;Ombrage qui maltraite les élèves et leur interdit toute utilisation de la Magie. Dans la Salle sur Demande, pièce secrète qui n&rsquo;apparaît que si l&rsquo;on en a réellement besoin, les membres de l&rsquo;A.D. s&rsquo;entraînent chaque semaine aux sortilèges de défense tels que <i>Stupefix</i> ou <i>Protego</i>, et apprennent à former des Patronus afin de contrer les Détraqueurs.</p>
<p><figure id="attachment_733" aria-describedby="caption-attachment-733" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-733" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-20.jpg" alt="" width="800" height="1200" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-20.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-20-200x300.jpg 200w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-20-683x1024.jpg 683w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-20-768x1152.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-733" class="wp-caption-text">Scène de baiser entre Ginny et Harry</figcaption></figure></p>
<p>En plus de réagir à l&rsquo;oppression exercée par Ombrage, Harry s&rsquo;improvise enseignant et il s&rsquo;en sort plutôt bien. Mieux, il met ses expériences les plus sombres – ses contacts avec les Détraqueurs, par exemple – au service de son enseignement, développant par là même une forme de résilience. D&rsquo;autre part, Harry permet ainsi aux talents cachés de certains de ses amis (Neville, Ginny) de se révéler enfin. Et à Hermione de prononcer le nom de Voldemort, ce qui constitue un grand pas en avant. Si au final Harry tombe dans un piège tendu par Voldemort en se rendant au Ministère, son enseignement s&rsquo;avère être un fier succès puisque ses amis parviennent à tenir tête aux Mangemorts.</p>
<p>Au passage, l&rsquo;expérience permet aussi à l&rsquo;adolescent de gagner une nouvelle assurance qu&rsquo;il met à l&rsquo;oeuvre auprès de la gent féminine. La première intéressée est bien entendu Cho Chang. Bouleversée par la mort de Cédric Diggory, celle-ci n&rsquo;en nourrit pas moins un certain intérêt pour Harry et se joint à l&rsquo;A.D. Quelques regards embarrassés plus tard, ils échangent un premier baiser…</p>
<h2><strong>IV &#8211; A la recherche d&rsquo;une figure paternelle</strong></h2>
<p>Dans <strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong>, Harry souffre beaucoup de ne pas communiquer avec Dumbledore qui semble mystérieusement éviter tout contact. Pourtant, Harry n&rsquo;a jamais prouvé à ce point sa loyauté envers le directeur de Poudlard. Rappelons que dans <strong>Harry Potter et la Chambre des Secrets</strong>, le phénix Fumseck avait déjà reconnu cette loyauté infaillible en intervenant dans son combat contre le Basilic &#8211; seuls les élèves loyaux envers l&rsquo;école peuvent utiliser l&rsquo;épée de Gryffundor.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-730" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-17.jpg" alt="" width="1000" height="666" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-17.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-17-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-17-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Pourtant, Dumbledore semble à présent éviter le garçon, allant jusqu&rsquo;à fuir son regard. Au lieu de s&rsquo;en remettre à la sagesse du vieux Mage comme il l&rsquo;aurait fait les années précédentes, Harry se laisse envahir par la colère face à ce qu&rsquo;il vit comme une injustice. Pour la première fois, Harry a l&rsquo;impression de se retrouver livré à lui-même.</p>
<p>Si Harry cherche depuis sa toute première année à Poudlard à cerner le genre d&rsquo;homme qu&rsquo;était son père, c&rsquo;est avant tout Albus Dumbledore qui s&rsquo;est imposé comme la figure paternelle et tutélaire par excellence tout au long des quatre années précédentes. Jusqu&rsquo;au quatrième opus, <strong>Harry Potter et la Coupe de F</strong><strong>e</strong><strong>u</strong>, Dumbledore est l&rsquo;unique détenteur de la sagesse, de la parole et du savoir ultime aux yeux de Harry. Le garçon voue au directeur une vénération sans borne, ce qui n&rsquo;a rien d&rsquo;étonnant compte tenu de son vécu, notamment de l&rsquo;absence de parents aimants dans sa vie d&rsquo;enfant.</p>
<p>Pourtant, cette figure rassurante se voit largement mise à mal au cours du cinquième opus/tome. Bien sûr, l&rsquo;adolescence et le besoin de mettre en cause l&rsquo;autorité qui va avec n&rsquo;y sont pas pour rien. Pourtant, il semblerait que l&rsquo;enjeu soit plus profond.</p>
<p><figure id="attachment_724" aria-describedby="caption-attachment-724" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-724" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-11.jpg" alt="" width="800" height="533" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-11.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-11-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-11-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-724" class="wp-caption-text">Cedric Diggory et Harry Potter</figcaption></figure></p>
<p>Dès le début du cinquième tome, Harry ne digère pas sa mise l&rsquo;écart suite à la mort de Cédric Diggory. Caché par Dumbledore – une juste initiative, comme en témoigne l&rsquo;agression des Détraqueurs –, il se sent surprotégé et frustré de ne pouvoir s&rsquo;engager dans une cause qu&rsquo;il estime être aussi la sienne. Pour la première fois, un début de révolte contre le tout puissant Dumbledore prend naissance dans la tête de notre Harry.</p>
<p>Or les événements qui suivent viennent justement prouver que Dumbledore n&rsquo;est pas aussi invincible que le jeune garçon le croyait : il s&rsquo;avère en effet que Dumbledore peut se faire destituer de ses fonctions de directeur en un clin d&rsquo;œil. Obligé de fuir (avec style, certes, comme le souligne Kingsley Shacklebolt), le vieux sorcier est véritablement poussé dehors par Ombrage qui prend la tête de l&rsquo;école, soit de l&rsquo;univers censé représenter une certaine sécurité pour Harry. Même s&rsquo;il a conscience de la volonté de Dumbledore de le couvrir, lui et ses amis membres de l&rsquo;A.D., Harry se sent en quelque sorte trahi par cette fuite.</p>
<p>Dans le roman, la révolte de Harry contre Dumbledore va jusqu&rsquo;à faire monter en lui des envies de frapper le vieil homme, une pulsion de violence qu&rsquo;il faut bien évidemment relier à l&#8217;emprise que Voldemort exerce sur l&rsquo;adolescent, mais qui vient tout de même témoigner d&rsquo;un bouleversement dans leur relation. Lors de l&rsquo;entretien marquant la fin de ce cinquième tome, Harry finira par littéralement par tout casser dans le bureau du directeur.</p>
<p><figure id="attachment_719" aria-describedby="caption-attachment-719" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-719" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-06.jpg" alt="" width="800" height="533" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-06.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-06-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-06-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-719" class="wp-caption-text">Sirius Black et Harry Potter</figcaption></figure></p>
<p>Un autre homme peut être assimilé à une figure paternelle potentielle. Il s&rsquo;agit bien entendu de Sirius Black, celui qui fut le meilleur ami de James Potter et qui fut choisi comme parrain pour Harry. La position de Black s&rsquo;avère toutefois plus ambiguë que celle de Dumbledore dans la mesure où il assure à la fois le rôle de tuteur et de grand frère pour Harry, une relation fort bien retranscrite dans le film à travers leurs quelques échanges. Sirius y apparaît cependant plus raisonnable et moins immature que dans le roman.</p>
<p>En effet, dans l&rsquo;oeuvre de J.K. Rowling, Sirius encourage constamment d&rsquo;inciter Harry à enfreindre les règles sans toujours se rendre compte des dangers encourus. Ses conseils lui sont cependant bénéfiques puisqu&rsquo;il incite Harry à prendre confiance en lui, à l&rsquo;instar de Rémus Lupin, professeur de Défense Contre les Forces du Mal dans le 3ème opus, qui recevait les confidences de Harry en qualité d&rsquo;ami de James Potter dans le passé.</p>
<p>Il semble pourtant que les « oncles » de Harry soient destinés à se tenir éloignés de lui, entre Sirius qui se voit contraint de fuir puisqu&rsquo;il est considéré comme un hors-la-loi, et Rémus Lupin qui se retrouve obligé de quitter son poste de professeur lorsque sa condition de loup-garou est exposée au public (on peut voir cette « maladie » comme une allusion au Sida).</p>
<p>Dans le cinquième opus, alors que Harry s&rsquo;est considérablement rapproché de Sirius, celui-ci connaît une fin tragique en passant de l&rsquo;autre côté de l&rsquo;Arcade, dans la Salle de la Mort : privé de celui qu&rsquo;il voit comme sa seule famille, Harry se retrouve à nouveau orphelin.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-731" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-18.jpg" alt="" width="1000" height="603" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-18.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-18-300x181.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-18-768x463.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Pour couronner le tout, Harry découvre au cours de ses séances d&rsquo;occlumancie prodiguées par Rogue que son véritable père était loin d&rsquo;être un saint. Le souvenir qu&rsquo;il parvient à découvrir dans l&rsquo;esprit du professeur révèle James Potter au même âge, accompagné de ses amis – Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrew – et se livrant à une petite séance de brimades envers le jeune Rogue. Habitué à la condition de bouc émissaire, Harry s&rsquo;identifie immédiatement à Rogue, et cela en dépit de leur légendaire hostilité mutuelle.</p>
<p>Avec cette révélation, un autre mythe s&rsquo;effondre aux yeux de Harry, celui d&rsquo;un père idyllique et sans défaut. De quoi lui faire perdre définitivement ses repères puisque toutes les personnes ayant connu James Potter ne cessent de lui rappeler à quel point le père et le fils se ressemblent (même apparence, même talent d&rsquo;attrapeur au Quidditch, même tendance à agir au mépris des règles, etc.).</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-732" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-19.jpg" alt="" width="800" height="333" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-19.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-19-300x125.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-19-768x320.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><br />
Face à cette triple destruction de l&rsquo;image paternelle – Dumbledore n&rsquo;est plus l&rsquo;homme tout puissant qu&rsquo;il s&rsquo;imaginait, Sirius Black le quitte, James Potter n&rsquo;est plus le modèle idéal –, l&rsquo;image de la mère reste intacte. Une aura de pureté entoure toujours Lily Potter, la femme qui a sacrifié sa vie pour protéger son enfant. Car le pouvoir dont parle la Prophétie que Harry découvre à la fin de l&rsquo;aventure, c&rsquo;est bel et bien l&rsquo;amour de sa mère, un amour pur et intouchable que même Voldemort ne peut entacher.</p>
<p>On ne peut s&#8217;empêcher de penser à un complexe oedipien, une interprétation encore plus pertinente à la lecture du roman dans lequel les souvenirs de Rogue sont décrits plus longuement et font intervenir Lily, amenant Harry à se demander si son père n&rsquo;a pas forcé sa mère à l&rsquo;épouser (avec tout ce que cela implique). Dans le roman, le garçon parvient à obtenir un semblant d&rsquo;explication de la part de Black et de Lupin, mais le mal est déjà fait.</p>
<p>(Update) : La suite de l&rsquo;histoire confirmera ces soupçons sur le complexe d&rsquo;Oedipe de Harry : Lily ne sera dévoilée à son fils qu&rsquo;à travers les souvenirs de Rogue qui était justement amoureux d&rsquo;elle ! A ce titre, Rogue fait bel et bien partie des figures paternelles potentielles de Harry. Véritable « père fouettard », Rogue est l&rsquo;homme qui sévit lorsque Harry franchit les limites et brise les règles, ce que ni Dumbledore ni Sirius ne parviennent à faire. En lui infligeant des punitions, même si certaines sont injustes, Rogue donne à Harry un cadre à respecter, ce qui est indispensable pour le faire évoluer et lui permettre de passer à l&rsquo;âge adulte. (Fin de l&rsquo;update)</p>
<h2><strong>V &#8211; Potter vs Voldemort : un combat multidimensionnel</strong></h2>
<p>Si Harry Potter et Voldemort semblent s&rsquo;opposer sur tous les plans, de nombreux aspects les rapprochent, au point de les faire passer pour des jumeaux.</p>
<p>Rappel des faits. Dans <strong>Harry Potter à l&rsquo;Ecole des Sorciers</strong>, le sorcier Ollivander, fabriquant et vendeur de baguettes magiques, révélait au héros un détail intéressant sur l&rsquo;objet qui allait l&rsquo;accompagner pendant des années : la plume de phénix utilisée pour fabriquer sa baguette provient d&rsquo;un phénix ayant fourni une seule et unique plume auparavant, en l&rsquo;occurrence à l&rsquo;homme auquel Harry doit sa cicatrice. On le devinait très vite : ce phénix était bien sûr Fumseck, le fidèle ami de Dumbledore.</p>
<p><figure id="attachment_721" aria-describedby="caption-attachment-721" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-721" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-08.jpg" alt="" width="800" height="482" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-08.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-08-300x181.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-08-768x463.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-721" class="wp-caption-text">Harry Potter parle le Fourchelangue</figcaption></figure></p>
<p>Dans <strong>Harry Potter et la Chambre des Secrets</strong>, on découvrait la capacité de Harry à parler et à comprendre le Fourchelang, la langue des serpents, une qualité que possède aussi Voldemort. Harry s&rsquo;était alors souvenu d&rsquo;une chose dont il avait fait part à Dumbledore : lors de son arrivée à Poudlard en première année, le Choixpeau avait été tenté de l&rsquo;envoyer chez les Serpentards, mais face à l&rsquo;angoisse de Harry, il avait finalement opté pour Gryffundor. Dumbledore avait conclu l&rsquo;anecdote de la manière suivante : l&rsquo;élément déterminant n&rsquo;était pas la nature de Harry mais le choix de vie qu&rsquo;il avait fait.</p>
<p>L&rsquo;autre lien majeur lien entre Harry et Voldemort s&rsquo;exprimait lors de la résurrection de ce dernier dans <strong>Harry Potter et la Coupe de Feu</strong>, au moyen du sang du héros. Voldemort avait déjà marqué Harry au corps des années auparavant, en dessinant cette fameuse cicatrice en forme d&rsquo;éclair son front. A son tour, Harry marquait Voldemort en lui offrant &#8211; contre sa volonté &#8211; son propre sang. Le lien qui unit Harry et Voldemort prenait alors un caractère organique.</p>
<p><strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong> va encore plus loin puisque ce lien devient spirituel. L&rsquo;épisode précédent révélait déjà chez Harry la capacité à entrer en contact avec l&rsquo;esprit de Voldemort. Le garçon avait en effet compris que celui-ci préparait son retour en utilisant un allié qui s&rsquo;était avéré être Barty Croupton Jr (déguisé en Maugrey Fol d&rsquo;œil).</p>
<p>Cette fois, le Mage Noir réalise l&rsquo;existence de cette connexion entre leurs esprits et décide d&rsquo;utiliser pour tendre un piège à Harry. Ainsi, il lui fait croire qu&rsquo;il détient Sirius Black en otage pour le faire venir au Ministère de la Magie. Encore trop inexpérimenté pour distinguer un rêve d&rsquo;une illusion créée par l&rsquo;ennemi, le jeune sorcier tombe bien évidemment dans le panneau. Autant dire que les cours d&rsquo;Occlumencie donnés par Rogue ont été complètement inefficace ! Il faut dire que Harry a fait preuve d&rsquo;une totale mauvaise volonté.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-720" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-07.jpg" alt="" width="1000" height="667" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-07.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-07-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-07-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Dans le final, l&rsquo;affrontement du clan de Harry contre les Mangemorts se solde par une brève prise de contrôle total du jeune garçon par le sombre Mage. Possédé, Harry doit lutter intérieurement. Dans le roman, ce passage est avant tout mis au service du duel entre Voldemort et Dumbledore. Dans le film, le réalisateur réinterprète légèrement la scène en l&rsquo;abordant du point de vue de Harry, ce qui s&rsquo;avère être une très bonne idée. La lutte qui se joue dans son esprit se traduit par un défilé d&rsquo;images fortes réintégrant Voldemort dans les souvenirs-même du garçon. On découvre notamment notre héros se regardant dans le miroir et apercevant Voldemort à sa place, comme s&rsquo;il avait toujours été à ses côtés voire à sa place.</p>
<p>La confusion qui s&rsquo;opère entre les deux personnages suggère qu&rsquo;il s&rsquo;agit de deux parties du même être, l&rsquo;ombre et la lumière en perpétuel affrontement. On peut aussi voir ce conflit comme un prolongement de la problématique oedipienne évoquée précédemment, Voldemort apparaissant dans ce cas non plus comme un jumeau mais comme un père étouffant et castrateur dont Harry doit se défaire s&rsquo;il veut continuer à vivre.</p>
<p>(Update) Cette confusion trouvera son explication finale dans le septième tome, où l&rsquo;on apprendra que Harry est lui-même un horcruxe de Voldemort, c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;il porte en lui une partie de l&rsquo;âme de terrible sorcier. Cette explication ne vient cependant nullement remettre en question nos suppositions, à savoir la symbolique du père castrateur à abattre. (Fin de l&rsquo;update).</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-728" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-15.jpg" alt="" width="800" height="340" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-15.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-15-300x128.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/harry-potter-evolution-15-768x326.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><br />
Avec sa fin désespérée, <strong>Harry Potter et l&rsquo;Ordre du Phénix</strong> donne l&rsquo;impression, au premier abord, que l&rsquo;intrigue n&rsquo;a guère fait évoluer le personnage. Pourtant, les thématiques globales et individuelles s&rsquo;affirment plus que jamais dans ce cinquième opus qui permet à l&rsquo;histoire de prendre un nouveau tournant. Le conflit qui oppose Harry à Voldemort devient plus explicite grâce à la Prophétie faire par Trelawney des années auparavant : Harry devra tuer ou être tué. Il n&rsquo;y va plus seulement de sa survie physique mais aussi de son équilibre psychique.</p>
<p>En d&rsquo;autres termes, cette guerre prend aussi la forme d&rsquo;un combat intérieur. Le nouvel enjeu pour Harry Potter est de parvenir à prendre son envol et à devenir adulte, ce qui ne pourra se faire que s&rsquo;il parvient à se détacher de l&#8217;emprise de ses deux pères spirituels, Dumbledore et Voldemort (le phénix et le serpent), l&rsquo;un tenant trop à lui et l&rsquo;autre visant à sa destruction. Tel un papillon sortant de sa chrysalide, Harry devra devenir un homme.</p>
<p>Les implications seront majeures : l&rsquo;issue du combat affectera non seulement la vie de Harry et de son entourage mais aussi l&rsquo;univers des Sorciers tout entier, sur le plan politique notamment, voire celui des Moldus comme le démontrera le premier chapitre du tome 6, dans lequel le Premier Ministre de Grande Bretagne sera mis au courant de l&rsquo;affaire&#8230;</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<blockquote><p><strong>A LIRE</strong></p>
<p><a href="https://lesecransdelodie.com/stranger-things-s3-analyse/"><strong>Stranger Things 3 : interprétation de l&rsquo;histoire</strong></a></p></blockquote>
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		<title>Death Note : toutes les adaptations à la loupe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Oct 2020 10:01:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Films, série animée, j-drama, comédies musicales, jeux vidéos&#8230; Nous avons répertorié toutes les adaptations de Death Note ! L’œuvre culte de Tsugumi Oba et Takeshi Obata est devenue un incontournable de la culture pop japonaise et n&#8217;a décidément pas fini de faire parler d&#8217;elle, comme le démontre la sortie de la série TV Death Note&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Films, série animée, j-drama, comédies musicales, jeux vidéos&#8230; Nous avons répertorié toutes les adaptations de Death Note !</strong></p>
<p>L’œuvre culte de Tsugumi Oba et Takeshi Obata est devenue un incontournable de la culture pop japonaise et n&rsquo;a décidément pas fini de faire parler d&rsquo;elle, comme le démontre la sortie de la série TV <strong>Death Note</strong> (2015), mais aussi une comédie musicale avec le chanteur de K-pop Kim Junsu. Quelles sont les adaptations à voir absolument dans le large panel qui nous est offert ? Vous trouverez peut-être la réponse dans ce dossier.</p>
<blockquote><p><em>L’être humain dont le nom est écrit dans ce cahier meurt</em></p></blockquote>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-692" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02.jpg" alt="" width="1000" height="665" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<h2><strong>Death Note, le manga</strong></h2>
<p>A l’origine, <strong>Death Note</strong> est donc un manga dont le scénario est signé Tsugumi Oba et les dessins Takeshi Obata. Composé de 13 volumes, il est d’abord prépublié au Japon dans le magazine <em>Weekly Shônen Jump</em> entre décembre 2003 et mai 2006, puis édité en douze tomes par Shueisha. Il s’exporte par la suite dans un grand nombre de pays, parmi lesquels la France où il est disponible chez Kana.</p>
<p>Lorsque le cahier de la mort atterrit dans les mains de Light Yagami, un lycéen surdoué, une vague de morts mystérieuses s’abat d’abord sur la région du Kanto, au Japon, avant de s’étendre à travers le monde. Les victimes ? Des criminels récidivistes terrassés par une crise cardiaque. Celle-ci survient 40 secondes après que Light Yagami a écrit leur nom dans le Death Note.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-696" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-02.jpg" alt="" width="700" height="769" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-02.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-02-273x300.jpg 273w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /></p>
<p>Dégoûté par le monde qui l’entoure, qu’il juge gangréné par la corruption, le jeune homme fait sa propre justice pour combler les failles du système. Son but ? Créer un monde parfait dans lequel le Mal n’aura pas sa place. Mais n’est-il pas en train de se muer en monstre ? Bientôt, il s’aperçoit qu’il est adulé par la plupart des jeunes, qui le surnomment Kira (dérivé de la prononciation japonaise du mot anglais <em>killer</em>). Agissant en toute impunité contre les autorités, Light Yagami use de son pouvoir sous l’œil amusé de Ryuk, le dieu de la mort qui lui a confié ce cahier pour se distraire et dont seul le jeune homme perçoit la présence.</p>
<p>C’est alors qu’Interpol engage L, un mystérieux détective dont personne ne connaît la véritable identité et dont les capacités intellectuelles en font un adversaire de taille pour Light Yagami… Les deux jeunes hommes vont se livrer à un duel sans merci. Le vainqueur sera le premier à découvrir l’identité de l’autre…</p>
<blockquote><p><em>Dès lors que le Death Note tombe dans le monde des humains, il appartient à celui qui le trouve.</em></p></blockquote>
<p>Mêlant les genres du fantastique, de l’horreur et du thriller aux accents philosophiques, <strong>Death Note</strong> joue sur un scénario très dense, un découpage percutant et un graphisme soigné sans être tape-à-l’œil.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-695" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-01.jpg" alt="" width="640" height="496" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-01.jpg 640w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-01-300x233.jpg 300w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p>A travers les personnages de Light et L, <strong>Death Note</strong> confronte deux conceptions différentes de la justice : l’un prétend incarner une sorte de justice divine, tandis que l’autre croit en la justice humaine. A l’époque où le manga arrive dans nos contrées, certains y voient une allusion à l’obsession sécuritaire post-11 septembre. Aujourd’hui, avec la montée des fanatismes de tous bord, on peut dire que l’opposition entre Light et L est toujours d’actualité et qu’elle n’a pas fini de questionner nos propres convictions en matière de Liberté et de frontière entre le Bien et le Mal.</p>
<p>Mais <strong>Death Note</strong> est aussi l’histoire de la naissance d’un monstre, tout simplement, et le fait que ce monstre soit un adolescent en fait une œuvre particulièrement dérangeante. Le manga innove en faisant de ce monstre son personnage principal, dont il adopte le point de vue.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-697" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-03.jpg" alt="" width="950" height="594" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-03.jpg 950w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-03-300x188.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-manga-03-768x480.jpg 768w" sizes="(max-width: 950px) 100vw, 950px" /></p>
<p>Voir dans ce choix narratif une forme de promotion de la violence auprès des jeunes serait une erreur. En effet, en exerçant son pouvoir, Light se coupe de tous liens affectifs possibles et se condamne à une éternelle souffrance. Toutefois, ce n’est pas pour rien si le personnage rencontre un grand succès : son cynisme fait écho à l’absence d’idéaux des jeunes d’aujourd’hui, qui n’ont plus foi en le monde des adultes. Pour couronner le tout, le personnage féminin principal, une idole de J-pop surnommée Misa Misa, entre volontairement dans une relation de soumission totale avec Light, qu’elle finit par seconder dans sa quête criminelle&#8230;</p>
<p>Sombre, perturbant et diaboliquement intelligent, <strong>Death Note</strong> est un manga phare de ces dernières années. A cette portée idéologique, il faut ajouter une réelle habileté du scénariste à créer du suspense et nous passionner par le duel psychologique qui se joue entre les deux principaux protagonistes, et qui se traduit par des dialogues denses convoquant des notions de psychologie et de profiling.</p>
<blockquote><p><em>Une personne qui devient possesseur d&rsquo;un Death Note peut obtenir un œil de dieu de la mort, lui permettant de connaître le nom et la durée de vie restante de celui ou celle qu&rsquo;elle regarde, en échange de la moitié du temps qui lui reste à vivre.<br />
</em></p></blockquote>
<p>Très vite, <strong>Death Note</strong> engendre un véritable phénomène de société chez les jeunes du monde entier. Il est également à l’origine d’une polémique : son héros, Light Yagami, est un lycéen cynique qui se mue en meurtrier, ce qui vaut alors au manga d’être interdit dans certaines villes d’Asie, notamment en Chine, sous prétexte qu’il ferait la promotion de la mort auprès des jeunes.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-688" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-05.jpg" alt="" width="1000" height="661" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-05.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-05-300x198.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-05-768x508.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<h2><strong>Death Note, les films live</strong></h2>
<p>En 2006, deux longs métrages adaptés de <strong>Death Note</strong> voient le jour au Japon en même temps qu’une série animée, dont nous vous parlons un peu plus loin. Ces deux films cinéma, <strong>Death Note</strong> et sa suite <strong>Death Note: The Last Name</strong>, sont réalisés par Shusuke Kaneko, et seront suivis en 2008 par un spin off, <strong>L: Change the World</strong>, réalisé par Hideo Nakata. Commençons par les films de Shusuke Kaneko, car ce sont surtout eux qui méritent l’attention.</p>
<p>Produits par NTV et distribués par Warner Bros Pictures Japan, <strong>Death Note</strong> et <strong>Death Note: The Last Name</strong> sortent en France chez Kazé fin 2006. Ils constituent une adaptation fidèle, sans être littérale, du manga. Aidé d’un budget confortable, Shusuke Kaneko signe un thriller fantastique sombre et bien ficelé, qui évite les pièges de la surenchère et vaut aussi bien pour son efficacité que pour son traitement des thèmes de fond. <strong>Death Note</strong> et <strong>Death Note: The Last Name</strong> sont des films à la fois divertissants et dérangeants : les touches d’ironie du manga sont bien présentes, de même que les retournements de situation glaçants.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-687" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-04.jpg" alt="" width="1000" height="687" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-04.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-04-300x206.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-04-768x528.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Le changement le plus frappant demeure le final du second film. Selon la rumeur, ce final correspondrait à celui que les créateurs du manga avaient prévu au départ, avant que leur éditeur ne leur demande de prolonger l’histoire de cinq tomes.</p>
<blockquote><p><em>Dans le monde des humains, les possesseurs de Death Notes ne peuvent voir leurs dieux de la mort respectifs que s&rsquo;ils touchent le cahier de l&rsquo;autre.<br />
</em></p></blockquote>
<p>Light Yagami est interprété par Tatsuya Fujiwara (<a href="http://caroline-leroy.eklablog.com/critique-battle-royale-director-s-cut-a167834174" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Battle Royale</strong></a>) et L par Kenichi Matsuyama (<strong>La Ballade de l’impossible</strong>, <strong>Gantz</strong>). Si la personnalité de Light peut paraître adoucie au premier abord, on retrouve fidèlement son évolution monstrueuse à mesure qu’il est gagné par son délire de justice et de grandeur. Visiblement inspiré par son personnage, Tatsuya Fujiwara restitue la froideur inquiétante du personnage sans jamais sombrer dans la caricature. Après tout, le film adopte en grande partie son point de vue, ce qui signifie qu’il doit nous embarquer avec lui dans sa quête. L’interprétation de l’acteur est réussie puisqu’il parvient à susciter à la fois l’empathie et l’horreur, comme le personnage du manga.</p>
<p>Pour l’accompagner, la créature Ryuk est réalisée en images de synthèse et interprétée par Shido Nakamura (<strong>Lettre d’Iwo Jima</strong>, <strong>The Neighbor No. Thirteen</strong>), qui s’approprie à merveille ce personnage de dieu de la Mort de bouffon au look menaçant. Les effets spéciaux consistant à donner vie à Ryuk et Rem s&rsquo;avèrent plutôt réussis mais seront, comme nous le verrons par la suite, dépassés dans la série TV de 2015.</p>
<p>Misa Misa est quant à elle interprétée par l’excellente Erika Toda (<strong>Liar Game</strong>), qui réussit à restituer le mélange de noirceur et de candeur enfantine et un brin pathétique de son personnage.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-685" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-02.jpg" alt="" width="1000" height="667" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-02-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Mais la révélation est surtout Kenichi Matsuyama dans le rôle de L : on reste scotché par son travail de composition ! Il réussit l’impossible en imitant les attitudes et la gestuelle propres au mystérieux détective, et ce, avec le plus grand naturel ! L’incarnation est bluffante. Ce rôle a d’ailleurs propulsé Kenichi Matsuyama au sommet, au point que les producteurs ont tenté de prolonger le phénomène en dédiant un spin-off à son personnage.</p>
<p>Sorti au Japon en février 2008 et réalisé par Hideo Nakata (<strong>Ring</strong>), qui est habituellement une valeur sûre du cinéma, <strong>L: Change the World</strong> n’est malheureusement pas à la hauteur des attentes et déçoit sur tous les tableaux : scénario ridicule, réalisation sans saveur, acteurs secondaires lamentables (les méchants sont risibles)… Bref, oublions ce <strong>L: Change the World</strong> et restons-en aux deux films de Shusuke Kaneko !</p>
<blockquote><p><em>Si l&rsquo;on ne précise pas les circonstances de la mort, la cause par défaut est un arrêt cardiaque au bout de 40 secondes. Si l&rsquo;on commence à décrire la cause de la mort avant l&rsquo;expiration de ce délai, on obtient un délai supplémentaire de 6 minutes 40 secondes du monde des humains (soit dix fois la fenêtre de temps initiale de 40 secondes) pour en rédiger précisément les circonstances.</em></p></blockquote>
<p>En 2009, Warner Bros annonce avoir acquis les droits d’adaptation du manga pour les Etats-Unis. Le réalisateur Shane Black (<strong>Iron Man 3</strong>) est associé au film en 2011 mais celui-ci ne voit finalement pas le jour et le cinéaste se consacre à d’autres projets. Et c’est tant mieux car les changements annoncés ne suscitent pas l’enthousiasme : non seulement Ryuk y serait supprimé mais Light Yagami y poursuivrait une quête de vengeance et non de justice… Autant dire que les Américains n’ont rien compris au sens de l’histoire !</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-700" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-01.jpg" alt="" width="600" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-01.jpg 600w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-01-300x300.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-01-150x150.jpg 150w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></p>
<h2><strong>Death Note, la série animée</strong></h2>
<p>Lancée en même temps que les films, la série animée <strong>Death Note</strong> est signée Tetsuro Araki (<a href="http://caroline-leroy.eklablog.com/gungrave-saga-mafieuse-et-monstrueuse-a167858494" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Gungrave</strong></a>, <strong>L’Attaque des Titans</strong>) et produite au sein des studios Madhouse. Elle se décline en 37 épisodes diffusés sur NTV entre octobre 2006 et juin 2007. En France, elle est disponible en DVD chez Kana Home Vidéo.</p>
<p>A partir d’un scénario très cérébral, Tetsuro Araki délivre un récit tortueux et judicieusement teinté d’une atmosphère oppressante, voire inquiétante, faisant honneur à la noirceur du matériau d’origine. En plus de restituer avec une extrême fidélité l’intrigue du manga, la série animée <strong>Death Note</strong> joue habilement sur cette impression que Light se trouve constamment sur le fil du rasoir, ce qui rend le suspense de la série absolument palpitant, malgré un découpage moins rapide que dans la plupart des séries animées japonaises.</p>
<p>Le lecteur du manga pourra presque reprocher à l’anime de coller au matériau d’origine d’un peu trop près. Mais faut-il vraiment s’en plaindre compte tenu de la qualité du scénario ? D’autant que la mise en scène est loin d’être paresseuse : cadrages tortueux, esthétique cultivant les zones d’ombre, bande-son stressante aux accents mystiques&#8230; Utilisés dans les moments les plus inattendus, les chants grégoriens viennent souligner la rencontre contre nature qui s’opère via le Death Note entre les deux mondes, celui des humains et celui du shinigami Ryûk, figure tour à tour clownesque et funeste (et toujours jouée par le comédien Shido Nakamura). Une très belle adaptation.</p>
<blockquote><p><em>La personne qui touche le Death Note devient capable de voir et entendre l&rsquo;ancien propriétaire du cahier qu&rsquo;est le dieu de la Mort, même si elle n&rsquo;en est pas elle-même le nouveau propriétaire.<br />
</em></p></blockquote>
<h2><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-701" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-02.jpg" alt="" width="900" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-02-300x188.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-anime-02-768x480.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></h2>
<h2></h2>
<h2><strong>Death Note, le roman spin-off</strong></h2>
<p>Ecrit par Nisio Isin et publié le 1<sup>er</sup> août 2006, le roman <strong>Death Note Another Note: The Los Angeles BB Murder Cases</strong> s’attarde sur la première rencontre entre L et Naomi Misora, une jeune femme agent du FBI que l’on retrouve dans l’œuvre d’origine (elle vient venger son fiancé Ray Penber, tué par Kira). Outre l’affaire de crimes en elle-même, le roman s’intéresse au personnage de Naomi Misora ainsi qu’à l’orphelinat de Watari, dans lequel sont élevés des petits génies comme L. On retrouve ainsi Mello, un personnage qui interviendra dans les derniers tomes du manga <strong>Death Note</strong>.</p>
<p>Le roman <strong>Death Note Another Note: The Los Angeles BB Murder Cases</strong> est disponible en France chez Kana.</p>
<h2><strong>Death Note, le jeu vidéo</strong></h2>
<p>Sans surprise, <strong>Death Note</strong> se décline également en jeu vidéo. Développé et publié par Konami sur Nintendo DS, le premier jeu, <strong>Death Note Kira Game</strong>, sort dans les bacs le 15 février 2007 au Japon. Il s’agit d’un jeu de stratégie dans lequel le joueur se met dans la peau soit de Light Yagami, soit de L, pour deviner l’identité de ses ennemis. Deux séquelles voient le jour dans les mois qui suivent : <strong>Death Note Successors to L</strong> en juillet 2007 et <strong>L the Prologue to</strong> <strong>Death Note &#8211; Spiraling Trap</strong> en février 2008. Dans ce troisième opus, le joueur est dans la peau d’un agent rookie du FBI qui doit s’échapper d’un hôtel tout en étant en contact avec L, qui lui donne au fur et à mesure des indices…</p>
<p>A noter que des personnages de <strong>Death Note</strong> apparaissent aussi dans la franchise <strong>Jump Super Stars</strong> (Nintendo), qui regroupe plusieurs personnages de mangas à succès publiés chez <em>Weekly Shônen Jump</em>… Autant dire que <strong>Death Note</strong> fait déjà partie des indispensables de la culture pop japonaise !</p>
<blockquote><p><em>Le suicide est une cause valide de mort. Fondamentalement, c&rsquo;est une éventualité envisagée par tous les humains et qui, de ce fait, n&rsquo;entre pas dans les « actes impensables ».<br />
</em></p></blockquote>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-698" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-musical-01.jpg" alt="" width="700" height="927" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-musical-01.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-musical-01-227x300.jpg 227w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /></p>
<h2><strong>Death Note, la comédie musicale</strong></h2>
<p>Cette année, en 2015, le phénomène <strong>Death</strong> <strong>Note</strong> revient en force puisqu&rsquo;une nouvelle adaptation vient de voir le jour au Japon et en Corée du Sud, sous forme de&#8230; comédie musicale ! On ne se refuse rien.</p>
<p>Composée en langue anglaise par un talent de Broadway, Frank Wildhorn, l’œuvre est d’abord lancée au Japon par l’agence HoriPro et se joue entre le 6 et le 29 avril 2015, avec successivement Kenji Urai et Hayato Kakizawa dans le rôle de Light Yagami et Teppei Koike dans le rôle de L.</p>
<p>C’est surtout le casting sud-coréen qui fait parler de lui : si l’interprète de Light Yagami, Hong Kwang Ho, est surtout connu dans le monde de la comédie musicale, celui de L est une véritable star internationale. Il s’agit en effet de <a href="https://www.stellarsisters.com/dorian-gray-kim-junsu-dans-sa-derniere-comedie-musicale/">Kim Junsu</a>, alias Xia Junsu du groupe de K-pop JYJ, pour qui la comédie musicale représente aujourd’hui l’essentiel de ses activités solo, et qui a reçu d&rsquo;excellentes critiques sur sa prestation dans le rôle de L.</p>
<p>Le show s&rsquo;est joué entre le 11 juin et le 11 août 2015 en Corée du Sud.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-699" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-musical-02.jpg" alt="" width="1000" height="667" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-musical-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-musical-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-musical-02-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<blockquote><p><em>Si le Death note est volé et si son propriétaire est tué par le voleur, le droit de propriété est automatiquement transféré au voleur.</em></p></blockquote>
<h2><strong>Death Note, le drama</strong></h2>
<p>C’est tout nouveau, ça vient de sortir ! Réalisé par Ryuichi Inomata (<strong>Kaseifu no mita</strong>) et Ryo Nishimura, et écrit par Yoshihiro Izumi, le <a href="https://www.stellarsisters.com/death-note-2015-drama-critique/">drama <strong>Death Note</strong></a> s’étend sur 10 épisodes diffusés tous les dimanches sur NTV, depuis le 5 juillet 2015.</p>
<p>Pour l’instant, je n’ai vu que quatre épisodes, et si ce drama n’est pas exempt de quelques défauts, l’ensemble s’avère plutôt convaincant. L’idée de réaliser une série est bien plus intéressante que de rebooter les films, comme l’auraient fait les Américains : le format permet de s’étendre sur le développement des personnages et de les aborder sous un angle neuf. Cette fois, l’histoire a subi quelques modifications, et c’est une très bonne chose : il aurait été barbant de retrouver la trame à l’identique pour la énième fois, alors qu’il y a déjà eu tant d’adaptations.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-691" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-01.jpg" alt="" width="729" height="500" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-01.jpg 729w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-01-300x206.jpg 300w" sizes="(max-width: 729px) 100vw, 729px" /></p>
<p>Ce qui est intéressant, dans cette première partie du drama <strong>Death Note</strong>, c’est le regard porté sur Light Yagami : plutôt que de mettre l’emphase sur son arrogance, l’écriture, mais aussi l’interprétation habitée de Masataka Kubota (<strong>Fugainai Boku wa Sora o Mita</strong>), développent surtout l’extrême solitude du garçon, qui apparait comme un adolescent à la dérive. Du jour au lendemain, et alors qu’il ne communique plus avec son entourage, il se retrouve avec un pouvoir extraordinaire mais ô combien pervers entre les mains, celui de tuer d’un coup de crayon. Alors que fait-il ? Il fait ce que beaucoup d’ados feraient à sa place : il se renferme sur lui-même et devient accro. Autour de lui, personne ne s’aperçoit qu’il est en train de se muer en véritable psychopathe. Personne, à part Ryuk, qui l’observe ironiquement et parait encore plus grotesque et effrayant que dans les précédentes adaptations de <strong>Death Note</strong>.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-694" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-04.jpg" alt="" width="1000" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-04.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-04-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-04-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Une fois encore, le budget s’avère confortable, suffisamment en tout cas pour que les effets spéciaux passent à la vitesse supérieure : on le constate dès la première apparition de Ryuk, dont le rendu est pour ainsi dire assez stupéfiant, beaucoup plus abouti que dans les films. On reprochera tout de même au drama une mise en scène un peu inégale, qui alterne entre des scènes très soignées sur le plan de l’atmosphère, et d’autres plus impersonnelles. La musique n’y est pas pour rien : elle fait mouche dans les moments oppressants mais repose aussi en partie sur un thème principal assez insipide.</p>
<p>Au rang des défauts, on reprochera également une partie du casting secondaire, à commencer par l’interprète de Misa Misa, Sano Hinako (<strong>Jigoku Sensei Nube</strong>), qui est loin d’arriver à la cheville d’Erika Toda. Par ailleurs, les criminels intervenant au début de l’histoire sont parfois exaspérants à force d’être grotesques.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-693" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-03.jpg" alt="" width="1000" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-03.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-03-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-03-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>En revanche, le jeune Kento Yamazaki (<strong>L-DK</strong>, <strong>Runaway</strong>) relève très honorablement le défi de succéder à Kenichi Matsuyama dans le rôle de L. Et ce n’était pas gagné sachant à quel point ce dernier a marqué les esprits ! Moins excentrique que son prédécesseur, Kento Yamazaki parait un peu crispé dans les deux premiers épisodes mais prend rapidement de l’aisance et s’avère finalement assez charismatiue, livrant parfois des expressions de psychopathe assez réjouissantes. Son jeu reste moins élaboré que celui de Masataka Kubota mais il lui tient tête avec assurance.</p>
<p>En résumé, à défaut d’être la série de l’année, le drama <strong>Death Note</strong> vaut le coup d’œil aussi bien pour les novices que pour les initiés, qui prendront plaisir à redécouvrir les personnages sous un jour légèrement différent et apprécieront la noirceur du propos. Et puis, le drama a non seulement le bon goût de réactualiser l’univers du manga, notamment en faisant intervenir les réseaux sociaux, mais aussi de réserver deux surprises concernant des personnages secondaires… Je n’en dirai pas plus ! Allez, je vous lâche un indice : cela concerne les candidats à la succession de L…</p>
<p>Quelle sera la prochaine adaptation de <strong>Death Note</strong> ? En tout cas, celle-ci est prévue pour être diffusée <a href="http://www.ntv.co.jp/english/pressrelease/20150622.html">dans plus de 120 pays</a> via des plateformes web comme Crunchyroll, qui propose les épisodes du drama en streaming quelques jours après leur diffusion.</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2>BONUS : Death Note les films VS le drama</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Après le dossier récapitulant toute la panoplie des adaptations de <strong>Death Note</strong>, voici un petit comparatif entre la série de NTV et l&rsquo;adaptation live de Shusuke Kaneko. La confrontation se justifie pleinement : le drama vient corriger certains défauts des films sans pour autant les enterrer, ces derniers possédant des qualités spécifiques.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-689" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-jdrama-vs-films.jpg" alt="" width="720" height="340" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-jdrama-vs-films.jpg 720w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-jdrama-vs-films-300x142.jpg 300w" sizes="(max-width: 720px) 100vw, 720px" /></p>
<h3><strong>Les films Death Note et Death Note The Last Name (2006)<br />
</strong></h3>
<p>Films réalisés par Shusuke Kaneko, avec Tatsuya Fujiwara, Kenichi Matsuyama et Erika Toda.</p>
<h4><strong>LES PLUS :</strong></h4>
<ul>
<li>Le scénario est bien ficelé et très fidèle au manga, malgré une fin différente.</li>
<li>Le découpage du récit et de l’action est mieux équilibré que dans le drama.</li>
<li>La mise en scène est sobre mais travaillée tout du long.</li>
<li>La prestation de Kenichi Matsuyama, qui reproduit avec exactitude les mimiques du personnage de L dans le manga, est saisissante.</li>
<li>Dans le rôle de Light, Tatsuya Fujiwara apporte un ton différent au personnage, auquel il ne ressemble pas, mais brille dans les scènes théâtrales qui clôturent les deux films.</li>
<li>Le choix d’Erika Toda dans le rôle de Misa Amane est judicieux : l&rsquo;actrice apporte davantage de relief au personnage du manga.</li>
<li>La voix de Ryuk est interprétée par Shido Nakamura, et on adore !</li>
<li>L’ambiance sonore est plus soignée que dans le drama, avec des musiques discrètes mais efficaces, auxquelles il faut ajouter les titres de Red Hot Chili Pepper dans les génériques.</li>
</ul>
<h4><strong>LES MOINS :</strong></h4>
<ul>
<li>Faute de suffisamment de place pour les dialogues, le duel entre Light et L ne met pas suffisamment l’emphase sur le jeu de manipulation psychologique et la manière dont les personnages eux-mêmes le décortiquent ouvertement dans le manga.</li>
<li>Near et Mello sont zappés puisque la fin a été changée.</li>
<li>Le personnage ajouté de la journaliste, qui éradique sa rivale grâce au Death Note, est un peu caricatural.</li>
<li>On regrette l&rsquo;absence des hommes d&rsquo;affaires de la compagnie Yotsuba, qui participaient beaucoup à élaborer la critique sociale dans le manga.</li>
</ul>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-705" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-01.jpg" alt="" width="1000" height="667" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-01.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-films-01-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<h3><strong>Le j-drama Death Note (2015) </strong></h3>
<p>Réalisé par Ryuichi Inomata, Ryo Nishimura et Marie Iwasaki, avec Masataka Kubota, Kento Yamazaki et Sano Hinako.</p>
<h4><strong>LES PLUS :</strong></h4>
<ul>
<li>Le drama propose une vraie relecture de l&rsquo;univers du manga, en l&rsquo;actualisant avec les technologies modernes (réseaux sociaux, etc.).</li>
<li>La mise en scène fait des merveilles dans les scènes intimistes, permettant de détailler pas à pas tous les états d’âme les plus glauques de Light Yagami.</li>
<li>La psychologie des personnages est plus fouillée, en particulier celle de Light Yagami même s’il a subi quelques changements.</li>
<li>La tension psychologique entre Light et L est plus développée et plus fun, notamment grâce à une meilleure restitution des jeux de manipulations et des notions de profiling. Leur amitié manquée &#8211; avec sa connotation ambiguë &#8211; est davantage mise à l&rsquo;honneur.</li>
<li>Le choix d’acteur pour Light Yagami est judicieux : l&rsquo;acteur ressemble davantage au personnage et lui apporte plus d&rsquo;innocence au début du drama, pour en faire un personnage d&rsquo;une noirceur encore plus glaçante à l&rsquo;arrivée.</li>
<li>Joué par Kento Yamazaki, L apparait plus ambivalent et son cynisme ressort davantage.</li>
<li>L’actrice qui joue Near, Mio Yuki, a l’air d’une psychopathe ; le changement du personnage de Mello est osé mais c’est une excellente idée !</li>
<li>On retrouve les hommes d&rsquo;affaires de Yotsuba, ce qui permet de développer le propos sur la perte d&rsquo;idéaux de la jeunesse d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</li>
<li>Les dieux de la mort bénéficient d&rsquo;un rendu plus précis.</li>
</ul>
<h4><strong>LES MOINS :</strong></h4>
<ul>
<li>Le récit est un peu déséquilibré, avec notamment un premier acte qui s’étire en longueur. L&rsquo;intérêt est clairement de développer la psychologie de Light, mais il aurait fallu que la série soit plus longue.</li>
<li>La mise en scène manque d’envergure dans les scènes censées être spectaculaires (voir le passage avec Raye Penber).</li>
<li>L’actrice qui joue Misa, Sano Hinako, est très mauvaise.</li>
<li>L&rsquo;ex-agent Naomi Misora a disparu de la circulation.</li>
<li>L’acteur qui interprète M. Yagami, Yutaka Matsushige, est monolithique et crispé.</li>
<li>Le thème musical principal, qui revient lourdement à chaque épisode, est raté.</li>
<li>Le bruitage qui marque la mise à mort des criminels par le Death Note est identique à celui des films&#8230; NTV aurait pu renouveler un peu les effets sonores !</li>
</ul>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-692" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02.jpg" alt="" width="1000" height="665" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/death-note-2015-02-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
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		<title>Ne Coupez Pas ! : un film de zombies japonais dégénère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Oct 2020 15:44:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma asiatique]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques Ciné]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce film de zombies japonais n&#8217;est pas exactement ce que vous croyez et mérite franchement le détour pour son inventivité folle. Phénomène du box-office japonais, Ne Coupez Pas ! de Shinichiro Ueda fait partie de la programmation du Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2019. Loin de se résumer à une parodie de film d’horreur,&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Ce film de zombies japonais n&rsquo;est pas exactement ce que vous croyez et mérite franchement le détour pour son inventivité folle.</strong></p>
<p>Phénomène du box-office japonais,<strong> Ne Coupez Pas !</strong> de Shinichiro Ueda fait partie de la programmation du Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2019. Loin de se résumer à une parodie de film d’horreur, <strong>Ne Coupez Pas !</strong> nous a arraché fou rire sur fou rire et nous a épatées par son scénario et sa mise en scène, qui relèvent du coup de génie.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-584" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-02.jpg" alt="Le film Ne Coupez Pas!" width="900" height="506" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-02-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-02-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></p>
<p><u>Synopsis</u> : Une équipe de film décide de tourner un film de zombies dans un entrepôt désaffecté. Le défi est de taille : d’une durée de trente minutes, le film doit être réalisé en un seul plan-séquence ! Alors que les acteurs enchaînent les prises ratées, de véritables zombies font leur entrée en scène…</p>
<p>Le parcours du film <strong>Ne Coupez Pas !</strong> a de quoi faire rêver n’importe quel jeune réalisateur. Tourné avec un budget d’environ 27 000 euros, <strong>Ne Coupez Pas !</strong> (aka <strong>One Cut of the Dead</strong>) est un film d’étudiants en cinéma dont la première sortie a eu lieu en novembre 2017 dans une petite salle d’art et d’essai de Tokyo.</p>
<p>Grâce au bouche-à-oreille, le film a attiré l’attention d’une société de production, Asmik Ace Entertainment Inc., qui lui a permis de sortir dans 300 salles sur tout le territoire japonais, avant d&rsquo;être propulsé à l&rsquo;international par le biais des festivals.</p>
<p><strong>Ne Coupez Pas !</strong> était projeté au Festival Kinotayo 2019 juste après la cérémonie d’ouverture, qui s’est déroulée le 17 janvier 2019 à la Maison de la Culture du Japon à Paris (MCJP) et à laquelle nous avons eu la chance d&rsquo;assister.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-586" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-04.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-04.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-04-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-04-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
Si vous craignez de voir une énième parodie de film d’horreur, <strong>Ne Coupez Pas !</strong> risque de vous prendre par surprise.</p>
<p>La première partie nous immerge dans un entrepôt abandonné depuis la Seconde Guerre Mondiale, sur le tournage d’un film d’horreur à petit budget. L’équipe travaille dans une ambiance délétère : le réalisateur est à moitié fou, les techniciens paraissent peu convaincus et l’actrice principale vient de rater sa 42<sup>e</sup> prise…</p>
<p>L’action commence, ou presque, lorsqu’un authentique zombie sorti de nulle part s’attaque à un technicien, provoquant la panique chez les acteurs et le staff…</p>
<p>A grand renfort d’hémoglobine et de maquillages, les scènes gore s’enchaînent généreusement à l’écran, mêlant les vrais et les faux zombies, avant que la caméra ne prenne en chasse l’actrice principale dans sa course folle pour échapper aux monstres sanguinaires.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-585" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-03.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-03.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-03-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-03-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
Tournée en plan-séquence à la manière d’un reportage, cette première partie de trente minutes relève de la prouesse technique, mais ressemble tout de même à un beau nanar, avec son scénario grotesque et ses acteurs au jeu inégal.</p>
<p>Lorsque survient prématurément le générique de fin au bout d’une demi-heure, le spectateur comprend qu’il lui faudra regarder l’heure qui suit pour comprendre exactement le sens de ce qu’il a vu.</p>
<p>La suite nous emmène un mois plus tôt, au moment de la genèse du projet. C’est là que l’action commence véritablement et que le film révèle ses intentions, jusqu&rsquo;à la dernière demi-heure complètement dingue, dans laquelle la mise en scène dévoile tout son génie.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-583" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-01.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-01-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
Afin de ne pas gâcher le plaisir de la découverte à nos lecteurs, je n’en dirais pas trop sur les ressorts de cette dernière demi-heure, si ce n’est que les personnages sont sur le fil du rasoir et que l’enchainement épique des situations fait à la fois monter l’adrénaline et l’hilarité chez le spectateur.</p>
<p>On pourrait comparer la construction de <strong>Ne Coupez Pas !</strong> à un système de poupées russes. Le principe du film dans le film est exploité à différents niveaux, jusque dans la fiction que tournent les personnages. On reste bluffé par la complexité que représentent la conception et la mise au point d’un tel film, et finalement par l’audace de l’entreprise.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-588" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-06.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-06.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-06-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-06-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
Entre satire du monde du cinéma (et de la télévision !) et hommage vibrant aux films d’horreur à petits budgets, <strong>Ne Coupez Pas !</strong> nous fait vivre à un rythme effréné une succession de situations de tournage toutes plus drôles et chaotiques les unes que les autres.</p>
<p>Le film ne prend pas pour autant de haut le travail de ces réalisateurs et techniciens qui rivalisent de créativité pour pallier le manque de budget. Au passage, à l&rsquo;heure où le digital envahit les blockbusters, quel plaisir de revoir des effets spéciaux et des maquillages traditionnels !</p>
<p>Quant aux acteurs, la surprise est que le jeu inégal de certains relevé dans la première demi-heure faisait partie intégrante du film. Ils sont tous absolument excellents, de Takayuki Higurashi en réalisateur dont les nerfs sont mis à rude épreuve, à Harumi Syuhama dans le rôle de son épouse incontrôlable, en passant par les interprètes des techniciens tous plus ou moins barjos qui forment l’équipe (mention à Manabu Hosoi en directeur photo poivrot).</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-587" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-05.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-05.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-05-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/ne-coupez-pas-05-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
<strong>Ne Coupez Pas !</strong> est le film idéal pour une projection de festival : l’ambiance de la salle a vite tourné au fou rire collectif et nous avons bien profité du film !</p>
<p>Une seconde projection de <strong>Ne Coupez Pas !</strong> a eu lieu le 19 janvier à la MCJP, mais si vous êtes en région parisienne, il vous reste deux opportunités de le voir dans le cadre du festival Kinotayo 2019: le 25 janvier à 15h à la MCJP et le 1<sup>er</sup> février à 21h40 au Club de l’Étoile.</p>
<p>[UPDATE 27/01/19] <strong>Ne Coupez Pas !</strong> sortira en France le 27 mars 2019 chez Les Films de Tokyo. Vous pouvez aussi le voir en avant-première à Paris, Lyon, Chambéry et à Pau. La liste des séances se trouve sur le site Necoupezpas.com.</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<blockquote><p><strong>Lire aussi | <a href="https://lesecransdelodie.com/destiny-the-tale-of-kamakura-enigmes-et-fantomes-japonais/">Critique. Destiny: the Tale of Kamakura, avec Masato Sakai</a></strong></p></blockquote>
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		<title>Destiny: the Tale of Kamakura : énigmes et fantômes japonais</title>
		<link>https://lesecransdelodie.com/destiny-the-tale-of-kamakura-enigmes-et-fantomes-japonais/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Oct 2020 15:41:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma asiatique]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce film fantastique japonais avec Masato Sakai s&#8217;inspire du folklore local et a cartonné au box office japonais. Gros succès du box-office japonais, Destiny: The Tale of Kamakura était présenté au Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2019. Soutenu par des effets spéciaux épatants, Destiny: The Tale of Kamakura est un film original, drôle et&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Ce film fantastique japonais avec Masato Sakai s&rsquo;inspire du folklore local et a cartonné au box office japonais.<br />
</strong></p>
<p>Gros succès du box-office japonais, <strong>Destiny: The Tale of Kamakura</strong> était présenté au Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo 2019. Soutenu par des effets spéciaux épatants, <strong>Destiny: The Tale of Kamakura</strong> est un film original, drôle et enchanteur aux différents niveaux de lecture, qui doit son charme aussi bien à son univers insolite imprégné de folklore japonais, qu’à l’adorable duo d’acteurs formé par Masato Sakai et Mitsuki Takahata.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-577" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-06.jpg" alt="" width="980" height="551" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-06.jpg 980w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-06-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-06-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 980px) 100vw, 980px" /><br />
<u>Synopsis</u> : Après avoir épousé l’écrivain à succès Masakazu Isshiki, auteur de romans à mystères, la jeune Akiko emménage avec lui dans une ancienne demeure familiale située à Kamakura. Elle réalise bientôt que la ville est peuplée d’esprits, de yôkais et autres créatures surnaturelles. Parviendra-t-elle à s’adapter à ce monde étrange ?</p>
<p>Nous avons eu le plaisir de découvrir <strong>Destiny: The Tale of Kamakura</strong> au festival Kinotayo 2019. La projection était précédée d’une interview vidéo de Takashi Yamazaki (<strong>Always: Sunset on Third Street</strong>, <strong>Parasyte</strong>), réalisateur et scénariste du film. Ce dernier nous a ainsi révélé ce qui l’avait séduit dans l’univers du manga <strong>Kamakura Monogatari</strong> de Ryohei Saigan, auteur dont il a déjà adapté d’autres œuvres.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-575" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-04.jpg" alt="" width="900" height="592" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-04.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-04-300x197.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-04-768x505.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
<strong>Destiny: The Tale of Kamakura</strong> met en scène Akiko (Mitsuki Takahata) et Masakazu (Masato Sakai), un couple de jeunes mariés avec une forte différence d’âge. L’histoire semble se dérouler dans la première partie du XX<sup>e</sup> siècle, si l’on en croit les tenues vestimentaires et la vision désuète du mariage, mais cette donnée n’est pas aussi essentielle qu’elle en a l’air.</p>
<p>A la manière de la saga <strong>Harry Potter</strong>, le film nous fait vite oublier les règles du monde « normal » pour nous inviter à adopter un autre référentiel intégrant la présence du surnaturel et la communication avec l’au-delà.</p>
<p>Le basculement a lieu au cours d’une scène surréaliste, dans laquelle le jeune couple visite un marché peuplé de créatures en tous genres, mélange baroque aux accents animaliers renvoyant à l’univers fantasque du <strong>Voyage de Chihiro</strong> de Miyazaki.</p>
<p>Non seulement l’équipe des effets spéciaux semble s’être fait plaisir en créant les designs les plus fous pour ce bestiaire, mais le mélange entre les maquillages et le digital s’intègre admirablement dans les décors réels. Le film bénéficie d’ailleurs d’une photographie élégante réalisée par Kozo Shibasaki.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-576" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-05.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-05.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-05-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-05-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
Si les manifestations du fantastique sont nombreuses autour du couple Isshiki (parfois en arrière-plan ou dans un coin de l’écran), <strong>Destiny: The Tale of Kamakura</strong> raconte aussi une histoire d’amour, celle de deux époux qui doivent apprendre à vivre ensemble.</p>
<p>Le film se met au rythme d’Akiko et Masakazu en mettant en scène leur quotidien. Nous partageons leurs repas, leurs élans de tendresse ou leurs chamailleries, ce qui crée une intimité avec les deux personnages, qui vivent chacun à leur manière une révolution personnelle.</p>
<p>La vie commune n’est pas aussi idyllique que prévu. Non seulement les époux peinent parfois à communiquer, mais l’écrivain s’accroche à son univers personnel (fait de petits trains électriques, entre autres) et se montre réticent à voir son épouse y pénétrer, laissant parfois cette dernière un peu à l’abandon.</p>
<p>La découverte de Kamakura et de ses secrets, puis celle de l’au-delà de ce monde par Masakazu, apparaît comme une manière de parler de l’adaptation à la vie de couple, de la découverte de l’univers de l’autre et de la capacité à inviter l’autre dans son propre univers.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-573" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-02.jpg" alt="" width="1000" height="666" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-02-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><br />
Les acteurs sont absolument délicieux. Toujours très expressif, Masato Sakai (<strong>Legal High</strong>, <a href="https://www.stellarsisters.com/hanzawa-naoki-j-drama-critique/"><strong>Hanzawa Naoki</strong></a>) excelle dans le registre de l’écrivain rêveur découvrant l’intensité de ses propres sentiments. Il entretient une belle alchimie avec Mitsuki Takahata (<strong>Overprotected Kahoko</strong>), dont les regards candides et la voix enfantine participent énormément au charme du film.</p>
<p><strong>Destiny: The Tale of Kamakura</strong> développe aussi une galerie de personnages secondaires hauts en couleur à travers une succession de sous-intrigues un peu folles impliquant humains et créatures.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-572" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-01.jpg" alt="" width="1000" height="666" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-01.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-01-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Parmi les personnages secondaires, dont le côté monstrueux est souvent source de rigolade, on n’est pas prêt d’oublier l’ami humain transformé en grenouille géante, la mort au look androgyne en charge du quartier, les inspecteurs moitié kappa ou renard, ou encore le dieu de la poisse !</p>
<p>Le récit prend parfois le risque de s’égarer dans une profusion de sous-intrigues et d’enjeux autour des personnages secondaires, mais il trouve une conclusion particulièrement spectaculaire dans son dernier acte.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-574" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-03.jpg" alt="" width="1000" height="666" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-03.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-03-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/destiny-tale-of-kamakura-03-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Fourmillant d’idées visuelles, ce dernier ouvre encore plus grand les horizons de ce monde fantastique, pour nous entraîner dans un combat épique et démesuré, dans lequel l’amour doit triompher de la mort.</p>
<p><strong>Destiny: The Tale of Kamakura</strong> réussit ce que les films hollywoodiens ne parviennent plus à faire depuis des années : utiliser la fantaisie et le divertissement pour parler de sentiments adultes et raconter ainsi, avec une véritable intelligence narrative, une histoire riche en émotions.</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<blockquote><p><strong>Lire aussi | <a href="https://lesecransdelodie.com/ne-coupez-pas-le-tournage-dun-film-de-zombies-degenere/">Ne Coupez Pas! : une expérience zombiesque hilarante</a></strong></p></blockquote>
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		<title>Femmes et Blockbusters II : de Gravity à Hunger Grames, le blockbuster de demain sera féminin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Oct 2020 19:25:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma US & UK]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers Ciné]]></category>
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					<description><![CDATA[Suite de notre décryptage sur le machisme à Hollywood&#8230; Le blockbuster féminin a-t-il de l&#8217;avenir ? Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, les superproductions hollywoodiennes s’appuient sur des formules destinées à satisfaire une cible principalement masculine. Compte tenu des progrès réalisés en matière d&#8217;égalité hommes-femmes, on pouvait pourtant légitimement s’attendre à assister à&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Suite de notre décryptage sur le machisme à Hollywood&#8230; Le blockbuster féminin a-t-il de l&rsquo;avenir ?<br />
</strong></p>
<p>Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, les superproductions hollywoodiennes s’appuient sur des formules destinées à satisfaire une cible principalement masculine. Compte tenu des progrès réalisés en matière d&rsquo;égalité hommes-femmes, on pouvait pourtant légitimement s’attendre à assister à une meilleure prise en considération du public féminin dans le divertissement grand public.</p>
<p>Or, si les années 1990 ont vu ce cinéma évoluer dans le bon sens, avec notamment l’émergence de personnages féminins forts, le machisme tend aujourd’hui à se renforcer pour mieux entériner la domination du point de vue masculin, le tout sous des dehors de modernité. En témoigne la rareté des héroïnes de premier plan, voire des personnages féminins tout court, mais aussi la fonction occupée par le <i>love interest</i> du héros, bien souvent réduite à jouer les faire-valoir (<strong>Transformers</strong>, <strong>The Amazing Spider-man</strong>, <strong>Jason Bourne : L’héritage</strong>).</p>
<blockquote><p><strong><em>Lire le chapitre précédent</em><br />
</strong><a href="https://lesecransdelodie.com/femmes-et-blockbusters-i-quarante-ans-apres-ripley-ou-en-est-on/"><strong>Femmes et blockbusters I : quarante ans après Ripley, où en est-on?</strong></a></p></blockquote>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-659" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/dark-knight-rises-02.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/dark-knight-rises-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/dark-knight-rises-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/dark-knight-rises-02-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
Quant à la femme d’action, elle s’est certes banalisée mais occupe plus que jamais une position subalterne par rapport aux hommes du film (<strong>G .I. Joe</strong>, <strong>Avengers</strong>). La comparaison entre la Catwoman des années 1990 (<strong>Batman le Défi</strong>) et celle des années 2010 (<strong>The Dark Knight Rises</strong>), qui penche en défaveur de la seconde sur le plan de l’autonomie, illustre bien l’évolution vers ce lien de subordination.</p>
<p>Enfin, nous avons évoqué le principe de la gentille et de la méchante (<strong>GoldenEye</strong>, <strong>Transformers 3</strong>, <strong>Elysium</strong>…), cette dernière constituant un dérivé de la femme fatale et cristallisant tous les interdits associés aux femmes, tels que l’indépendance sexuelle ou l’exercice d’un pouvoir politique.</p>
<p>Ne nous voilons pas la face, si ces formules phallocentriques sont déclinées à l’infini, c’est pour une bonne raison : elles engendrent des profits et enrichissent les studios. Ainsi, les facteurs idéologiques expliquant ces stéréotypes féminins se doivent d’être mis en relation avec des facteurs économiques. L&rsquo;idée est que la finalité des scénaristes ne serait pas tant de promouvoir les valeurs patriarcales que d&rsquo;engranger un maximum d’argent en faisant référence à ces valeurs ancrées dans l&rsquo;inconscient collectif. Ce qui n’est pas pour nous emplir d’optimisme étant donné que la tendance est à l’inflation des budgets et à la minimisation des risques.</p>
<p>Cependant, le fatalisme n’est pas de mise. En effet, la stratégie actuelle des blockbusters évoquée dans la première partie, et qui consiste à mettre tous ses œufs dans le même panier, est en train de montrer ses limites. Au point que l’on parle aujourd’hui de « crise des blockbusters », ce qui pourrait à terme avoir des conséquences sur le sujet qui nous intéresse &#8211; même si cela risque d&rsquo;avoir du même coup des conséquences néfastes sur nombre de salariés travaillant dans cette industrie.</p>
<p>Nous nous pencherons donc tout d’abord sur cette crise afin de rendre compte du contexte global dans lequel perdurent ces stéréotypes, avant d’aborder les facteurs propres au système hollywoodien et qui favorisent le machisme dans les blockbusters. Enfin, nous nous intéresserons, à travers les cas de <a href="https://lesecransdelodie.com/twilight-episode-1-mon-avis-mitige/"><strong>Twilight</strong> </a>et de <strong>Hunger Games</strong>, à l’émergence récente de blockbusters féminins en analysant leur singularité, avant de conclure sur les perspectives d’avenir pour une meilleure prise en compte de la diversité des publics.</p>
<h2>L’économie des blockbusters en question</h2>
<p>L’affaire de la prophétie de Steven Spielberg et George Lucas fit grand bruit. En août dernier, les deux dinosaures du cinéma ont donné une conférence à l’Université de Californie du Sud, au cours de laquelle ils ont prédit la chute prochaine du système hollywoodien tel que nous le connaissons, une chute qui surviendrait suite aux échecs successifs de plusieurs blockbusters à très haut budget. Le scénario, digne d’un film catastrophe hollywoodien, semble déjà en route : rien que l’été dernier, plusieurs superproductions telles que <strong>Lone Ranger</strong> (Gore Verbinski), <strong>Pacific Rim</strong> (Guillermo del Toro) et <strong>After Earth</strong> (M. Night Shyamalan) se sont pris une volée au box-office. Des échecs qui concernent cependant surtout les productions réalisées à partir d’une idée originale.</p>
<p><figure id="attachment_476" aria-describedby="caption-attachment-476" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-476 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-09.jpg" alt="" width="1000" height="526" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-09.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-09-300x158.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-09-768x404.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><figcaption id="caption-attachment-476" class="wp-caption-text">Hunger Games 2 : une actrice au centre des affiches d&rsquo;un blockbuster</figcaption></figure></p>
<p>L&rsquo;affaire <strong>Lone Ranger</strong> est tout de même significative. Produit avec un budget de 215 m$, le film d’aventures des studios Disney tentait de capitaliser sur la franchise <strong>Pirates des Caraïbes</strong> (Gore Verbinski) en jouant sur la présence de l’acteur Johnny Depp. Mais l’effet Jack Sparrow s’est révélé insuffisant pour séduire le public américain (90 m$ de recettes) et trop faible pour attirer les spectateurs du reste du monde (260 m$ de recettes).</p>
<p>Avant Spielberg et Lucas, une autre personnalité s’est longuement penchée sur la question de la crise des blockbusters. Productrice de <strong>Nuits Blanches à Seattle</strong> (Nora Ephron) et prochainement d’<strong>Interstellar</strong> (Christopher Nolan), Lynda Obst s’interroge sur les risques de la stratégie actuelle des studios dans <em><strong>Sleepless in Hollywood : Tales from the New Abnormal in the Movie Business</strong></em>.</p>
<p>Publié en juin 2013, l’essai pointe les failles de cette économie axée sur les franchises et que la productrice nomme le <i>New Abnormal</i>, par opposition au <i>Old Abnormal</i> qui prévalait dans les années 1980-1990. En effet, il y a encore vingt ans, les studios s’appuyaient sur une stratégie de diversification des produits visant à brasser tous les publics, quel que soit leur âge ou leur sexe, en proposant un large panel de films. Les nouveaux concepts circulaient lors de séances hystériques d’achats/ventes où chacun cherchait la bonne idée, la nouveauté qui allait remporter le jackpot.</p>
<p>Cette période est marquée par l’essor des grosses franchises issues de films tels que <strong>Die Hard</strong> (John McTiernan), <strong>L’Arme Fatale</strong> (Richard Donner) ou encore <strong>Batman</strong> (Tim Burton), mais aussi par le succès des comédies romantiques, un genre dont les icônes s’appelaient entre autres Meg Ryan et Tom Hanks. Pour exemple, un film comme <strong>Vous avez un mess@ge</strong> (Nora Ephron) a été réalisé avec 65 m$, soit un budget équivalent à celui de <strong>Matrix</strong> (Andy et Lana Wachowski), ce qui serait presque impensable aujourd’hui.</p>
<p><figure id="attachment_675" aria-describedby="caption-attachment-675" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-675" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/vous-avez-un-message-01.jpg" alt="" width="800" height="450" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/vous-avez-un-message-01.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/vous-avez-un-message-01-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/vous-avez-un-message-01-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-675" class="wp-caption-text">Meg Ryan et Tom Hanks dans Vous avez un mess@ge</figcaption></figure></p>
<p>Les choses ont bien changé depuis. La montée du numérique et la chute du marché du DVD, qui représentait une grande part des profits, ont bouleversé la donne en réduisant l’appétit des studios pour le risque. En contrepartie, là où les recettes étrangères ne représentaient que 20 % des profits au début des années 1980, elles oscillent aujourd’hui entre 55 et 80 %.</p>
<p>Au passage, l’essor des marchés étrangers explique les campagnes agressives menées par le gouvernement américain dans certains pays pour faire baisser les quotas d’écrans accordés aux films domestiques (en Corée du Sud il y a quelques années, en France aujourd’hui). L’attractivité des marchés européens n’est cependant plus la même qu’à l’époque de <strong>Titanic</strong> (James Cameron). Aujourd’hui, ce sont surtout les marchés émergents, tels que la Chine, la Russie ou l’Amérique Latine, qui intéressent les studios hollywoodiens.</p>
<p>Dans ces pays où ces blockbusters bénéficient encore de l’attrait de la nouveauté, l’expertise hollywoodienne est recherchée au même titre qu’une marque. « <i>La même technologie digitale qui a détruit les profits de l’industrie [aux États-Unis] a simultanément commencé à engendrer d’énormes profits à l’international, parce que ces marchés émergents sont friands d’effets spéciaux ambitieux </i>», explique Lynda Obst (<a href="https://www.theguardian.com/film/2013/oct/31/hollywood-new-abnormal-lynda-obst-scared-risk"><i>Hollywood and the &lsquo;New Abnormal&rsquo; – why the industry is scared of risk</i></a>, <i>The Guardian</i>, octobre 2013).</p>
<p><figure id="attachment_666" aria-describedby="caption-attachment-666" style="width: 507px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-666" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Lynda-Obst-2013.jpg" alt="" width="507" height="511" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Lynda-Obst-2013.jpg 507w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Lynda-Obst-2013-298x300.jpg 298w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Lynda-Obst-2013-150x150.jpg 150w" sizes="(max-width: 507px) 100vw, 507px" /><figcaption id="caption-attachment-666" class="wp-caption-text">Lynda Obst, productrice de Nuits Blanches à Seatle et d&rsquo;Interstellar</figcaption></figure></p>
<p>La question est de savoir combien de temps durera l’engouement de ces spectateurs d’outre-mer, comme les Américains aiment à les désigner, pour les <strong>Avengers</strong> (Joss Whedon), <strong>Transformers</strong> (Michael Bay) et autres franchises reposant sur ce canevas que Lynda Obst qualifie de <i>fear-based formula</i> (formule basée sur la peur) : « <i>Nous nous basons sur cette recette : une séquence chère, une autre séquence chère, une ville qui explose, une dystopie, des robots ou autre chose du genre. Les publics étrangers finiront par se lasser, tout comme ils commencent déjà à se lasser de la 3D</i> » (<a href="https://www.wnyc.org/story/310749-in-a-world-where-blockbusters-bomb/"><i>In A World Where Blockbusters Bomb</i></a>, Studio360, août 2013). Cette prédiction paraît d’autant plus réaliste que les scénarios continuent d’être calibrés en fonction des attentes des jeunes Américains, ne tenant pas compte de la diversité du reste du monde.</p>
<p>Le fait que les idées originales encaissent de tels bides commerciaux en dit long sur l’incapacité des studios à comprendre l’ensemble culturellement hétéroclite que constituent les marchés émergents – des marchés qui possèdent d’ailleurs une capacité à développer leurs propres références culturelles, comme en témoigne l’expansion actuelle de la culture pop sud-coréenne en Asie et en Amérique Latine.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-665" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-3-01.jpg" alt="" width="643" height="1029" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-3-01.jpg 643w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-3-01-187x300.jpg 187w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-3-01-640x1024.jpg 640w" sizes="(max-width: 643px) 100vw, 643px" /></p>
<p>Pour l’instant, les studios ne sont pas prêts à revoir leur approche stratégique. Si les idées originales échouent au box-office mondial, il n’y a qu’à se concentrer sur les concepts déjà connus du public, pardi ! Les franchises font vivre des milliers d’employés dans l’industrie, une situation qui satisfait les studios même si elle menace à terme l’équilibre de l’industrie.</p>
<p>Cela dit, certains jugent excessive la prédiction de Spielberg et Lucas. C’est le cas de Jean-Michel Frodon dans son article <a href="https://www.slate.fr/story/75822/hollywood-peut-il-se-desintoxiquer-du-blockbuster"><i>Hollywood peut-il se désintoxiquer du blockbuster ?</i></a> (Slate.fr, août 2013) : « <i>L’histoire de Hollywood est au contraire l’histoire d’un système qui a toujours su, après être allé au bout de ses excès (pour le grand profit de ses membres), se régénérer grâce à l’apport d’indépendants marginalisés mais pas détruits</i> ».</p>
<p>Espérons que l’histoire donnera raison au journaliste français et que les indépendants d’aujourd’hui, qui ont presque disparu des salles de cinéma au cours de ces dix dernières d’années, sauront donner cette impulsion car le circuit <i>mainstream</i> est en train de vivre une véritable perte de savoir-faire.</p>
<p>Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, on comprend aisément pourquoi le phallocentrisme de ces blockbusters s’est exacerbé ces dernières années. L’inflation des budgets a en effet entraîné une standardisation extrême des scénarios. Les studios s’appuient sur des formules plus simples et frileuses que jamais, qui part du principe que le public à privilégier est jeune, blanc et masculin.</p>
<p>Rappelons-le, en 1979, une étude réalisée par la MPAA déterminait que les plus grands consommateurs de films étaient les ados mâles de 12 à 19 ans. Aujourd’hui, ces jeunes de la génération X sont devenus quarantenaires et continuent d’aimer les comics et les superhéros – et on ne va pas les en blâmer. Les blockbusters ont ainsi gagné en respectabilité et la cible a un peu vieilli : on parle aujourd’hui des jeunes hommes de 18 à 25 ans, les adulescents évoqués précédemment jouant le rôle de prescripteurs.</p>
<p>Pourtant, l’histoire du cinéma a prouvé à plusieurs reprises que le public féminin pouvait peser fortement sur la balance pour établir les plus grands succès commerciaux.</p>
<h2><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-670" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-03.jpg" alt="" width="900" height="675" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-03.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-03-300x225.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-03-768x576.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><br />
Titanic : un accident du box-office ?</h2>
<p>On dira que si les jeunes filles se voyaient dédier davantage de blockbusters, elles fonceraient à leur tour dans les salles dès le premier jour, comme les jeunes garçons. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit à chaque sortie d’un épisode de <strong>Twilight</strong>. À cela, la réponse des producteurs se réfugie derrière une croyance marketing profondément ancrée, et qui n’est pas très flatteuse pour l’ouverture d’esprit de ces messieurs : « <i>Les filles iront voir un film de mecs s’il est bon, mais les garçons n’iront pas voir un film s’il a l’air de s’adresser aux filles</i> », explique Lynda Obst (<a href="https://www.lefigaro.fr/cinema/2013/07/12/03002-20130712ARTFIG00455-cet-hollywood-qui-n-aime-pas-les-realisatrices.php" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Cet Hollywood qui n’aime pas les réalisatrices</i></a>, Le Figaro, mars 2013).</p>
<p>Cette croyance s’appuie certes sur une réalité sociologique : non seulement les stéréotypes de genres, intégrés dès l’enfance, différencient radicalement l’univers des garçons de l’univers des filles mais ils tendent à dévaluer ce dernier. Cette philosophie part également du principe que, lors d’une sortie en couple – et l’on sait que les couples de jeunes font pleinement partie de la cible – le garçon demeurerait le principal décideur puisqu’il paierait la place de cinéma à sa compagne – la fameuse « copine du spectateur ». Un principe qui nie aussi bien l’autonomie de cette dernière que son pouvoir d’achat, qui a considérablement évolué au cours de ces 30 dernières années.</p>
<p>Or il ne faut pas oublier que les succès commerciaux les plus phénoménaux de l’Histoire du cinéma, tels qu’<strong>Autant en emporte le vent</strong> (Victor Fleming)<b> </b>et <strong>Titanic</strong> (James Cameron), proviennent de films qui ont su conquérir un public mixte. Le cas <strong>Titanic</strong> est particulièrement intéressant puisqu’il est encore relativement récent – l’année 1997 – et repose sur un canevas assez proche des blockbusters d’aujourd’hui.</p>
<p>Réalisé avec un budget de 200 m$, <strong>Titanic</strong> est alors le film le plus cher de l’Histoire du cinéma et joue la carte non seulement des effets spéciaux époustouflants mais aussi d’une histoire d’amour romanesque portée par un couple devenu mythique, interprété par Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. Justement, Rose DeWitt (Kate Winslet) est la véritable héroïne de l’histoire, le point de vue référent du spectateur : <strong>Titanic</strong> est aussi l’histoire d’une émancipation féminine.</p>
<p><figure id="attachment_669" aria-describedby="caption-attachment-669" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-669 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-02.jpg" alt="Leonardo DiCaprio et Kate Winslet" width="900" height="507" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-02-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/Titanic-DiCaprio-Winslet-02-768x433.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-669" class="wp-caption-text">Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, héros romantiques de toute une génération</figcaption></figure></p>
<p>À l’époque de sa sortie, le succès du film de James Cameron se transforme en véritable phénomène de société. Une étude de <i>Newsweek</i> confirme alors que 60% des tickets vendus aux États-Unis ont été achetés par des femmes et qu’un grand nombre d’entre elles ont vu le film plusieurs fois, bouleversées qu’elles étaient par l’histoire d’amour entre Rose et Jack.</p>
<p>Dans son article <i>Women First : Titanic, Action-Adventure Films and Hollywood’s Female Audience </i>(publié dans le <i>Historical Journal of Film, Radio and Television</i> n°4, octobre 1998), Peter Krämer, enseignant à l’Université d’East Anglia en Angleterre, se penche sur les raisons de ce phénomène : « <i>Malgré le poids et l’importance grandissante du public féminin, qui a engendré, au cours de l’année exceptionnelle de 1990, deux des plus grands succès de tous les temps, <strong>Pretty Woman</strong> et <strong>Ghost</strong>, Hollywood a toujours refusé de reconsidérer sa conception de base voulant que le public féminin constitue une niche ou qu’elles agissent en qualité d’accompagnatrices des jeunes hommes</i>. »</p>
<p>Selon l’auteur, le public féminin était bel et bien mature pour recevoir des blockbusters lui étant destinés, mais demeurait insatisfait car exclues de l’offre proposée par les studios. <strong>Titanic </strong>serait venu combler un manque, d’où son succès colossal.</p>
<p>Ajoutons à cela un autre facteur : les acteurs. À commencer par Leonardo DiCaprio lui-même, qui est devenu une véritable icône avec ce film alors que son jeune âge et son charme juvénile étaient loin de correspondre aux canons habituels des blockbusters, qui ont toujours privilégié les hommes aux muscles saillants et nettement plus âgés. En réalité, n’en déplaise à ses détracteurs de l’époque, Leonardo DiCaprio tel qu’il était à cet âge-là – 23 ans – possédait exactement le type de charme susceptible de séduire le public féminin.</p>
<p>Le choix de James Cameron fut sans aucun doute motivé par le talent que l&rsquo;acteur avait déjà révélé auparavant dans le cinéma d&rsquo;auteur (<strong>Roméo + Juliette</strong>, <strong>Gilbert Grape</strong>). Il n’empêche, le cinéaste a réalisé un véritable coup de maître en prenant le risque de lui confier le rôle de Jack Dawson : ce choix audacieux, combiné avec l’emphase mis sur les sentiments et la tragédie, constitue presque une reconnaissance du <i>female gaze</i>, par opposition au <em>male gaze</em> théorisé par la critique Laura Mulvey et auquel nous faisions référence dans le chapitre précédent. Un regard féminin enfin émancipé des carcans du patriarcat. Cette intégration du <i>female gaze</i> se retrouve également dans le choix de l’actrice, Kate Winslet, dont la beauté naturelle échappe elle aussi aux standards de l’époque et en fait une héroïne humaine et propice à l’identification des jeunes filles.</p>
<p><figure id="attachment_671" aria-describedby="caption-attachment-671" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-671" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/transformers-megan-fox.jpg" alt="" width="900" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/transformers-megan-fox.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/transformers-megan-fox-300x188.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/transformers-megan-fox-768x480.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-671" class="wp-caption-text">Megan Fox dans Transformers</figcaption></figure></p>
<h2><b> </b>Les blockbusters, une affaire d’hommes</h2>
<p>Cette réception aurait pu donner des idées aux producteurs américains et les inciter à reproduire la combinaison gagnante entre action spectaculaire, mélodrame et couple glamour qui forme le socle scénaristique de <strong>Titanic</strong>. Le problème, c’est que dès lors qu’il s’agit de raconter une histoire à travers un point de vue féminin, le monde élitiste des blockbusters hollywoodiens se heurte à une autre réalité : la prédominance des hommes aux postes créatifs. Une domination masculine qui persiste encore largement à l’heure actuelle.</p>
<p>Une étude <a href="https://annenberg.usc.edu/sites/default/files/MDSCI_Gender_Inequality_in_300_Films.pdf">menée entre 2009 et 2011 par Stacy L. Smith</a>, directrice de recherches à l’école de communication et de journalisme d’Annenberg, apporte ainsi un autre éclairage par rapport à la théorie voulant que le machisme se justifie par le ciblage. L’étude s’intéresse aux films ayant le mieux marché entre 2007 et 2009 et analyse plusieurs données : répartition des rôles entre hommes et femmes, âge des personnages, fréquence des plans de nudité, etc.</p>
<p>Les résultats sont sans appel : les rôles parlants sont à 32,8 % féminins et à 67,2 % masculins, les plans de nudité partielle ou totale concernent 23,6 % des rôles féminins et 7,4 % des rôles masculins, tandis que 62,8 % des personnages féminins sont impliquées dans une relation romantique, contre 51,8 % des hommes.</p>
<p><figure id="attachment_664" aria-describedby="caption-attachment-664" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-664 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-2-01.jpg" alt="" width="900" height="599" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-2-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-2-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/iron-man-2-01-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-664" class="wp-caption-text">Gwyneth Paltrow dans Iron Man 3</figcaption></figure></p>
<p>Stacy L. Smith commente : « <i>Tous ces chiffres s&rsquo;expliquent par le fait que ce sont des hommes qui travaillent derrière la caméra : ils racontent des histoires qu&rsquo;ils connaissent. Si les statistiques sur la répartition hommes/femmes chez les scénaristes et les réalisateurs évoluaient, il est très probable que les statistiques sur les rôles masculins et féminins évolueraient aussi</i> » (<a href="https://next.liberation.fr/cinema/2011/11/23/la-misogynie-ordinaire-d-hollywood_776736" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>La misogynie ordinaire d’Hollywood</i></a>, Libération, novembre 2011).</p>
<p>Effectivement, on compterait parmi les réalisateurs des 1 240 films étudiés par Stacy L. Smith dans son travail de recherche, 96,4 % d’hommes et 3,6 % de femmes ; pour les scénaristes, le rapport est de 86,5 % d’hommes et 13,5 % de femmes et pour les producteurs de 78,4 % d’hommes et 21,6 % de femmes.</p>
<p>Les inégalités seraient donc ancrées dans l’organisation même du travail à Hollywood. Une organisation qui concerne aussi bien les postes occupés sur un plateau, que les genres attribués aux réalisateurs selon leur sexe : les studios tendent à confier plus facilement aux réalisatrices les comédies romantiques et les drames sociaux, cependant que les productions à fort potentiel commercial, telles que les films d&rsquo;action, de science-fiction ou les comédies pures et dures, restent chasse gardée des hommes.</p>
<p>En d&rsquo;autres termes, les femmes sont confrontées à un véritable plafond de verre. Les choses ne vont pas en s’arrangeant, si l’on en croit une autre étude réalisée par la même Stacy L. Smith, <a href="https://annenberg.usc.edu/sites/default/files/MDSCI_Gender_Inequality_in_500_Popular_Films_-_Smith_2013.pdf">Gender Inequality in 500 Popular Films</a>, et qui concerne cette fois les personnages des films ayant le mieux marché entre 2007 et 2012 : en quelques années, le pourcentage de films avec un casting hommes/femmes équilibré passe de 11,9 à 6 % !</p>
<h2>Les conséquences de ces inégalités</h2>
<p>N’ayons pas peur de le dire : les blockbusters, qui sont supposés s’adresser au plus grand nombre, sont bel et bien conçus par des hommes pour des hommes – blancs et hétérosexuels de préférence. Les autres sont censés s’adapter au point de vue dominant. Une telle négation de la diversité du public ne peut pas être sans conséquence puisqu’elle participe à propager des stéréotypes sur les femmes, en leur attribuant les rôles réducteurs et subalternes évoqués dans la première partie de ce dossier. Des stéréotypes susceptibles d’avoir, à force de répétition, des répercussions sur les jeunes filles en termes de rapport à leur corps, d’estime de soi et de développement socio-émotionnel.</p>
<p>Nous laisserons le soin aux sociologues et de mesurer l’impact réel de ces clichés sur les inégalités hommes/femmes dans la société. En revanche, certaines des conséquences sur les femmes travaillant dans l’univers des blockbusters, et plus généralement dans le monde du cinéma, sont immédiatement identifiables et mesurables, notamment en ce qui concerne les actrices.</p>
<p><figure id="attachment_676" aria-describedby="caption-attachment-676" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-676" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/wanted-angelina-jolie-01.jpg" alt="" width="800" height="534" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/wanted-angelina-jolie-01.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/wanted-angelina-jolie-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/wanted-angelina-jolie-01-768x513.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-676" class="wp-caption-text">Angelina Jolie prend les armes dans Wanted</figcaption></figure></p>
<p>En juillet dernier, le magazine Forbes publiait ainsi la <a href="https://www.forbes.com/pictures/mfl45egdgg/robert-downey-jr-8/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">liste des 10 acteurs les mieux payés de l’industrie</a>, ainsi que celle des <a href="https://www.forbes.com/sites/dorothypomerantz/2013/07/29/angelina-jolie-tops-our-list-of-hollywoods-highest-paid-actresses/">actrices les mieux payées</a>. Si l’on combine les deux, le classement est dominé par les hommes : Robert Downey Jr arrive en tête avec ses 75 m$ par film, suivi de Channing Tatum, 60 m$. L’actrice la mieux payée n’est autre qu’Angelina Jolie, qui arrive en 10<sup>e</sup> position avec un salaire de 33 m$. Vous ne rêvez pas : non seulement les salaires des hommes sont scandaleusement démesurés, mais l’actrice la mieux payée du monde ne perçoit même pas la moitié du salaire de son homologue masculin !</p>
<p>Si l’on ne va pas plaindre Angelina Jolie de ne gagner « que » 33 m$ par film, cette différence en dit long sur les opportunités économiques des femmes au sein de l’industrie. Elle peut également influer sur la marge de négociation dont elles bénéficient face aux producteurs ou face à leur partenaire en cas de conflit d’intérêts. D’autre part, au vu d’une telle différence entre les acteurs les plus influents, on n’ose pas imaginer le traitement des actrices débutantes. Les inégalités hommes/femmes et leurs conséquences ont dernièrement été synthétisées par la New York Film Academy dans une succession d’infographies très parlantes et <a href="https://www.nyfa.edu/film-school-blog/gender-inequality-in-film/">consultables ici</a>.</p>
<p>Outre le classement des acteurs les mieux payés de Hollywood, un autre classement mérite cependant d’être pris en compte : celui des acteurs les plus rentables, dominé lui aussi, jusqu’à récemment, par les acteurs mâles. Or comme nous l’avons souligné dans l’introduction du chapitre précédent, ce classement est actuellement dominé par des actrices. Et ce n’est pas la première année que cela se produit.</p>
<p>Compte tenu du préjugé hollywoodien voulant que seuls les films d’hommes engrangent d’énormes profits, l’arrivée de Kristen Stewart et de Jennifer Lawrence au sommet de la A-List de Hollywood ne saurait être prise à la légère.</p>
<h2>2008 : l&rsquo;année des femmes à Hollywood</h2>
<p>Comme nous l’avons vu précédemment, la concentration de l’activité des studios sur des franchises à très hauts budgets ne joue guère en la faveur de la prise en compte du public féminin, encore et toujours considéré comme un public de niche. Pour trouver de bons rôles féminins à Hollywood, les spectatrices n’ont que deux solutions : aller voir ailleurs ou bien se tourner vers les séries télévisées, toujours à l’avant-garde dès lorsqu’il s’agit d’intégrer les évolutions de la société.</p>
<p>Le propre de la série TV est que le risque est dilué puisque la diffusion peut être déprogrammée en cours de route si ses scores d’audience ne sont pas bons. Ainsi, pour ce qui est des femmes d&rsquo;action, après <strong>Buffy contre les vampires</strong>, <strong>Xéna, la Guerrière</strong> et <strong>Dark Angel</strong> dans les années 1990, nous avons eu droit à des séries de qualité telles qu’<strong>Alias</strong> et <strong>Fringe </strong>dans les années 2000…</p>
<p>Aujourd’hui, la mode est également aux séries chorales à la <strong>Game of Thrones</strong> et <strong>Walking Dead</strong>, des histoires fleuves qui jouent la carte d’une multiplicité de rôles, masculins comme féminins. Des séries qui passent haut-la-main le test de Bechdel. Mais ne nous emballons pas : même le monde des séries est loin d’être irréprochable et accorde davantage de place et de diversité de rôles aux acteurs.</p>
<p><figure id="attachment_668" aria-describedby="caption-attachment-668" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-668" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-02.jpg" alt="" width="800" height="532" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-02.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-02-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-668" class="wp-caption-text">Mamma Mia!</figcaption></figure></p>
<p>Or si le machisme tend à s’aggraver dans les blockbusters à très haut budget, on observe un phénomène nouveau depuis l’année 2008. Cette année-là, trois films de femmes ont cartonné de manière inattendue, trois films dont aucun n’était un blockbuster si l’on retient la définition par le budget, mais qui ont tous réalisé des scores dignes de blockbusters alors même qu’ils s’adressaient explicitement à un public féminin.</p>
<p>Ces trois films s’intitulent <strong>Twilight</strong> (Catherine Hardwicke), <strong>Sex and the City</strong> (Michael Patrick King) et <strong>Mamma Mia!</strong> (Phyllida Lloyd). Le premier ciblait les jeunes filles, le second les trentenaires et le troisième les femmes d’âge mûr.</p>
<p>À l’exception de <strong>Sex and the City</strong>, qui fait suite à la célèbre série inspirée des romans de Candace Bushnell, ces films sont écrits et réalisés par des femmes. Doté d’un budget de 65 m$, <strong>Sex and the City</strong> en a rapporté plus de 150 m$ sur le continent américain et plus de 400 m$ à travers le monde. La comédie musicale <strong>Mamma Mia!</strong>, qui mettait à l&rsquo;honneur les questionnements existentiels et l&rsquo;expression corporelle de femmes d&rsquo;âge mûr, bénéficiait quant à elle d’un budget de 52 m$ et a rapporté 144 m$ aux États-Unis et plus 600 m$ à travers le monde.</p>
<p>Enfin, malgré l&rsquo;attente suscitée par les romans, <strong>Twilight</strong> n’était qu’une production modeste à 37 m$. À l’arrivée, le film de Catherine Hardwicke a réalisé un score de 192 m$ sur le marché domestique et de 392 m$ à l’international. Le fait qu’un film à petit budget réalise un tel score constitue d’ailleurs un véritable bol d’air frais dans ce contexte d’inflation des budgets.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-667" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-01.jpg" alt="" width="800" height="532" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-01.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/mamma-mia-01-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><br />
Insistons sur le fait que les moyens employés pour produire ces films n’avaient rien à voir avec les montants investis dans les<b> </b>films de superhéros produits la même année, tels que <strong>The Dark Knight</strong> (Christopher Nolan), <strong>Iron Man</strong> (Jon Favreau) ou même <strong>L’Incroyable Hulk</strong> (Louis Leterrier). Pourtant, ces trois films de femmes ont surpassé la plupart des grosses productions à forte concentration de testostérone. <strong>Twilight </strong>est un cas particulièrement intéressant car le succès n’a fait que s’accentuer au fil des épisodes suivants : le 5<sup>e</sup> film a coûté environ 120 m$ et a rapporté 830 m$.</p>
<h2>Twilight et le <i>female</i> <i>gaze</i></h2>
<p>Avec son argument mêlant romance et vampirisme et sa profusion de beaux garçons, <strong>Twilight</strong> repose sur un certain nombre d’ingrédients destinés à séduire un public jeune et féminin. Dans <strong>Twilight</strong>, non seulement le premier rôle est occupé par une femme mais les personnages évoluent dans un univers régi par les codes féminins. Rien à voir avec des films de super-héroïnes comme <strong>Elektra </strong>(Rob S. Bowman) et <strong>Catwoman</strong> (Pitof), dont l’erreur fatale était d’utiliser les codes associés aux blockbusters masculins en remplaçant le héros par une héroïne.</p>
<p>Même si Bella Swan (Kristen Stewart) ne possède pas de superpouvoirs, du moins jusqu&rsquo;au cinquième film, et même si au bout du compte elle n’agit pas beaucoup de toute la saga, c’est bel et bien d&rsquo;elle dont il s&rsquo;agit dans l&rsquo;histoire. Comme dans le roman, qui est écrit à la première personne, le récit s’appuie sur son point de vue du début à la fin.</p>
<p><figure id="attachment_673" aria-describedby="caption-attachment-673" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-673" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-02.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-02-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-673" class="wp-caption-text">Kristen Stewart entourée de Taylor Lautner, et Robert Pattinson</figcaption></figure></p>
<p>Nous irons même plus loin : que l&rsquo;on aime ou non la franchise <strong>Twilight</strong>, celle-ci réintroduit le <i>female gaze</i> dans le cinéma mainstream. En effet, Edward Cullen (Robert Pattinson) et Jacob Black (Taylor Lautner), les deux principaux rôles masculins, sont perçus à travers le regard de la jeune fille.</p>
<p>Le premier, qui incarne l’idéal romantique, occupe la place habituellement allouée à la femme du film : il est le <i>love interest</i> de Bella, l’homme-fantasme, celui qui ne se définit qu’à travers ses enjeux amoureux avec elle. Le second existe quant à lui à travers la tentation qu’il suscite chez l’héroïne : torse-nu la plupart du temps, il se montre plus physique dans ses interactions avec Bella – la température de son corps est d’ailleurs censée être plus élevée que la moyenne.</p>
<p>Une scène retient l’attention dans le second épisode, <strong>Twilight Chapitre 2 : Tentation </strong>(Chris Weitz) : alors que Bella, en plein drame suite au départ d’Edward, tente d’apprendre la moto avec Jacob, elle tombe à terre et se blesse à la tête. Ce qui justifie que le jeune homme accoure et retire son T-shirt pour lui faire un bandage, un geste complaisamment filmé par la caméra qui se place à hauteur des yeux de l&rsquo;héroïne.</p>
<p>Ce moment de fan service n’est rien moins qu’une inversion de ce qui se produit habituellement dans les blockbusters, où les actrices sont filmées de manière racoleuse à travers le regard du héros (voir l’extrait de <strong>Transformers 3</strong> dans la première partie du dossier). Le succès de <strong>Twilight </strong>bouscule le préjugé voulant que les femmes soient moins « visuelles » que les hommes.</p>
<p><strong>Twilight </strong>s’est vu reprocher son absence de scène de sexe par ses détracteurs. Or il y a en réalité beaucoup de désir dans <strong>Twilight</strong>, dont le fil rouge demeure l’éveil sexuel et amoureux d’une jeune fille.</p>
<p>Dans une interview qu’elle a bien voulu m’accorder à l’occasion d’un <a href="https://cinema.jeuxactu.com/news-cinema-twilight-et-le-sexe-la-scenariste-repond-10841.htm">reportage sur la Convention Twilight 2010</a>, Melissa Rosenberg, scénariste des films, explique ce qui différencie la franchise des autres films destinés aux jeunes : « <i>Il est très rare, aux États-Unis, que ce soit au cinéma ou à la télévision, qu’une jeune fille soit montrée comme un être sexuellement désirant, sans qu’elle soit considérée comme une traînée ou une mauvaise fille. Bella est montrée comme une personne normale, avec des émotions sexuelles comme les autres. Le film ne la juge pas, les autres personnages ne la jugent pas</i> ».</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-672" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-01.jpg" alt="" width="800" height="525" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-01.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-01-300x197.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-01-768x504.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p>Vu sous cet angle, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les romans puis la franchise ont engendré un tel phénomène. Les studios n’ayant tiré aucun enseignement du carton mondial de <strong>Titanic</strong>, ils ont continué de négliger le public féminin et d&rsquo;entretenir une vision dévalorisante des femmes, alors même que celles-ci ont considérablement gagné en pouvoir d’achat depuis les années 1980. Toute considération de qualité mise à part, <strong>Twilight</strong> est venu remplir le vide béant de ces quinze dernières années, tout comme <strong>Titanic</strong> comblait un manque en 1997.</p>
<p>Sur le web, les adolescentes et jeunes femmes se sont littéralement approprié la parole sur le sujet, voire sur toute la littérature adolescente dans laquelle s’inscrivent les romans de Stephenie Meyer. Le phénomène <strong>Twilight</strong> a cependant dû faire face à des réactions extrêmement violentes, notamment de la part de la communauté geek qui s’est sentie en quelque sorte dépossédée du territoire des fictions vampiriques – une dépossession qui avait en fait déjà commencé avec l’essor des <i>shôjo</i> mangas (mangas pour filles), dont il est probable que Stephenie Meyer se soit en partie inspirée.</p>
<p>Il n’est pas excessif d’affirmer que les fans de <strong>Twilight</strong> ont subi une véritable campagne d’insultes visant à les faire passer soit pour des préados sans cervelles, soit pour les malheureuses victimes d’un prosélytisme en faveur de l’abstinence sexuelle. Le premier argument nie la diversité du public en termes d’âge, une diversité qui s’est révélée avec le succès de <em><strong>Cinquante Nuances de Grey</strong></em>, le roman érotique d’E.L. James, qui a débuté sous la forme d’une <i>fan fiction</i> de <strong>Twilight</strong>.</p>
<p>Le second argument, qui s’avère très contestable au vu des films et des romans, victimise les fans dans le but de nier leur autonomie émotionnelle et sexuelle – une autonomie qu’elles revendiquent à travers leur ferveur. Il fut repris par de nombreux journalistes qui se sont engouffrés dans cette brèche en s’appuyant sur la culture mormone de Stephenie Meyer, pourtant absente des romans, là où les croyances sectaires d’un tas de réalisateurs masculins ne leur posent aucun problème. Heureusement que les médias sont là pour dicter aux jeunes filles ce qui est bon pour elles !</p>
<p>Au-delà de ces débats passionnés, il est significatif de voir les réactions que peut soulever l’arrivée sur le marché d’une franchise qui bouscule visiblement quelques tabous dans le monde très masculin des blockbusters. Le succès de la franchise <strong>Twilight</strong> au cinéma lance aussi un signal fort aux studios hollywoodiens : le public féminin possède un vrai poids économique et n’a pas besoin de se reposer sur les choix de son compagnon pour se rendre en salles.</p>
<h2><b></b>Hunger games : le <i>four-quadrant movie</i> au féminin</h2>
<p>Si le succès de <strong>Twilight</strong> constitue un événement important pour la diversité des blockbusters, cela ne signifie pas que tous les blockbusters féminins devraient être conçus dans le même moule. D&rsquo;ailleurs, la franchise ne répond pas nécessairement aux attentes de l&rsquo;ensemble hétéroclite que constitue le public féminin, y compris celui des 16-25 ans. Un ensemble qui n&rsquo;est pas uniformément motivé par la romance lorsqu&rsquo;il décide de se rendre en salles.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-469" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-02.jpg" alt="" width="1000" height="667" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-02.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-02-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-02-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></p>
<p>Il ne s&rsquo;agit pas de questionner la légitimité de <strong>Twilight</strong> mais simplement de souligner que le public féminin mérite, à l’image de son équivalent masculin, de se voir proposer une variété de productions afin que chacune se dirige vers ce qui lui convient, en entraînant éventuellement son compagnon avec elle.</p>
<p>Il est temps d’en finir avec l’assimilation du public féminin à une niche marketing : les films mettant en avant des héroïnes peuvent prendre une dimension universelle s&rsquo;ils bénéficient d&rsquo;un scénario de qualité, avec de vrais thèmes à l&rsquo;intérieur. <strong>Hunger Games</strong> est peut-être le premier pas vers cette évolution. En effet, si la franchise inspirée des romans de Suzanne Collins donne le premier rôle à Jennifer Lawrence, elle entre contre toute attente dans la catégorie que les professionnels du marketing nomment le <i>four-quadrant movie</i>.</p>
<p>Qu’est-ce qu’un <i>four-quadrant movie</i> ? Les quadrants dont il est question désignent les quatre catégories démographiques majeures ciblées à l’heure actuelle par les studios, selon une division par le sexe et par l’âge : hommes de moins de 25 ans, femmes de moins de 25 ans, hommes de plus de 25 ans, femmes de plus de 25 ans.</p>
<p>En d’autres termes, un <i>four-quadrant movie</i> est un film susceptible de plaire à tous les publics, jeune ou adulte, féminin ou masculin. Comme l’explique le blog destiné aux scénaristes <i>ScreenCraft.org</i>, dans son article <a href="https://screencraft.org/2013/11/22/four-quadrant-film-10-essential-elements/"><i>What makes a four-quadrant movie ? 10 essential elements</i></a>, la réussite commerciale d’un <i>four-quadrant movie</i> repose sur la réunion de quelques ingrédients-clés, tels que, entre autres, l’élaboration d’un concept fort, la combinaison émotion-action-danger en tant que socle du scénario, l’opposition entre héros et méchants, l’humour, la promesse d’une romance mais aussi le développement d’un thème de fond.</p>
<p>Citons, à titre d’exemples les films <strong>Jurassic Park</strong> (Steven Spielberg), <strong>Avatar</strong> (James Cameron) et toute la franchise <strong>Harry Potter</strong>. À noter qu’un <i>four-quadrant movie</i> n’est pas nécessairement un film à gros budget : <strong>Mrs Doubtfire</strong> (Chris Columbus) en est un alors qu’il fut réalisé avec 25 m$.</p>
<p>Or jusqu’à présent, l’élaboration d’un tel film impliquait obligatoirement la mise en avant d’un héros masculin. En effet, il faut savoir que le principe du <i>four-quadrant movie</i> est controversé à Hollywood en raison de la difficulté à prévoir les <i>crossovers</i> entre ces quatre catégories démographiques.</p>
<p>Comme nous le savons, la croyance voulant que les hommes rejettent les films qu’ils perçoivent comme destinés aux femmes demeure tenace au sein des studios. Il en va de même pour la scission en termes d’âge : les plus de 25 ans iront rarement voir des films qu’ils croient ciblés vers les moins de 25 ans, à moins qu’il ne s’agisse d’accompagner des enfants. D’ailleurs, le succès chez les adultes des romans et de la franchise <strong>Harry Potter</strong> s’est forgé grâce aux mères et aux pères de famille qui, désirant contrôler les lectures de leurs enfants, se sont laissés séduire et ont propagé un bouche-à-oreille enthousiaste auprès des autres adultes.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-477" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-10.jpg" alt="" width="800" height="1105" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-10.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-10-217x300.jpg 217w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-10-741x1024.jpg 741w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/04/hunger-games-lembrasement-10-768x1061.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p>La production d’un <i>four-quadrant movie</i> s’avère donc plus risquée que celle d’un film ciblant un « quadrant » précis. Le plus sûr demeurant celui des hommes de moins de 25 ans, dont le comportement est prévisible et qui se rend massivement au cinéma. Cette philosophie est celle que nous avons détaillée précédemment : cibler les jeunes hommes et les adolescents représenterait la meilleure solution puisque, dans le cas d’une bonne réception critique et publique, les jeunes femmes iront elles aussi voir le film sans être freinées par les préjugés que leurs homologues masculins auraient dans le cas inverse.</p>
<p>Là où la franchise <strong>Hunger Games</strong> se démarque sensiblement des autres, c’est en faisant le pari risqué du <i>four-quadrant movie</i> tout en ciblant les femmes. Le scénario réunit bel et bien les ingrédients cités plus hauts : un concept fort, un héros (ici, une héroïne) face à des méchants, une romance, un peu d’humour et même un thème de fond qui fut largement mis en avant lors de la promotion du film (voir notre article <a href="https://lesecransdelodie.com/hunger-games-lembrasement-lavenir-de-la-telerealite/"><strong>Hunger Games : l’avenir de la téléréalité ?</strong></a>).</p>
<p>Pourtant, <strong>Hunger Games</strong> se distingue également par des éléments destinés à attirer le public féminin, à commencer par l&rsquo;importance accordée à la mode qui fait preuve, il faut le dire, d&rsquo;une créativité débordante. <strong>Hunger Games</strong> partage également un ingrédient-clé avec <strong>Twilight </strong>: le triangle amoureux. Mais pas n&rsquo;importe quel triangle amoureux : l&rsquo;héroïne est partagée entre deux hommes, et qui plus est deux jeunes hommes.</p>
<p>Le schéma du triangle amoureux destiné aux filles diffère de celui amoureux destiné aux garçons, qui comme nous l&rsquo;avons vu oppose bien souvent une gentille et une méchante. Ici, il oppose l’homme gentil, romantique et sécurisant à un <i>bad boy</i> plus ambigu, plus macho, avec lequel l’héroïne entretiendra des contacts physiques plus violents (sur le site <a href="https://tvtropes.org" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>tvtropes.org</em></a>, qui décortique les ingrédients appliqués par les scénaristes, ce <em>trope</em> se nomme <em>All girls want bad boys</em>).</p>
<p>La recette est appliquée dans <strong>Twilight</strong> : Edward est le gentil garçon tandis que Jacob, qui se transforme en loup et se montre plus provocant dans son attitude avec Bella, fait office de bad boy même s&rsquo;il n&rsquo;est en fin de compte pas bien méchant. Dans <strong>Hunger Games</strong>, le gentil garçon n&rsquo;est autre que Gale, l&rsquo;ami d&rsquo;enfance de Katniss, cependant que Peeta fait office de bad boy dans le premier opus puisqu&rsquo;il se montre arrogant au début de l&rsquo;histoire et sera amené à tuer dans le cadre du jeu.</p>
<p>Le schéma du triangle amoureux est repris dans <strong>Le Chaperon Rouge</strong>, tentative par la réalisatrice Catherine Hardwicke de surfer sur l&rsquo;effet <strong>Twilight</strong>. On le retrouve également dans les séries américaines ciblant le public féminin (<strong>The Vampire Diaries</strong>, <strong>Buffy contre les Vampires</strong>), dans les <em>shôjo</em> mangas (<a href="https://www.stellarsisters.com/hana-yori-dango-shun-oguri-dossier/"><strong>Hana Yori Dango</strong></a>) ou encore dans de nombreux dramas coréens développant une romance (<strong>You&rsquo;re Beautiful</strong>, <strong>I Miss You</strong>).</p>
<p><figure id="attachment_674" aria-describedby="caption-attachment-674" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-674" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-vs-hunger-games.jpg" alt="" width="700" height="889" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-vs-hunger-games.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/twilight-vs-hunger-games-236x300.jpg 236w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption id="caption-attachment-674" class="wp-caption-text">Twilight, Hunger Games : un air de déjà-vu</figcaption></figure></p>
<p>Le pari de s&rsquo;appuyer sur une recette manifestement destinée au public féminin pour construire un <em>four-quadrant movie</em> est gagnant : <strong>Hunger Games : L’Embrasement</strong> (Francis Lawrence) cumule déjà 863 m$ de recettes pour 140 m$ de budget ! Il semblerait que les jeunes filles ne soient pas les seules à s’être laissé séduire.</p>
<p>Le public serait-il en train d’évoluer ou le postulat voulant que les garçons rechignent à aller voir un film avec une héroïne était-il faux dès le départ ? En tout cas, il est intéressant de constater que <strong>Hunger Games</strong> ne fait pas l&rsquo;objet d&rsquo;un lynchage comme <strong>Twilight</strong>, alors même qu&rsquo;il en reprend certains ingrédients. Il faut dire que la franchise développe un thème de fond susceptible de parler à tous les publics.</p>
<p>Enfin, un autre constat mérite d&rsquo;être souligné : <strong>Hunger Games</strong> prouve que la romance est loin d&rsquo;être le seul ingrédient susceptible de plaire aux jeunes filles. En témoigne les inscriptions massives aux cours de tir-à-l&rsquo;arc qui ont suivi la sortie des films, et qui évoquent l&rsquo;engouement autour du volley-ball à l&rsquo;époque du dessin-animé <strong>Jeanne et Serge</strong>. Preuve qu&rsquo;il suffit de savoir s&rsquo;adresser au public féminin pour en faire un amateur d&rsquo;action.</p>
<h2>Quelles perspectives à long terme ?</h2>
<p>Si des blockbusters féminins parviennent enfin à se développer, il est évident qu&rsquo;ils comporteront autant de pépites et de clichés que les blockbusters pour hommes. Comme nous l’avons dit dans notre introduction, notre propos n’est pas d’affirmer une quelconque supériorité des fictions pour femmes par rapport aux fictions pour hommes &#8211; il ne devrait tout simplement pas y avoir de hiérarchie &#8211; ni même, d&rsquo;ailleurs que ces deux publics devraient absolument être traités séparément &#8211; après tout, les attentes sur le niveau du scénario, de la réalisation et du jeu d&rsquo;acteurs sont communes à tous les publics.</p>
<p><figure id="attachment_661" aria-describedby="caption-attachment-661" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-661 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/gravity-bullock-01.jpg" alt="Gravity, avec Sandra Bullock" width="900" height="514" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/gravity-bullock-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/gravity-bullock-01-300x171.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/gravity-bullock-01-768x439.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-661" class="wp-caption-text">Sandra Bullock, héroïne de Gravity</figcaption></figure></p>
<p>Reste donc aux studios à miser sur les spectatrices autant que sur les spectateurs, ce qui ne pourra se faire que s’ils reconsidèrent leur stratégie. Rappelons tout de même que, parallèlement aux franchises destinées aux jeunes, l&rsquo;actualité récente fut aussi marquée par le succès planétaire de <strong>Gravity</strong>, l&rsquo;incroyable survival de science-fiction signé Alfonso Cuaron. À 50 ans, Sandra Bullock trouve un rôle en or, un rôle universel qui aurait tout aussi bien pu être tenu par un homme : le regard porté sur Ryan Stone ne la chosifie pas, elle demeure bel et bien le sujet de son aventure. <strong>Gravity</strong> est l&rsquo;exemple d&rsquo;un film mature qui rassemble, voire réconcilie les publics masculins et féminins.</p>
<p>Si une telle prise de risque &#8211; celle d&rsquo;accorder le premier rôle à une femme &#8211; demeure une exception, au même titre qu&rsquo;<strong>Alien</strong> dans les années 1980, il prouve en tout cas que ce parti pris ne constitue nullement un obstacle sur le chemin du succès : pour 100 m$ de budget, le film de Cuaron a rapporté 703 m$, ce qui fait de Sandra Bullock la seconde actrice la plus bankable de l&rsquo;année après Jennifer Lawrence.</p>
<p>Dans l&rsquo;état actuel des choses, <strong>Gravity</strong> risque cependant de rester une exception. Seules les franchises comme que <strong>Hunger Games</strong>, qui se destinent avant tout à un public jeune, moins exigeant, et qui permettent aux studios de réaliser des économies d&rsquo;échelle, sont susceptibles d&rsquo;entraîner un véritable mouvement. À noter que les films <strong>Hunger Games</strong> n’auraient peut-être jamais vu le jour, du moins pas sous cette forme, si la productrice Nina Jacobson, éjectée en 2006 des studios Disney, n’avait pas fondé en 2007 le studio Color Fox, spécialisé dans l’adaptation de romans pour adolescents et jeunes adultes.</p>
<p>C&rsquo;est peut-être de cette littérature-là, qui prolifère depuis la saga <strong>Harry Potter</strong> et contamine un certain public adulte amateur de fantastique/SF, que viendra le vent du changement pour une meilleure représentation des femmes. Générateurs d&rsquo;argent et de l&rsquo;attention des médias, ces romans sont abondamment adaptés au cinéma. Or ce secteur littéraire se trouve être dominé par des auteures femmes, telles que J.K. Rowling, Stephenie Meyer et Suzanne Collins&#8230;</p>
<p>La prise en compte du public féminin ne pourra se faire que si l’industrie se féminise à la source, au niveau des décideurs mais aussi des conteurs d’histoires : « <i>Ces dernières années, quelques franchises de femmes ont vu le jour – <strong>Twilight</strong> et <strong>Hunger Games</strong> </i>», commente la productrice Lynda Obst. « <i>Les femmes y avaient le rôle principal et les spectatrices sont allées les voir. L’un de ces films [<strong>Twilight</strong>] a même été réalisé par une femme, Catherine Hardwicke</i>. <i>Il y a donc du changement dans l’air. Il y a une petite ouverture et nous devons foncer corps et âmes afin de pousser les choses dans ce sens. Nous devons le faire. En embarquant plein d’autres femmes avec nous</i>. » (<a href="https://www.damemagazine.com/2013/06/18/lynda-obst-why-hollywood-ignoring-women-hint-ka-ching/#sthash.odSwX766.dpuf"><i>Lynda Obst : Why Hollywood is Ignoring Women ? (Hint : Ka-Ching !)</i></a>, Dame magazine, juin 2013).</p>
<p>Voilà qui est bien dit. Il ne reste qu’à joindre le geste à la parole pour briser enfin ce plafond de verre. En espérant qu&rsquo;à long terme, le public féminin de tout âge puisse trouver son compte.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-660" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-et-blockbusters-imgune2.jpg" alt="" width="800" height="450" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-et-blockbusters-imgune2.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-et-blockbusters-imgune2-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-et-blockbusters-imgune2-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></p>
<p>*****</p>
<p>Avec son héros attachant mais trop âgé pour jouer les justiciers masqués, <strong>Iron Man</strong> marque le point d’orgue d’une ère révolue. Difficile de ne pas s’attendrir devant cette figure du sauveur musclé, séducteur égocentrique mais vieillissant, soutenu par sa création technologique et incapable de passer la main aux jeunes. Ce héros symbole d’une industrie hollywoodienne toute puissante, désireuse d’en mettre plein la vue au monde entier, mais en pleine crise existentielle.</p>
<p>Oui, que l&rsquo;on soit hommes ou femmes, nous avons aimé ça. Pendant une période. À présent, il est temps de passer à autre chose. À de nouveaux héros, masculins et féminins, ayant intégré les changements dans la société mais aussi dans l’ordre mondial. Il est temps de réhabiliter le romantisme dans le sens noble du terme, de dépoussiérer l&rsquo;univers étriqué des blockbusters. Y a-t-il une héroïne pour sauver Hollywood ?</p>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<p>Ouvrages cités :</p>
<p>&#8211; <strong>Visual Pleasure and Narrative Cinéma</strong>, de Laura Mulvey</p>
<p>&#8211; <strong>Blockbusters. Hit-making, Risk-taking, and the Big Business of Entertainment</strong>, d’Anita Elberse</p>
<p>&#8211; <strong>Sleepless in Hollywood: Tales from the New Abnormal in the Movie Business</strong>, de Lynda Obst</p>
<p>Etudes citées :</p>
<p>&#8211; <a href="https://annenberg.usc.edu/sites/default/files/MDSCI_Gender_Inequality_in_300_Films.pdf" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Gender Inequality in Popular Films: Examining On Screen Portrayals and Behind the Scenes Employment Patterns in Motion Pictures Released between 2007 and 2009</i></a> – Annenberg School for Communication &amp; Journalism, University of Southern California</p>
<p>&#8211; <a href="https://annenberg.usc.edu/sites/default/files/MDSCI_Gender_Inequality_in_500_Popular_Films_-_Smith_2013.pdf">Gender Inequality in 500 Popular Films</a>, Stacy L. Smith, École de communication et de journalisme d’Annenberg</p>
<p>Articles en français :</p>
<p><i>&#8211; </i><a href="https://next.liberation.fr/cinema/2011/11/23/la-misogynie-ordinaire-d-hollywood_776736" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>La misogynie ordinaire d’Hollywood</i></a> – Libération, novembre 2011</p>
<p><i>&#8211; </i><a href="https://www.lefigaro.fr/cinema/2013/07/12/03002-20130712ARTFIG00455-cet-hollywood-qui-n-aime-pas-les-realisatrices.php" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Cet Hollywood qui n’aime pas les réalisatrices</i></a> – Le Figaro, juillet 2013</p>
<p>&#8211; <a href="https://www.slate.fr/story/75822/hollywood-peut-il-se-desintoxiquer-du-blockbuster"><i>Hollywood peut-il se désintoxiquer du blockbuster ?</i></a> – Slate.fr, août 2013</p>
<p>&#8211; <a href="http://www.allocine.fr/article/dossiers/cinema/dossier-18592066/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>15 blockbusters pour votre été 2013</i></a> – Allociné, mai 213</p>
<p><i>&#8211; </i><i>Twilight et le sexe, la scénariste Melissa Rosenberg s’explique </i>– Filmsactu.com, juillet 2010 (interview de la scénariste de Twilight par Elodie Leroy)</p>
<p>&#8211; <a href="https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-questions-de-genre/20131217.RUE0879/dans-le-monde-de-disney-les-femmes-ont-des-poignets-de-la-taille-d-un-il.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Dans le monde de Disney, les femmes ont les poignets de la taille d&rsquo;un œil</i></a> &#8211; Rue89, décembre 2013</p>
<p>Articles en anglais :</p>
<p><i>&#8211; </i><a href="https://www.theguardian.com/film/2013/oct/31/hollywood-new-abnormal-lynda-obst-scared-risk"><i>Hollywood and the &lsquo;New Abnormal&rsquo; – why the industry is scared of risk</i></a>, The Guardian, octobre 2013</p>
<p><i>&#8211; </i><a href="https://nofilmschool.com/2013/09/lynda-obst-on-summer-flops-how-industry-can-recover"><i>Bad Movies are Bad Business : Lynda Obst on Summer Flops &amp; How Industrie Can Recover</i></a> – Nofilmschool, septembre 2013</p>
<p>&#8211; <a href="https://www.wnyc.org/story/310749-in-a-world-where-blockbusters-bomb/"><i>In A World Where Blockbusters Bomb</i></a> – Studio360, août 2013</p>
<p><i>&#8211; </i><a href="https://screencraft.org/2013/11/22/four-quadrant-film-10-essential-elements/"><i>What makes a four-quadrant movie ? </i><i>10 essential elements</i></a><i> – Screencraft.org, novembre 2013</i></p>
<p>&#8211; <a href="https://www.damemagazine.com/2013/06/18/lynda-obst-why-hollywood-ignoring-women-hint-ka-ching/#sthash.odSwX766.dpuf"><i>Lynda Obst : Why Hollywood is Ignoring Women ? (Hint : Ka-Ching !)</i></a><i> – </i>Dame magazine, juin 2013</p>
<p>Les chiffres du Box Office sont issus des sites <a href="https://www.boxofficemojo.com/">Box Office Mojo</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Titanic_%28film,_1997%29">Wikipedia</a>.<br />
Pour connaître tous les secrets des scénaristes, consultez le site <a href="https://tvtropes.org/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">tvtropes.org</a></p>
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		<title>Femmes et Blockbusters I : quarante ans après Ripley, où en est-on ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elodie Leroy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Oct 2020 19:23:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma US & UK]]></category>
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					<description><![CDATA[Le machisme à Hollywood a de beaux jours devant lui ! En témoignent les personnages féminins dans les blockbusters, ces films à gros gros budget qui déferlent chaque année dans nos salles, et qui reposent sur une vision du monde ultra sexiste. J&#8217;ai d&#8217;abord publié cet article en 2013 sur le site StellarSisters et je&#8230; ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le machisme à Hollywood a de beaux jours devant lui ! En témoignent les personnages féminins dans les blockbusters, ces films à gros gros budget qui déferlent chaque année dans nos salles, et qui reposent sur une vision du monde ultra sexiste.<br />
</strong></p>
<p>J&rsquo;ai d&rsquo;abord publié cet article en 2013 sur le site <strong>StellarSisters</strong> et je l&rsquo;ai transféré ici. Entre-temps, la situation des femmes dans les blockbusters américains a-t-elle évolué ? Pas vraiment&#8230; Du moins pas dans les films les plus chers ! Voici mon analyse réalisée en 2013 et qui reste encore d&rsquo;actualité.</p>
<p>Le ton est donné : selon <i>Variety</i>, Jennifer Lawrence, 23 ans, est l’actrice la plus bankable de 2013, soit celle qui a rapporté le meilleur retour sur investissement à Hollywood, un titre qu’elle doit surtout à son premier rôle dans le second opus de la franchise <strong>Hunger Games</strong>. Elle est talonnée par Sandra Bullock, actrice principale du film de science-fiction <strong>Gravity</strong>. Traditionnellement monopolisé par les stars masculines, le peloton de tête était déjà occupé en 2012 par Natalie Portman grâce à l’exploitation mondiale de <strong>Black Swan</strong>. Cette dernière était alors suivie de Kristen Stewart, la star de <strong>Twilight</strong>, qui arrivait quant à elle en tête en 2011. Autrement dit, la A-list d’Hollywood se féminise&#8230; Effet ponctuel ou évolution durable ? Les héros d’action de demain seront-ils des héroïnes ? Pas sûr.</p>
<p><strong>Le dossier « Femmes et Blockbusters » est en 2 parties.</strong></p>
<p><figure id="attachment_636" aria-describedby="caption-attachment-636" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-636 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01.jpg" alt="Hunger Games 2" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hunger-games-2-01-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-636" class="wp-caption-text">Jennifer Lawrence</figcaption></figure></p>
<p>Dans la première partie de ce dossier consacré aux <strong>femmes dans les blockbusters</strong>, nous nous attarderons au préalable sur le contexte économique dans lequel évoluent ces productions, avant de dresser une typologie des figures féminines récurrentes, bien souvent conçues pour plaire à un public avant tout masculin. La seconde partie de ce dossier s&rsquo;intéressera aux éléments d&rsquo;explication du machisme qui sévit dans les blockbusters hollywoodiens et aux solutions qui s&rsquo;offrent à l&rsquo;heure actuelle pour y remédier.</p>
<p>À noter que si nous pointons le machisme de certains films et l’approche féministe d’autres films, il ne s’agit pas de juger automatiquement « mauvais » les premiers et « bons » les seconds, mais d’en décrypter les représentations afin de mettre en lumière les blocages et les symboles, et d’évaluer les pistes actuelles d’évolution.</p>
<h2>Un blockbuster, c&rsquo;est quoi ?</h2>
<p>Le terme, emprunté au jargon militaire, signifie littéralement « bombe à gros calibre ». D’abord utilisé dans le monde du théâtre américain, où il désignait les pièces remportant un grand succès, il est repris dans les années 1970 par le milieu du cinéma qui le fait évoluer. À présent, si l’on parle parfois de blockbuster pour désigner un film ayant engrangé des recettes importantes, il faut savoir qu&rsquo;un blockbuster se définit avant tout par des critères en amont : il s’agit d’une superproduction se distinguant par l’emploi d’effets spéciaux, d’une distribution et d’une campagne de publicité susceptibles d’attirer l’attention du public et des médias, et ce, quel que soit le succès du film à l’arrivée.</p>
<p>Le film considéré comme le premier blockbuster n&rsquo;est autre que <strong>Les Dents de la Mer</strong> (1975) de Steven Spielberg. Avec un budget de 8 millions de dollars, il en rapporte alors 260 millions rien qu’aux États-Unis (210 m$ dans le reste du monde). <strong>Les Dents de la Mer</strong> marque le début de « l’ère des blockbusters ». Parallèlement, une enquête menée en 1979 par la MPAA (Motion Picture Association of America) révèle que le public le plus consommateur de films serait principalement masculin et qu’il serait à 90 % âgé de 12 à 19 ans.</p>
<p>C’est ainsi que débarquent dans les salles des superproductions telles que <strong>La Guerre des Étoiles</strong> (1977) et <strong>Superman</strong> (1978), qui engendreront les franchises juteuses que l&rsquo;on connaît. Les choses s&rsquo;accélèrent dans les années 1980-90, avec une cascade de grosses productions : <strong>Les Aventuriers de l’Arche Perdue</strong> (1981), <strong>Terminator</strong> (1984), <strong>Retour vers le futur</strong> (1985), <strong>L&rsquo;Arme Fatale</strong> (1987), <strong>Jurassic Park</strong> (1993) et leurs suites respectives&#8230; Autant de cartons commerciaux qui favorisent le développement de multiplexes, aux États-Unis mais aussi en Europe.</p>
<p><figure id="attachment_645" aria-describedby="caption-attachment-645" style="width: 807px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-645 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01.jpg" alt="Titanic" width="807" height="1000" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01.jpg 807w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01-242x300.jpg 242w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/titanic-dicaprio-winslet-01-768x952.jpg 768w" sizes="(max-width: 807px) 100vw, 807px" /><figcaption id="caption-attachment-645" class="wp-caption-text">Kate Winslet et Leonardo DiCaprio</figcaption></figure></p>
<p>Car si le marché hors-USA ne représente que 20% des recettes de ces blockbusters au début des années 1980, contre 80% pour le marché domestique, les rapports de force s&rsquo;inversent au cours des années 1990, cependant que les studios majors diversifient leur offre afin de toucher tous les publics. En 1997, <strong>Titanic</strong> déclenche un véritable phénomène international en donnant la part belle aux effets spéciaux digitaux mais aussi à la romance.</p>
<p>Avec son couple mythique formé par Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, le film catastrophe de James Cameron confirme le potentiel énorme de l&rsquo;exportation : le film engrange 1,8 milliards à l&rsquo;étranger, contre 600 m$ aux USA. À l&rsquo;époque, les budgets commencent déjà à flamber mais<strong> Titanic</strong> demeure le film le plus coûteux de l&rsquo;histoire du cinéma (200 m$), devant <strong>Waterworld</strong> (172 m$) et <strong>Wild Wild West</strong> (170 m$). Au début des années 2000, le blockbuster à plus de 100 m$ demeure tout de même exceptionnel &#8211; considéré comme une superproduction à sa sortie, un film comme <strong>Matrix</strong> (Andy et Lana Wachowski) n&rsquo;a coûté « que » 63 m$.</p>
<p>Or depuis l’explosion du numérique et plus récemment le développement de la 3D, nous assistons à une nouvelle inflation des coûts de ces superproductions. Cette inflation s’explique entre autres par l’ouverture de marchés à fort potentiel, tels que la Chine et la Russie, dont les spectateurs sont friands d’effets spéciaux tape-à-l’œil. Une fois encore, James Cameron est précurseur : lors de sa sortie en 2009, <strong>Avatar </strong>impressionne non seulement par la profondeur de ses rendus 3D mais aussi par ses chiffres démesurés : 387 m$ de budget (dont 150 m$ de marketing) et 2,78 milliards de recettes. Ce qui provoque une nouvelle flambée des budgets, en plus d&rsquo;un investissement massif sur la 3D.</p>
<p>Aujourd’hui, les studios articulent leur stratégie autour d’un petit nombre de blockbusters aux budgets pharamineux et soutenus par un marketing de plus en plus agressif. 220 m$ pour <strong>Avengers</strong> (Joss Whedon), 200 m$ pour <strong>Iron Man 3 </strong>(Shane Black), 225 m$ pour <strong>Man of Steel</strong> (Zack Snyder)… Des chiffres qui ne reflètent pas toujours la qualité des longs métrages.</p>
<p>Dans son essai <em><strong>Blockbusters. Hit-making, Risk-taking, and the Big Business of Entertainment</strong></em>, Anita Elberse, professeure d’économie à Harvard, explique cette concentration budgétaire : il serait plus rentable d’investir un maximum d’argent sur un petit nombre de projets, quitte à risquer de tout perdre, plutôt que de multiplier les projets de moindre ampleur. Les producteurs hollywoodiens appellent cela la <em>tentpole strategy</em>. Le but est de développer des économies d’échelle, notamment en matière de déploiement marketing et d&#8217;emploi des superstars, mais aussi d’axer la stratégie sur le développement de projets susceptibles de conquérir les marchés émergents.</p>
<p><figure id="attachment_626" aria-describedby="caption-attachment-626" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-626" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster.jpg" alt="Avengers" width="900" height="506" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-poster-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-626" class="wp-caption-text">L&rsquo;affiche très masculine d&rsquo;Avengers</figcaption></figure></p>
<p>En plus de laisser de moins en moins de place aux produits de niche, ce système a aussi son revers de la médaille pour les blockbusters eux-mêmes. Sur le plan artistique, il explique l’appauvrissement des scénarios et l’effet de répétition constatés depuis quelques années, avec la profusion de franchises ultra-calibrées adaptées de comics, mais aussi de remakes et de reboots.</p>
<p>Sur le plan économique, il met en danger toute l’industrie, comme le soulignaient en août 2013 Steven Spielberg et George Lucas lors d’une Master Class très médiatisée. Selon leur diagnostic, Hollywood devrait péricliter prochainement suite aux échecs successifs de plusieurs blockbusters, laissant la place à une nouvelle ère.</p>
<p>Cette « économie des blockbusters » a tout à voir avec le sujet qui nous intéresse, à savoir la représentation des femmes dans les superproductions actuelles. Aujourd’hui, si l’on porte attention aux personnages féminins, on observe deux mouvements contradictoires, avec d’un côté, le retour en force d’un machisme que l’on croyait révolu (<strong>The Dark Knight Rises</strong>, <strong>Man of Steel</strong>, <strong>Captain America</strong>, etc.), et de l’autre, l’émergence de véritables héroïnes dans des franchises à succès tels que <strong>Twilight</strong> et <strong>Hunger Games</strong>. Mais au bout du compte, où en est-on vraiment ?</p>
<h2>Trente-cinq ans après Ripley&#8230;</h2>
<p>Le 1<sup>er</sup> mai 2013, le site <i>Allociné</i> publiait un dossier intitulé <a href="http://www.allocine.fr/article/dossiers/cinema/dossier-18592066/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>15 blockbusters pour votre été 2013</i></a>. Les productions mises en avant dans l’article ont toutes un point commun : les héros y sont de sexe masculin. Cela n’aura échappé à personne, si l’on examine les blockbusters de ces dernières années, les héroïnes manquent cruellement à l’appel et les personnages féminins, plus généralement, sont en nombre restreint. Ce qui signifie que les femmes sont sous-représentées dans la catégorie de films dominante. Pourtant, la franchise <strong>Hunger Games</strong> (Francis Lawrence) n’est pas la première superproduction à mettre en avant une héroïne, loin de là.</p>
<p>1979, sortie d’<strong>Alien, le huitième passager</strong> de Ridley Scott, avec Sigourney Weaver dans le rôle principal. Ou presque car au début du film, Ripley apparaît plutôt comme un second rôle derrière ses collègues masculins. Habilement, le réalisateur glisse vers son point de vue à mesure que la créature décime l’équipage du vaisseau, afin de faire peu à peu, l’air de rien, passer Ripley au premier plan.</p>
<p>À l’époque, le public s’étonne de découvrir une femme dotée d’un tel instinct de survie et d’un esprit aussi vif. Le choix de Ridley Scott est d’autant plus audacieux qu’<strong>Alien</strong> est un film de science-fiction, un genre que l’imaginaire collectif définit comme résolument masculin (nous sommes à l’époque de <strong>Star Wars</strong>, ne l’oublions pas).</p>
<blockquote><p><em><strong>Bande-annonce de</strong> <strong>Terminator 2</strong> : Musclée, désabusée et hors-la-loi, Sarah Connor (Linda Hamilton) est la première femme bad ass au cinéma.</em></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" title="Terminator 2: Judgement Day Trailer" width="790" height="444" src="https://www.youtube.com/embed/A0nwFeaMOCA?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Depuis <strong>Alien</strong>, et hormis les épisodes suivants de la franchise, combien d’actrices ont tenu un premier rôle dans un blockbuster ? Elles sont peu nombreuses. Il y a eu <strong>Terminator</strong> (James Cameron) en 1984, où Linda Hamilton interprétait Sarah Connor, une <i>woman next door</i> prise en chasse par un terrifiant robot venu du futur. Actrice d’un rôle mais véritable icône pour les fans de SF, Linda Hamilton revenait en 1991 dans la suite, <strong>Terminator 2 : le Jugement Dernier</strong>, en tant que second rôle. De manière intéressante, James Cameron choisit alors d’en faire une femme d’action surentraînée mais internée en asile psychiatrique, comme pour accentuer le caractère hors normes de ce personnage aux antipodes des stéréotypes féminins.</p>
<p>Par la suite, les superproductions se sont montrées pour le moins timides avec les héroïnes. <strong>Charlie&rsquo;s Angels</strong> (2000, 92 m$ de budget) de McG, avec Cameron Diaz, Drew Barrymore et Lucy Liu, prend le risque en s’appuyant sur la mode des adaptations de séries, sachant qu’il aura fallu que Drew Barrymore s’investisse en tant que productrice pour que le projet voie le jour. Le film connaîtra une suite assez dingue avec <strong>Charlie&rsquo;s Angels 2 : Les Anges se déchaînent</strong> (McG, 2003). <strong>Lara Croft: Tomb Raider</strong> avec Angelina Jolie (Simon West, 2001, 110 m$) et <strong>Catwoman </strong>avec Halle Berry<b> </b>(Pitof, 2004, 100 m$) bénéficient également de budgets conséquents.</p>
<p>À noter que Halle Berry est la seule actrice noire à avoir jamais tenu un premier rôle dans un blockbuster : les femmes ne sont pas les seules à faire l&rsquo;objet de discriminations (les acteurs noirs héros de blockbusters se comptent sur les doigts d&rsquo;une main). Plus récemment, <strong>Salt</strong> (Philip Noyce, 2010) mettait en scène, avec 110 m$ en poche, Angelina Jolie dans un film de fugitif, un genre jusqu’alors strictement réservé aux acteurs.</p>
<p><figure id="attachment_629" aria-describedby="caption-attachment-629" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-629" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01.jpg" alt="" width="800" height="522" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01-300x196.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/charlies-angels-01-768x501.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-629" class="wp-caption-text">Charlie&rsquo;s Angels 2 : Les Anges se Déchaînent (2003) &#8211; Les Anges défient les hommes sur leur territoire dans la scène-culte de la poursuite en motocross.</figcaption></figure></p>
<p>Pour ce qui est de <strong>Twilight</strong> (Catherine Hardwicke) et ses suites, le cas est plus complexe : si l’on retient la définition du blockbuster selon les moyens employés, et non selon les recettes, les trois premiers films entrent difficilement dans cette catégorie puisque leur coût évolue entre 37 et 68 m$. Au départ, <strong>Twilight</strong> a été conçu comme un produit de niche. En revanche, les budgets augmentent nettement pour les opus 4 et 5, qui ont respectivement coûté 110 et 120 m$. Les recettes, quant à elles, sont bien entendu celles de blockbusters pour toute la franchise (de 392 à 829 m$).</p>
<p>Enfin, on peut également citer le magnifique <strong>Gravity </strong>(100 m$) d&rsquo;Alfonso Cuaron, avec Sandra Bullock, sachant qu’il s’agit d’une coproduction États-Unis/Angleterre. Avec ses 630 m$ de recettes à travers le monde, <strong>Gravity</strong> fait en tout cas la démonstration éclatante que la présence d’une femme au premier plan n’est nullement un frein au succès d’un blockbuster. Une démonstration confirmée par la franchise <strong>Hunger Games</strong>, qui a fait de Jennifer Lawrence l&rsquo;actrice la plus rentable du moment. On notera malgré tout que les budgets de ces productions n&rsquo;ont rien à voir avec ceux des films de superhéros masculins actuels.</p>
<p><figure id="attachment_641" aria-describedby="caption-attachment-641" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-641" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar.jpg" alt="" width="900" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar-300x188.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/rebelle-pixar-768x480.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-641" class="wp-caption-text">Rebelle (2012) &#8211; Moment historique chez Pixar, qui produit avec Rebelle son 13e long métrage et son 1er avec une héroïne !</figcaption></figure></p>
<p>Il n’y a guère plus d’exemples à mentionner. Nous ne pouvons pas compter <strong>Kill Bill</strong> car avec ses 30 millions de dollars de budget par film, le diptyque de Quentin Tarantino ne prétend pas se classer dans la catégorie des blockbusters. Difficile également d’englober les franchises <strong>Resident Evil</strong> (30 à 65 m$ de budget par film) et <a href="http://caroline-leroy.eklablog.com/critique-underworld-director-s-cut-a167674910" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Underworld </strong></a>(22 à 75 m$ par film) car il s’agit de produits de niche destinés à un public d’initiés.</p>
<p>C&rsquo;est également le cas du très original <strong>Sucker Punch</strong> de Zack Snyder malgré son budget important (82 m$), une contradiction probablement responsable de son échec commercial. Enfin, le cas <strong>Elektra </strong>(Rob S. Bowman, 2005) est particulièrement édifiant : le budget du film (43 m$) est tellement ridicule par rapport aux standards des films de superhéros que l’on ne s’étonne pas de son naufrage. La production ne s’est tout simplement pas donné les moyens de ses ambitions. Mais avait-elle vraiment des ambitions ?</p>
<p>La pauvreté de cette liste laisse songeur. Que s&rsquo;est-il donc passé en 35 ans pour que l&rsquo;on n&rsquo;ait pas davantage avancé dans la présence d’héroïnes dans les blockbusters ?</p>
<h2>Un public éduqué aux histoires de garçons</h2>
<p>Si une écrasante majorité de blockbusters placent l’homme au cœur de l’action et relèguent la femme au second plan, ce serait paraît-il pour des raisons purement pragmatiques : il faut miser sur des valeurs sûres, telles que des têtes d’affiches <em>bankable</em> et des arguments accrocheurs, mais aussi sur le premier public consommateur de films. Or le profil de ce dernier serait celui d’un adolescent de type caucasien.</p>
<p>En réalité, la notion de premier consommateur est à prendre avec précaution : il s’agirait de celui qui se précipite en salle dès la sortie du film, les chiffres des premières séances ayant le propre de conditionner toute la vie commerciale du produit. Et qu&rsquo;importe si par la suite, le film attire davantage de femmes. Cela dit, ce spectateur-type irait souvent voir les films en couple et c’est pourquoi on trouve toujours, dans les blockbusters d’action, un second rôle féminin et une romance dédiés à la « copine du spectateur ». Le tout dans le but affiché qu’elle ne bride pas son copain dans ses choix de sorties (car c’est apparemment lui qui décide !). Bref, tout tourne autour de l’homme. Ou plus exactement de l’ado américain blanc.</p>
<p><figure id="attachment_628" aria-describedby="caption-attachment-628" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-628" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/captain-america-2-poster.jpg" alt="" width="700" height="933" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/captain-america-2-poster.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/captain-america-2-poster-225x300.jpg 225w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption id="caption-attachment-628" class="wp-caption-text">Captain America 2 (Anthony et Joe Russo, 2014) &#8211; La diversité selon le blockbuster américain : l&rsquo;homme blanc occupe le premier plan, devant ses deux faire-valoir. Notez la posture de l&rsquo;actrice, conçue pour mettre en valeur ses formes féminines.</figcaption></figure></p>
<p>Ce principe s’applique également aux films pour enfants à gros budget, qu’il s’agisse des productions Disney, Pixar ou Dreamworks. En dehors des histoires de princesses, qui seront explicitement destinées aux filles et feront rarement l&rsquo;objet de franchises, les grosses productions sont presque toutes des histoires de garçons (ou assimilés). Si l’on observe depuis peu un effort de diversité – <strong>Rebelle</strong> (Brenda Chapman, Mark Andrews), <strong>La Reine des Neiges</strong> (Jennifer Lee, Chris Buck) –, probablement guidé par l’envie d’imiter les gros succès japonais (les héros de Hayao Miyazaki sont souvent des héroïnes), les productions américaines les plus coûteuses et considérées comme les plus porteuses comportent peu de personnages féminins et les placent au second plan. C’est le cas des franchises <strong>Shrek</strong>, <strong>Toy Story</strong>, <strong>Cars</strong>, <strong>Kung-Fu Panda</strong>, <strong>Dragons</strong>…</p>
<p>Ainsi, le conditionnement débute très tôt. La répartition des rôles est claire : les garçons sont les héros et les filles les seconds rôles. Chacun apprend sa place dès le plus jeune âge par le biais de la fiction.</p>
<p>1<sup>er</sup> corollaire : les filles apprennent qu’il leur faudra évoluer dans un monde d’hommes, où elles seront en minorité (donc en rivalité) et devront s’adapter aux codes masculins.<br />
2<sup>nd</sup> corollaire : les filles apprennent très tôt à imaginer le regard masculin posé sur elles, un regard qu&rsquo;elles perçoivent comme universel et qui juge leur apparence physique, sachant que les proportions féminines dans les films pour enfants sont déjà hypersexualisées, voire difformes (voir l&rsquo;article <a href="https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-questions-de-genre/20131217.RUE0879/dans-le-monde-de-disney-les-femmes-ont-des-poignets-de-la-taille-d-un-il.html" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><i>Dans le monde de Disney, les femmes ont les poignets de la taille d&rsquo;un œil</i></a>, sur Rue89).</p>
<p>Ces constats s’accentuent bien évidemment dans les blockbusters pour adultes : le fait qu&rsquo;une actrice se fasse gonfler la poitrine ne choque plus personne.</p>
<h2>Le regard masculin comme symbole de pouvoir</h2>
<p>Dans le cinéma occidental, le regard masculin est omniprésent et s’exprime jusque dans la forme puisque les films jouent la carte de l’érotisation du corps féminin : balayage de bas en haut sur l’actrice entrant en scène, images volées dans l’intimité, plan sur le corps de la femme pendant l’amour, sur son visage pendant l’orgasme…</p>
<p>On peut aisément faire le lien avec le fameux <i>male gaze</i> théorisé par la critique de cinéma Laura Mulvey dans son essai <em><strong>Visual Pleasure and Narrative Cinéma</strong></em>, publié en 1975. En anglais, <i>gaze</i> signifie regard avec une idée de contemplation.</p>
<p><figure id="attachment_627" aria-describedby="caption-attachment-627" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-627" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-veuve-noire.jpg" alt="" width="700" height="772" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-veuve-noire.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/avengers-veuve-noire-272x300.jpg 272w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption id="caption-attachment-627" class="wp-caption-text">Scarlett Johansson dans Avengers &#8211; Très employée dans les comics et sur les affiches de films, cette posture est dédiée au regard masculin puisqu&rsquo;elle permet d&rsquo;apercevoir la poitrine, le fessier et la ligne du dos du personnage féminin.</figcaption></figure></p>
<p>Selon Mulvey, qui avait pris pour objet d’étude les classiques hollywoodiens des années 1950 et 1960, le spectateur est invité à adopter le point de vue d’un homme hétérosexuel, la femme devenant un objet destiné à être contemplé et désiré. En s’attardant sur le corps féminin, la caméra est assimilée au regard de l’homme, porteur du point de vue du réalisateur. Le <i>male gaze</i> devient le signe d’un pouvoir asymétrique : il symbolise le rôle actif de l’homme et le fait d’être regardé le rôle passif de la femme.</p>
<p>Ce regard masculin ouvre la possibilité d’une identification directe pour le spectateur mâle. Au contraire, il implique un processus d’identification plus trouble pour la spectatrice qui naviguera tour à tour entre les deux points de vue – féminin dans la romance et masculin dans l’action – voire sera tentée de regarder l’actrice en imaginant le regard de l’homme.</p>
<p>Aujourd’hui, le propos de Laura Mulvey n’a pas pris une ride. Il est largement applicable aux blockbusters actuels, où la femme occupe la position d’objet et rarement de sujet. Quand elles n’ont pas pour unique rôle d’apporter la touche érotique de l’histoire : observez les bandes-annonces de blockbusters, vous apercevrez bien souvent un ou deux plans suggérant que l’actrice apparaîtra dénudée, ou du moins au lit. Cette promesse fait partie des arguments de vente de ces superproductions, dans lequel le héros « gagnera » la femme à la fin du film, entre autres conquêtes réalisées grâce à ses exploits.</p>
<h2>La solitude du second rôle féminin</h2>
<p>Objets désirables, alliées ou ennemies, les femmes de blockbusters sont doublement pénalisées puisqu’elles sont en forte minorité, ce qui rend l’identification encore plus difficile pour le public féminin, faute de pouvoir choisir entre un nombre suffisamment grand de personnages. Dans sa bande dessinée <em><strong>The Rule</strong></em>, la dessinatrice américaine Alison Bechdel a introduit en 1985 ce que l’on appelle aujourd’hui le « Test de Bechdel », utilisé depuis 2012 par les salles de cinéma suédoises pour labelliser les films par un indicateur de sexisme.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-643" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/test-bechdel.jpg" alt="" width="445" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/test-bechdel.jpg 445w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/test-bechdel-223x300.jpg 223w" sizes="(max-width: 445px) 100vw, 445px" /></p>
<p>Dans la BD, un personnage sans nom précise qu’elle ne regarde les films que s’ils remplissent trois conditions :<br />
1- Il doit y avoir au moins deux femmes dans le film…<br />
2- …qui parlent entre elles…<br />
3- …d’autre chose que d’un homme.<br />
Sans surprise, la plupart des blockbusters de superhéros, même les meilleurs, échouent au test : <strong>Spiderman</strong> (Sam Raimi), <strong>Transformers</strong> (Michael Bay), <strong>The Dark Knight</strong> (Christopher Nolan), <strong>Avengers</strong> (Joss Whedon)… Il y a bien trop peu de femmes dans ces films pour qu&rsquo;elles connaissent le moindre échange entre elles. Les seuls films de superhéros récents à passer le test avec succès sont <strong>Thor</strong> (Kenneth Branagh) et <strong>Iron Man 3</strong> (Shane Black).</p>
<p>Bien évidemment, le Test de Bechdel n’est qu’un indicateur et ne tient pas compte de l’écriture des personnages à proprement parler. Il pénalise aussi les films reposant sur un petit nombre de personnages tels que <strong>Gravity </strong>qui peut pourtant difficilement être accusé de sexisme. Mais s’il demeure imparfait, ce test repose sur une observation on ne peut plus pertinente : les femmes sont sous-représentées dans la plupart des blockbusters.</p>
<p>De ce fait, le moindre personnage féminin devient une ambassadrice de son genre à part entière, et non plus, à l’image des rôles masculins, un individu-personnage exprimant une ou plusieurs facettes de l’humain (héroïsme, générosité, lâcheté, cupidité, etc.). Ainsi, le jugement que l’on portera sur elle sera susceptible d’être étendu à toute la gent féminine : la fourberie d’un personnage masculin sera juste un trait de caractère, alors que la fourberie d’un personnage féminin sera nommée « duplicité féminine ».</p>
<p>Minoritaires, les femmes se doivent d’être utiles au scénario. Ainsi, leur parcours sera régi par un seul objectif : contribuer à l’évolution du héros. Aussi excellent qu’il soit, le film de science-fiction <strong>Inception</strong> (Christopher Nolan, 2010) offre une bonne illustration de ce principe. <strong>Inception</strong> comporte très exactement deux femmes, dont une, Mall (Marion Cotillard), n’est pas exactement la femme défunte de Cobb (Leonardo DiCaprio) mais le souvenir qu’il en a conservé. Ce qui veut dire qu’elle est entièrement définie par son regard, en plus d’intervenir exclusivement pour faire ressurgir le drame de leur couple. De son côté, Ariane (Ellen Page) a certes un rôle intellectuel à jouer dans l’équipe, ce qui est rare dans ce type de film.</p>
<p>Pourtant, d’un point de vue dramaturgique, sa véritable mission consiste à aider Cobb à résoudre ses problèmes personnels. Tout naturellement, dans l’unique scène voyant les deux femmes interagir, la conversation tourne autour de Cobb. <strong>Inception </strong>échoue au troisième niveau du test. C’est l’exemple d’un film dont les personnages féminins se définissent « par rapport » au héros.</p>
<blockquote><p><em><strong>Extrait du film Transformers 3 : La Face Cachée de la Lune</strong> : Première apparition de Rosie Huntington Whiteley, qui remplace Megan Fox dans le 3e opus de la franchise de Michael Bay. Le premier plan offre une vue directe sur ses cuisses et ses fesses et, pendant l&rsquo;échange dialogué, la caméra se positionne à hauteur des yeux du héros (Shia LaBeouf) qui se trouve quant à lui allongé sur le lit. Ainsi, le personnage féminin occupe clairement la position d&rsquo;objet, un objet défini par le regard masculin.</em></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" title="Rosie Huntington opening scene Transformers 3 [1080p]" width="790" height="444" src="https://www.youtube.com/embed/Z1KeWcJt6XE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<h2>Cette femme que le héros « gagne » à la fin du film&#8230;</h2>
<p>Second rôle ne voulant pas nécessairement dire mauvais rôle, même s’il est mis au service d’un homme, il est temps de s’intéresser à cette femme que le héros gagne à la fin du film. Qui est-elle vraiment ? C’est bien tout le problème : la femme de blockbusters souffre bien souvent d’un défaut d’écriture, une tendance qui n&rsquo;a fait que se renforcer depuis la fin des années 2000, avec l’appauvrissement des scénarios lié à la concentration des budgets évoquée plus haut.</p>
<p>Ainsi, dans sa caractérisation, ce second rôle féminin se voit bien souvent privé de ce que j’appellerais son histoire personnelle, et qui se définit en deux temps :<br />
1- ce qu’elle a vécu avant le film et qui a forgé son caractère et ses valeurs,<br />
2- son évolution à travers le film, à savoir ce qu’elle vit et comment elle le vit en tant qu’individu.</p>
<p><figure id="attachment_642" aria-describedby="caption-attachment-642" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-642" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst.jpg" alt="" width="900" height="590" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst-300x197.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/spiderman-kirsten-dunst-768x503.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-642" class="wp-caption-text">Kirsten Dunst dans Spiderman (2002) &#8211; Mary Jane Watson prend l&rsquo;initiative du premier baiser dans Spiderman</figcaption></figure></p>
<p>Non seulement le passé du personnage féminin est de plus en plus sommaire (par exemple, dans <strong>Man of Steel</strong>, <a href="https://lesecransdelodie.com/man-of-steel-chronique-dun-massacre-celui-dune-mythologie/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">on ne sait plus rien de Loïs Lane</a>), mais son évolution pendant le film se réduit la plupart du temps à ses interactions avec le héros. C’est le cas de Selina Kyle dans <strong>The Dark Knight Rises </strong>(Christopher Nolan), Sharon Carter dans <strong>Captain America</strong> (Joe Johnston), Betty Ross dans <strong>L’Incroyable Hulk</strong> (Louis Leterrier)… Que font ces femmes de leur vie, une fois l&rsquo;histoire en route, à part penser au héros, parler de lui et agir en fonction de lui ?</p>
<p>Dans <strong>Iron Man</strong> (Jon Favreau), la situation est plus complexe : Pepper Potts (Gwyneth Paltrow) agit en fonction de Tony Stark mais elle bénéficie également d’une évolution intéressante, voire progressiste : secrétaire dans l’opus 1, elle se voit léguer l’entreprise de Stark dans l’opus 2 et joue un rôle central dans le 3.</p>
<p>Pour donner un autre contre-exemple, nous citerons Mary Jane Watson (Kirsten Dunst) dans la franchise <strong>Spiderman</strong> de Sam Raimi. Si l’on se focalise sur les kidnappings de Mary Jane à la fin de chaque épisode, la franchise <strong>Spiderman</strong> sera vite taxée de sexisme. Trop vite. Car l’écriture du personnage est plus riche que celle de ses concurrentes, et ce, pour une raison simple : Mary Jane mène sa propre vie, une vie hors-champ qui échappe à la perception de Peter Parker.</p>
<p>Au début du premier film, en une simple scène entendue de la fenêtre du héros, un conflit entre la jeune femme et son père laisse entrevoir son insécurité affective. Par la suite, chaque fois que Peter la retrouve après l’avoir perdue de vue, elle a vécu des événements tels que la perte d’un emploi, la rencontre avec un autre homme, etc. Mary Jane Watson a aussi des défauts de caractère et c’est ce qui la rend humaine et attachante.</p>
<p>Ainsi, un autre indicateur de sexisme pourrait consister à répondre à la question suivante : <strong>si le scénariste écrivait une version alternative adoptant le point de vue du personnage féminin, aurait-il une histoire suffisamment consistante à raconter ?</strong></p>
<p>Pour la plupart des seconds rôles féminins de blockbusters, la réponse est non. En dehors de leur relation avec le héros, que sait-on de Mikaela (Megan Fox) dans <strong>Transformers</strong> ou Betty Ross (Liv Tyler) dans <strong>L&rsquo;Incroyable Hulk</strong> ? Même sur Pepper Potts dans <strong>Iron Man</strong>, qui suit un parcours que l&rsquo;on peut qualifier de féministe, il n&rsquo;a guère matière à développer un scénario.</p>
<blockquote><p>“<em>Vous allez faire exactement ce que je vous dis, exactement !</em>“<br />
&#8211; Jeremy Renner à Rachel Weisz dans <strong>Jason Bourne : L&rsquo;héritage</strong></p></blockquote>
<h2>Femme romantique, femme passive</h2>
<p>À défaut de faire l’objet d’un véritable soin d’écriture, ces personnages ont-ils vu leur profil évoluer depuis trente ans ? Au premier abord, il semblerait que oui : scientifiques, journalistes de terrain, femmes d’affaires ou combattantes, elles ont intégré les changements de la société. Du moins en apparence. Car ces profils cachent une grande hypocrisie. Drapés des atours de la femme moderne, ces rôles féminins finissent bien souvent par perdre leur indépendance au contact du héros.</p>
<p><figure id="attachment_635" aria-describedby="caption-attachment-635" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-635" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron.jpg" alt="" width="800" height="534" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/hancock-charlize-theron-768x513.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-635" class="wp-caption-text">Charlize Theron dans Hancock (2008) &#8211; Le camouflage de la super-héroïne : femme au foyer</figcaption></figure></p>
<p>Dans les films de superhéros, cette régression est momentanée et se traduit souvent par un kidnapping (<strong>Spiderman</strong> et bien d’autres) ou une blessure qui la met sur la touche (<strong>Hancock </strong>de Peter Berg) : c’est le point culminant de l’histoire, où la femme retourne à l’état passif tandis que l’homme montre son héroïsme en la sauvant au péril de sa vie. Après tout, cela fait partie des conventions du genre.</p>
<p>Là où ce procédé devient vraiment irritant, c’est lorsqu’il s’éternise durant tout le film. C’est notamment le cas dans les films d’agents secrets fugitifs, où la situation accule une femme indépendante à tout plaquer pour suivre un homme, accomplissant éventuellement une ou deux actions pour la forme. Avouons-le, il y a bel et bien derrière tout cela un fantasme féminin : quelle femme n’a jamais fantasmé de rencontrer un <i>bad boy</i> ? D’un point de vue féminin, fuir avec un <i>bad boy</i> correspond à un fantasme de transgression. Mais il ne fonctionne que si le regard féminin est bel et bien pris en compte. Or si celui-ci est toujours utilisé ici et là pour mettre l’emphase sur le caractère extraordinaire du héros, le basculement vers le point de vue masculin finit toujours par se faire, au détriment de la demoiselle qui se retrouve sur la touche.</p>
<p><figure id="attachment_639" aria-describedby="caption-attachment-639" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-639" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02.jpg" alt="" width="900" height="632" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02-300x211.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-02-768x539.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-639" class="wp-caption-text">Rachel Weisz et Jeremy Renner dans Jason Bourne : L&rsquo;Héritage (2012) &#8211; Tenir sa partenaire par le bras dans la rue, une mauvaise manie chez les agents secrets en fuite?</figcaption></figure></p>
<p>Autre maladresse typique du genre : le passage du statut de femme autonome à celui de femme dépendante justifie généralement que le héros la tienne pas le bras dans la rue, la retourne de force pour lui parler ou encore lui crie dessus, notamment lorsqu&rsquo;elle souhaite prendre une initiative (maladroite, forcément).</p>
<p>Dans cet esprit, <strong>Jason Bourne : L’Héritage</strong> (Tony Gilroy), avec Jeremy Renner et Rachel Weisz, joue non seulement la carte du sérieux absolu totalement dépourvu d’humour, mais applique les codes les plus rétrogrades du genre, bien plus que dans le premier épisode de la franchise. Dans <strong>La Mémoire dans la Peau</strong> (Doug Liman), l’actrice allemande Franka Potente interprétait une jeune femme un peu paumée, sans attaches, et il était donc plus crédible qu’elle se laisse entraîner dans cette galère par Jason Bourne (Matt Damon).</p>
<p>Au contraire, la scientifique campée par Rachel Weisz exerce un travail qui lui a permis d’acquérir par elle-même un bon statut social. Or au contact du héros, elle va précisément se voir dépossédée de son autonomie. Attaquée chez elle dès le début par une bande de tireurs, elle est sauvée de justesse par l’agent.</p>
<p><figure id="attachment_638" aria-describedby="caption-attachment-638" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-638" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01.jpg" alt="" width="900" height="607" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01-300x202.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/jason-bourne-lheritage-01-768x518.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-638" class="wp-caption-text">Jeremy Renner et Rachel Weisz dans Jason Bourne : L&rsquo;Héritage (2012) &#8211; La scène érotique du film?</figcaption></figure></p>
<p>Expert de ce type de situation, il arrive à point nommé, avec un plan précis dans la tête et surtout une réplique qu’il déclame en la plaquant contre un mur : « <i>You’re gonna do exactly as I say, exactly ! </i>» (« <i>Vous allez faire exactement ce que je vous dis, exactement !</i> »). Tout est dit : pour son propre bien et pour l’intérêt général, la femme doit obéir à l’homme ; et attention, elle doit lui obéir à la lettre car si elle dévie d’un iota des ordres donnés par le héros, elle risque de provoquer une catastrophe ingérable. Cette réplique, nous l’entendons régulièrement dans les blockbusters d’action américains. Et cela dure depuis 30 ans.</p>
<p>Les films d’agent secret en fuite sont-ils définitivement ringards ? Peut-être bien. À moins que le genre ne soit abordé différemment. C’est le cas dans <strong>Night and Day</strong>, de James Mangold, où Cameron Diaz interprète une femme ordinaire qui rencontre un agent extraordinaire en la personne de Tom Cruise. L&rsquo;idée du couple en fuite est ici employée avec beaucoup d’humour, non pas sous l’angle du fantasme masculin de briller devant une nana mais celui du fantasme féminin de vivre une aventure avec un mec sexy.</p>
<p><figure id="attachment_640" aria-describedby="caption-attachment-640" style="width: 700px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-640" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/knight-and-day-01.jpg" alt="" width="700" height="585" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/knight-and-day-01.jpg 700w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/knight-and-day-01-300x251.jpg 300w" sizes="(max-width: 700px) 100vw, 700px" /><figcaption id="caption-attachment-640" class="wp-caption-text">Tom Cruise et Cameron Diaz dans Knight and Day (2010) &#8211; Même posture que sur l&rsquo;image précédente, mais Cameron Diaz, elle, a une idée derrière la tête&#8230;</figcaption></figure></p>
<p>La prise en compte du public féminin est évidente dans la scène de la moto. Passage obligé du genre, avec sa variante en voiture, ce type de scène met généralement en action le héros armé de flingues et de lunettes noires (être sexy et à la mode est capital) aux commandes de l’engin. C&rsquo;est le moment où il va impressionner sa partenaire en l’embarquant dans une course-poursuite démente, pendant laquelle elle n’aura aucun contrôle et n’aura d’autre choix que de crier et de se cramponner à lui – la connotation sexuelle est à peine camouflée. Or contrairement à ses collègues féminines, Cameron Diaz ne reste pas passive : elle se retourne sur la moto, saisit les deux flingues et tire généreusement, le tout en serrant Tom Cruise entre ses cuisses. Elle prend le contrôle de la scène – et donc de sa dimension érotique.</p>
<p>Mais <strong>Night and Day</strong> demeure une exception : Cameron Diaz est l’une des rares actrices qui, en plus d’avoir le droit d’être sexy et drôle à la fois, peut se permettre d’imposer une telle image d’assurance, quitte à en irriter quelques-uns.</p>
<blockquote><p>“<i>Chéri, je suis rentrée ! Ah ! J’oubliais, je ne suis pas mariée…</i>”- Réplique du film <strong>Batman, le Défi &#8211;</strong></p></blockquote>
<h2>La femme d&rsquo;action, symbole du féminisme ?</h2>
<p>C’est une évidence, l’inflation des budgets et la standardisation forcenée qui en découle sont largement en cause dans la pauvreté d’écriture des personnages féminins à l&rsquo;heure actuelle. Le cheminement des femmes d&rsquo;action est éloquent.</p>
<p>Alors qu&rsquo;elles faisaient office d&rsquo;exceptions dans les années 1980, les femmes d&rsquo;action ont pris leur envol dans les années 1990, où les budgets commençaient à devenir conséquents mais n’atteignaient pas encore des sommes aussi démesurées. On a pu voir à l&rsquo;époque un certain nombre de personnages valorisant la force féminine (Sigourney Weaver dans la saga <strong>Alien</strong>, Linda Hamilton dans <strong>Terminator 2</strong>, Rene Russo dans <strong>L’Arme Fatale 3</strong>, Michelle Yeoh dans <strong>Demain ne meurt jamais</strong>, etc.). Mais dans les années 2000, les <i>action girls </i>se sont affadies : toujours prometteuses au début du film, elles seront finalement tout juste bonnes à assister le(s) héros dans sa(leur) quête. Les choses sérieuses se déroulent entre hommes (<strong>X-Men</strong>, <strong>G.I. Joe: Le Réveil du Cobra</strong>, <strong>Green Lantern</strong>&#8230;).</p>
<p>Le cas typique est le traitement de la Veuve Noire dans <strong>Avengers</strong>. Compte tenu du choix de Scarlett Johansson pour incarner la super-héroïne, on pouvait s&rsquo;attendre à un personnage consistant. Or si l&rsquo;on dresse le bilan de ses interventions dans le film, la Veuve Noire bénéficie d&rsquo;une seule bonne scène : une confrontation avec Loki qui aurait largement mérité une revanche. À l&rsquo;arrivée, l&rsquo;actrice révélée par Sofia Coppola dans <strong>Lost In Translation</strong> n&rsquo;a même pas réussi à négocier plus de quelques plans dans le climax. Une fois que son amant (interprété par Jeremy Renner) reprend du service, il n&rsquo;y a plus vraiment de raison de lui accorder autant d&rsquo;importance.</p>
<p>Plus significatif encore est le cas de Catwoman dans la franchise Batman, vue en 1992 dans <strong>Batman le Défi </strong>de Tim Burton, puis vingt ans plus tard dans <strong>The Dark Knight Rises</strong> (2012) de Christopher Nolan. L&rsquo;évolution de ce personnage entre les deux films témoigne plus que jamais de l&rsquo;appauvrissement des personnages féminins dans les blockbusters entre les années 1990 et les années 2010. Ironiquement, le personnage de Anne Hathaway fait plusieurs références explicites à celui de Michelle Pfeiffer (la scène de bal masqué, la réplique soulignant le fait que Batman ne frappera pas une femme&#8230;).</p>
<p><figure id="attachment_648" aria-describedby="caption-attachment-648" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-648" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03.jpg" alt="" width="1000" height="654" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03-300x196.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-le-defi-03-768x502.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><figcaption id="caption-attachment-648" class="wp-caption-text">Michelle Pfeiffer et Michael Keaton dans Batman, le Défi (1992)</figcaption></figure></p>
<p>Dans <strong>Batman le Défi</strong>, le portrait de Selina Kyle/Catwoman (Michelle Pfeiffer) est habilement brossé en quelques minutes, dont deux scènes-clés évocatrices de la question du machisme dans la société moderne : l’une où elle se fait rabaisser par son patron au cours d’une réunion, et l’autre, où elle rentre chez elle le soir et trouve un message téléphonique culpabilisant de sa mère. On reste marqué par une réplique : « <i>Chéri, je suis rentrée ! Ah ! J’oubliais, je ne suis pas mariée…</i> ». Cette réplique exprime tout le mal-être de la citadine des années 1990, rattrapée par la pression des conventions, perdue dans sa quête d’indépendance, paumée dans son rapport aux hommes.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-649" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-scaled.jpg" alt="Batman Le Défi" width="2048" height="1536" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-scaled.jpg 2048w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-300x225.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-1024x768.jpg 1024w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-768x576.jpg 768w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/batman-returns-02-1536x1152.jpg 1536w" sizes="(max-width: 2048px) 100vw, 2048px" /></p>
<p>Une fois assassinée par son patron et ressuscitée par les chats, elle sort de sa coquille et se transforme en vamp pour se rebeller contre l’oppression machiste, d’où ses virées nocturnes consistant à punir les agresseurs sexuels, attaquer les symboles d’autorité mais aussi harceler Batman, dont le caractère chevaleresque l’exaspère. Au passage son accoutrement et son fouet font référence aux pratiques sadomasochistes : dans <strong>Batman le Défi</strong>, l&rsquo;histoire de Catwoman est aussi celle d&rsquo;une liberation sexuelle.</p>
<p>Si l’on lit entre les lignes, l’assassinat de Selina par son patron peut être vu comme une allusion au viol. Celui-ci se déroule ironiquement sur le lieu de travail, censé symboliser son indépendance durement acquise, une indépendance qui apparaît comme une comédie puisque, conditionnée par son éducation (une éducation sexiste dont témoignent les objets enfantins qui ornent son appartement), Selina s’est toujours comportée en femme soumise. Sa transformation en Catwoman l&rsquo;amène à évoluer : au final, même amoureuse de Bruce Wayne, elle refusera d’être « sauvée » par lui.</p>
<blockquote><p><em><strong>Extrait de Batman Le Défi : de Selina Kyle à Catwoman</strong> : Dans l&rsquo;extrait ci-dessous, qui se situe juste après son meurtre par son patron Max Shrek, Selina Kyle (Michelle Pfeiffer) revient chez elle en accomplissant « en mode zombie » les mêmes rituels que dans la première scène dévoilant son quotidien. Elle craque à l&rsquo;écoute de ses messages téléphoniques et détruit tous les symboles de l&rsquo;éducation sexiste qu&rsquo;elle a reçue, et qui l&rsquo;a conditionnée à se jeter directement dans la gueule du loup&#8230;</em></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" title="No more Selina Kyle..." width="790" height="444" src="https://www.youtube.com/embed/gSqLJaHwvtw?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p><strong>The Dark Knight Rises</strong> nous donne un tout autre son de cloche. Selina Kyle (Anne Hathaway) arrive sans background particulier et se présente tout d&rsquo;abord comme une voleuse haut de gamme, habituée à s&rsquo;introduire dans le monde du luxe. À sa première rencontre avec Bruce Wayne, alors en situation de vulnérabilité, elle le met à terre sans vergogne. Manipulatrice avec les hommes, qu&rsquo;elle utilise comme des pantins lors de ses évasions, elle incarne la femme moderne mais une femme moderne égoïste, arrogante et fashion victim &#8211; il faut voir sa garde-robe tout au long du film !</p>
<p><figure id="attachment_644" aria-describedby="caption-attachment-644" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-644" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01.jpg" alt="" width="900" height="563" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01-300x188.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/the-dark-knight-rises-01-768x480.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-644" class="wp-caption-text">Anne Hathaway dans The Dark Knight Rises (2012)</figcaption></figure></p>
<p>Au contraire de la Catwoman de 1992, son agressivité envers les hommes n&rsquo;est motivée par aucune souffrance, aucun vécu particulier. La suite des événements nous apprend qu&rsquo;elle possède en réalité un bon fond : elle finira par collaborer avec Batman pour servir l&rsquo;intérêt général. Selina Kyle obtiendra également quelques sympathiques scènes d&rsquo;action, dont une sur la Bat-moto &#8211; ce n&rsquo;est pas tous les jours qu&rsquo;un héros confie son engin à une femme !</p>
<p>Toutefois, dès lors qu’elle décide de seconder Batman, l&rsquo;évolution de Selina Kyle en tant que personnage s’arrête là &#8211; et pour cause, il n&rsquo;y avait pas grand chose à dire sur elle dès le départ. La destinée de Catwoman, nom qui ne sera même pas mentionné dans le film, est de devenir l&rsquo;un des faire-valoir de Batman, celle qui exécute ses ordres. Cerise sur le gâteau, son accomplissement consistera… à se mettre en couple ! La féline et féministe Catwoman est ainsi domptée. Christopher Nolan commet une belle faute de goût.</p>
<p>L’évolution de Catwoman entre les deux films est symptomatique de celle des <i>actions girls</i> dans les blockbusters de ces 20 dernières années. Si les femmes d&rsquo;action des années 1990 avaient tout à prouver, voire une cause à défendre, quitte à tomber parfois du mauvais côté de la barrière, celles des années 2010 font de belles démonstrations de force, sont davantage intégrées dans l&rsquo;action, presque banalisées.</p>
<p>Leur émancipation n&rsquo;est qu&rsquo;une illusion : le plus souvent aux ordres d&rsquo;un homme, elles ne pourront prétendre qu&rsquo;au statut de simples collaboratrices, en plus d&rsquo;être dénuées de véritables enjeux personnels. Sexy et indépendantes au début du film, elles sont finalement rattrapées par l’étau de la domination masculine, qui s&rsquo;impose s’impose à elles comme la voie du salut, la seule qui les empêchera de sombrer vers le côté obscur.</p>
<p><figure id="attachment_632" aria-describedby="caption-attachment-632" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-632" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/fast-and-furious-6-rodriguez-768x512.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-632" class="wp-caption-text">Michelle Rodriguez dans Fast and Furious 6 (2013)</figcaption></figure></p>
<p>Pour émettre un bémol à ce constat, reconnaissons à quelques blockbusters récents de faire preuve d&rsquo;un peu plus d&rsquo;originalité. Ainsi, depuis que le réalisateur Justin Lin a pris les commandes de la franchise <strong>Fast and Furious </strong>(à partir de l&rsquo;épisode 3), les personnages féminins s’en sortent plutôt bien, en particulier Letty (Michelle Rodriguez) qui réapparaît miraculeusement, alors qu&rsquo;on la croyait perdue, dans l&rsquo;épisode 6. Toujours aussi <em>bad ass</em>, Letty n&rsquo;a pas perdu ses super-pouvoirs en tombant amoureuse &#8211; dans le 6e opus, sa scène de séduction avec Vin Diesel prend la forme d&rsquo;un duel en voiture de course dans les rues de Londres.</p>
<p>À noter que <strong>Fast and Furious 6</strong> passe avec succès le Test de Bechdel : au sein de l&rsquo;équipe des héros, les femmes sont au nombre de trois et l&rsquo;une d&rsquo;entre elles, Gisele (Gal Gadot), affronte une méchante dans un combat sans merci. Il faut dire que Justin Lin aborde ses personnages féminins non pas comme « les femmes du film » mais comme des éléments à part entière d’un groupe mixte, dont les liens et l’esprit d’équipe participent au charme de la franchise.</p>
<h2>La gentille et la méchante : la moralité féminine assujettie aux intérêts masculins</h2>
<p>Sachant que la caractérisation des personnages féminins de blockbusters se réduit bien souvent au minimum syndical, il est de bon ton de respecter un certain politiquement correct. Ainsi, lorsque le film ne comporte qu’un seul rôle féminin, il s’agit généralement d’une bonne personne. Il ne s’agit pas que la « copine du spectateur » s’offusque, voire que les associations féministes montent au créneau – et pour cause puisque cette femme est perçue comme une ambassadrice de son genre.</p>
<p>On observe à ce titre le même phénomène dans les films ne comportant qu’un seul acteur noir : toujours un gentil ! Pas question de déclencher une polémique.</p>
<p>Les choses se gâtent lorsque le film met en scène deux femmes. Celles-ci seront alors systématiquement placées en opposition. Dans certains cas, cette opposition repose sur les notions de passivité et d’action. C’est le cas dans <strong>World War Z</strong> (Marc Forster) avec la jeune soldate israélienne (Daniella Kersetz) apporte un contrepoids salvateur au traitement machiste de l&rsquo;épouse qui, filmée dans des espaces clos, attend sagement le retour de son homme avec les enfants. L&rsquo;autre cas de figure est celui où l&rsquo;une des deux femmes est maléfique. C&rsquo;est le principe de la « gentille » et de la « méchante » dans un film d&rsquo;action.</p>
<p><figure id="attachment_634" aria-describedby="caption-attachment-634" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-634" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen.jpg" alt="" width="900" height="506" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen.jpg 900w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/goldeneye-famke-janssen-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption id="caption-attachment-634" class="wp-caption-text">Famke Janssen dans GoldenEye (1995)</figcaption></figure></p>
<p>Attardons-nous d&rsquo;abord sur la gentille, parce qu&rsquo;elle le vaut bien. Épouse ou cœur à prendre, lisse et sans défaut, elle est forcément plus jeune que le héros (la différence peut aller jusqu&rsquo;à 15 ans). Son profil varie en fonction de la caractérisation de ce dernier (origine sociale, traumatismes éventuels…) mais aussi du ciblage du film : elle est hot si celui-ci s’adresse aux jeunes, charmante si la cible est familiale. Elle incarne l’idéal féminin du héros, donc du public (masculin).</p>
<p>Cette gentille, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la femme passive évoquée plus haut, remplit deux fonctions. La première, c’est de séduire puisqu’elle constituera l’un des deux éléments érotiques du film, en rivalité avec la méchante. La seconde, qui prévaut particulièrement dans les films familiaux, est d’incarner une figure maternelle potentielle, ce qui se traduit parfois de manière explicite (elle a besoin de l’aide du héros pour protéger son enfant) ou moins directe (elle joue les infirmières avec le héros, le réconforte ou l’assiste dans sa mission). Cette dimension maternelle lui permet également de se différencier de la méchante.</p>
<p>Dans le cas où la mère du héros est présente ou bien si une autre femme incarne la figure maternelle (comme c’est le cas de M dans la franchise <strong>James Bond</strong>), la gentille sera déchargée de cette fonction et n&rsquo;existera que par l&rsquo;attrait amoureux/sexuel qu&rsquo;elle suscite.</p>
<p><figure id="attachment_630" aria-describedby="caption-attachment-630" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-630" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga.jpg" alt="" width="800" height="532" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga-300x200.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-damon-braga-768x511.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-630" class="wp-caption-text">Matt Damon et Alice Braga dans Elysium (2013) &#8211; L&rsquo;homme machine protège la mère et l&rsquo;enfant</figcaption></figure></p>
<p>Le but de cette gentille ? Être sauvée par le héros, pardi ! Le nec plus ultra étant de finir en couple avec cet homme qui aura su éradiquer sa rivale, la méchante, ainsi que le <i>Villain</i>, soit le mâle dominant du groupe des méchants. C&rsquo;est l&rsquo;esprit de la meute si cher aux blockbusters masculins. Tout un programme.</p>
<p>De son côté, la méchante de blockbuster est un vrai poison. Elle fait son entrée fracassante en 1990 dans <strong>Total Recall</strong> (Paul Verhoeven), sous les traits de Sharon Stone. La douce femme au foyer, l&rsquo;épouse aimante et rassurante du personnage de Schwarzenegger se transforme très vite en véritable furie, démon qui se fera finalement dégommer par son époux lui-même &#8211; « <i>Considère ça comme un divorce </i>», ajoute-t-il après lui avoir tiré une balle dans la tête.</p>
<p>On retrouve cette méchante quelques années plus tard sous l&rsquo;apparence de Famke Janssen, en James Bond Girl diabolique dans <strong>GoldenEye </strong>(Martin Campbell). Particulièrement vicieuse, Xénia Onatopp assassine les hommes pendant les ébats amoureux, en les empêchant d&rsquo;abord de se retirer avant de leur briser le dos entre ses jambes, atteignant l&rsquo;orgasme lorsque son partenaire rend son dernier soupir… On ne peut pas faire plus explicite : la méchante de blockbuster est une femme castratrice ! La seule solution sera donc de la soumettre.</p>
<p>En réalité, la méchante de film d&rsquo;action est un dérivé extrême de la femme fatale, qui hante notre imaginaire collectif depuis des temps immémoriaux. Cette femme fatale existe déjà dans les récits mythologiques : la Méduse, la Sirène ou encore Circé, c’est elle ! Elle répond aussi présente dans les mythologies asiatiques, au Chine, sous les traits de la femme-renarde, ou en Corée, sous l’apparence du Gumiho. On la retrouve également dans les récits médiévaux, par exemple sous les traits de la Fée Morgane dans la légende des Chevaliers de la Table Ronde.</p>
<p><figure id="attachment_646" aria-describedby="caption-attachment-646" style="width: 643px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-646" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/x-men-3-famke-janssen.jpg" alt="" width="643" height="857" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/x-men-3-famke-janssen.jpg 643w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/x-men-3-famke-janssen-225x300.jpg 225w" sizes="(max-width: 643px) 100vw, 643px" /><figcaption id="caption-attachment-646" class="wp-caption-text">Famke Janssen dans X-Men : L&rsquo;Affrontement Final (2006)</figcaption></figure></p>
<p>Puissante, séductrice et transgressive, la femme fatale use de ses charmes pour attirer l’homme dans un piège et le détruire. L’idée latente est celle de la dangerosité de la sexualité féminine : si celle-ci n’est pas sous contrôle, la femme exercerait un vampirisme sexuel privant l’homme de son esprit d’indépendance et de sa virilité. Si son sort est souvent impitoyable dans les récits mythologiques ou médiévaux, il n’en est pas nécessairement de même dans le septième art : personnage complexe, la femme fatale peut trouver une forme de rédemption dans l’amour &#8211; c’est-à-dire dans la soumission à l’ordre établi, donc à l’homme.</p>
<p>La femme fatale hante le genre du film noir : Ava Gardner dans <strong>Les Tueurs</strong> (Robert Siodmack), Rita Hayworth dans <strong>La Dame de Shanghai</strong> (Orson Welles),<b> </b>Isabella Rossellini dans <strong>Blue Velvet</strong> (David Lynch)… Elle n’a jamais cessé d’exister, même dans les blockbusters actuels : Marion Cotillard dans <strong>Inception</strong> est une femme fatale.</p>
<p>Un personnage marque cependant un tournant dans son interprétation : Catherine Tramell, dans le thriller <strong>Basic Instinct</strong> (1992). Sharon Stone a décidément un casier bien rempli. À l’époque, le public se choque de voir une femme aussi amorale et qui plus est d’une intelligence supérieure. La transgression est totale puisqu’elle n’est même pas châtiée à la fin du film. Dans les années qui suivent, on voit fleurir différents personnages de ce genre : Linda Fiorentino dans le film australien <strong>The Last Seduction </strong>(John Dahl, 1994), Nicole Kidman dans <strong>Prête à Tout </strong>(Gus Van Sant, 1995), Natasha Henstridge dans <strong>La Mutante </strong>(Roger Donaldson, 1995)…</p>
<p>La différence entre la gentille et la méchante cristallise d&rsquo;ailleurs tous les interdits associés aux femmes. Sachant que les personnages féminins d&rsquo;un blockbuster se définissent principalement par leur apport romantique/sexuel, il est logique que les femmes dont le rapport aux hommes n’est pas « moral », c&rsquo;est-à-dire dans la soumission, soient presque systématiquement des méchantes.</p>
<p>Par extension, une femme de pouvoir est bien souvent une méchante elle aussi. Nous avons évoqué plus haut les Chevaliers de la Table Ronde : l’opposition entre la sorcière Morgane et la pieuse Genièvre, sur fond de transition entre les croyances païennes et le christianisme, est très proche du principe de la gentille et de la méchante dans les blockbusters actuels (l&rsquo;adaptation <strong>Excalibur</strong> de John Boorman propose d&rsquo;ailleurs un portrait assez simpliste de Morgane). Autrement dit, la gentille, elle, est en réalité une femme soumise : son comportement est conforme aux valeurs judéo-chrétiennes.</p>
<p>À noter que si la femme fatale de thrillers peut espérer trouver une rédemption, la méchante de films d’action, elle, est si cruelle qu’elle se doit d’être exécutée, voire humiliée. À l’image des personnages mythologiques comme la Méduse.</p>
<p><figure id="attachment_633" aria-describedby="caption-attachment-633" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-633 size-full" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument.jpg" alt="" width="1000" height="540" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument.jpg 1000w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument-300x162.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/femmes-fatales-qui-fument-768x415.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /><figcaption id="caption-attachment-633" class="wp-caption-text">Gilda (1946) &#8211; Basic Instinct (1992) &#8211; GoldenEye (1995) &#8211; Les femmes fatales fument ! La cigarette, symbole d&rsquo;indépendance et de mystère, est un accessoire indispensable de la femme fatale.</figcaption></figure></p>
<h2>La méchante n&rsquo;est pas un bad guy au féminin</h2>
<p>À propos de l&rsquo;indépendance de la méchante dans les films d’aujourd’hui, n’allons pas trop vite en besogne : elle ne saurait être confondue avec une version féminine du méchant. En effet, la méchante, cette insoumise, a juré allégeance à un homme, le seul qu&rsquo;elle respecte et dont elle est amoureuse, secrètement ou non : le Méchant en titre, ou <i>villain</i>. Quelques exemples : Mystique dans la franchise <strong>X-Men</strong>, La Baronne dans <strong>G.I. Joe : Le Réveil du Cobra</strong>, Bellatrix Lestrange dans <a href="https://www.stellarsisters.com/harry-potter-evolution-du-personnage/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Harry Potter</strong></a>, Faora-Ul dans <strong>Man of Steel</strong>…</p>
<p>Il arrive d’ailleurs que la méchante soit possédée, comme c’est le cas du Dr Jean Grey, alias Phoenix (Famke Janssen), dans <strong>X-men &#8211; L&rsquo;Affrontement Final</strong> (<strong>X-Men 3</strong>). Justement, le premier symptôme inquiétant de la possession de Jean Grey est qu&rsquo;elle se jette sur un homme. La vertueuse Jean Grey, un peu coincée sur les bords dans les précédents opus, prend soudainement une initiative sexuelle. Elle se lâche enfin. Mais elle a le culot de vouloir contrôler la situation : elle est devenue une méchante. Mais une méchante soumise à une entité maléfique, ne l’oublions pas. Ainsi, les pouvoirs incroyables qu’elle manifeste par la suite ne lui appartiennent pas vraiment.</p>
<p>Rappelons-le, en aucun cas la méchante n’est un équivalent féminin du <i>Villain</i>. Par conséquent, elle ne peut prétendre aux honneurs de mener l&rsquo;affrontement final avec le héros, sous peine de déviriliser celui-ci.</p>
<p><figure id="attachment_631" aria-describedby="caption-attachment-631" style="width: 800px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-full wp-image-631" src="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster.jpg" alt="" width="800" height="450" srcset="https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster.jpg 800w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster-300x169.jpg 300w, https://lesecransdelodie.com/wp-content/uploads/2020/10/elysium-foster-768x432.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption id="caption-attachment-631" class="wp-caption-text">Jodie Foster dans Elysium (2013) &#8211; Femme et pouvoir font-ils vraiment bon ménage?</figcaption></figure></p>
<p>Les deux femmes du film <strong>Elysium</strong> (Neill Blomkamp) illustrent très bien le principe de la gentille et de la méchante. Femme médecin donc attentive aux autres, mère dévouée à son enfant malade, Frey (Alice Braga) représente l’idéal féminin du héros : une femme douce, modeste et attentionnée, en plus d’être charmante.</p>
<p>Amie d’enfance du héros, elle incarne aussi le paradis perdu. Son but est de sauver son enfant et son parcours consiste principalement à soigner le héros (Matt Damon) de ses blessures et à se faire kidnapper par le méchant (Sharlto Copley), un psychopathe barjo qui manifeste étonnamment, à son contact, des velléités de séducteur. Aliénée tout à la fois à sa maternité et sa beauté (la menace de viol est claire), elle ne pourra que s’en remettre au héros pour survivre. Ce dernier devra vaincre, en la personne du psychopathe, un dangereux criminel mais aussi un potentiel rival sexuel.</p>
<p><strong>Elysium</strong> comporte un autre personnage féminin : Jessica Delacourt, une politicienne machiavélique campée par Jodie Foster. Pendant une bonne partie du film, on se réjouit de voir l’actrice accomplir un exploit : incarner le <em>Villain</em>, celle qui tire les ficelles. Un espoir finalement déçu : juste avant le climax, elle se fait abattre sans égard, pour laisser la place à son homme de main, le psychopathe cité plus haut, promu Méchant en titre. La mort de Delacourt est tellement vite expédiée que son prestige s&rsquo;en trouve considérablement amoindri !</p>
<p>Ridiculiser la mort de la boss des méchants, cette femme qui a eu l’outrecuidance de défier toute la gent masculine en prenant la place du Méchant, c’est aussi la démarche de <strong>The Dark Knight Rises</strong> : rappelez-vous l’hilarité provoquée par la fin tragicomique du personnage de Marion Cotillard. Les seules exceptions sont les rares films mettant en avant des héroïnes : <strong>Catwoman</strong>, où la méchante est campée par Sharon Stone, et <strong>Charlie&rsquo;s Angels</strong>, où elle est interprétée par Demi Moore. La méchante peut ici être pleinement le <i>Villain </i>puisque son adversaire n’est pas un homme.</p>
<p>En somme, plutôt que de « gentille » ou de « méchante », on pourrait parler de femme « conforme » ou non aux valeurs patriarcales.</p>
<p>Femme fatale ou femme en détresse, épouse fragile ou femme d&rsquo;action, adjuvante ou ennemie mortelle, le second rôle féminin se définit plus que jamais, dans les blockbusters d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, par des traits de caractères stéréotypés, permettant d&rsquo;établir un jugement moral précis et résolument phallocentrique. Si ces stéréotypes sont si puissamment établis, c&rsquo;est non seulement parce que les scénarios de blockbusters tendent à se standardiser mais aussi parce qu&rsquo;ils n&rsquo;envisagent, dans le fond comme dans la forme, qu&rsquo;un seul et unique point de vue, celui de l&rsquo;homme.</p>
<p>Toutefois, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, la formule qui régit actuellement les franchises dominantes est en train de montrer ses limites, laissant potentiellement la place à d&rsquo;autres histoires. Rendez-vous dans le chapitre suivant pour en savoir plus sur la crise des blockbusters de Hollywood, la singularité de blockbusters comme <strong>Twilight</strong> et <strong>Hunger Games</strong> et les chances à saisir pour glisser vers une meilleure prise en compte de la diversité du public.</p>
<blockquote><p><strong><em>Lire le chapitre suivant</em><br />
<a href="https://lesecransdelodie.com/femmes-et-blockbusters-ii-de-gravity-a-hunger-grames-le-blockbuster-de-demain-sera-feminin/">Femmes et blockbusters II : de Gravity à Hunger Games, le blockbuster de demain sera féminin</a></strong></p></blockquote>
<p><strong>Elodie Leroy</strong></p>
<p><i>Retrouvez aussi, dans le chapitre suivant, la liste complète des ouvrages et des articles cités dans ce dossier en deux parties.</i></p>
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